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CQFD N°023


MA CABANE PAS AU CANADA

NE DEBARRASSEZ PAS LES 400 COUVERTS !

Mis à jour le :15 mai 2005. Auteur : Grite Lammane.

Depuis trois ans et demi, à Grenoble, un collectif de vingt-cinq squatteurs s’active joyeusement pour qu’existe le lieu de son autonomie. Toute une ruelle, la traverse des 400-Couverts, a été récupérée et réhabilitée : habitations, salle de spectacles (le Chapitonom), salle de répétition, zone de gratuité, square arboré de jeunes fruitiers, four à pain de quartier, yourte, infokiosque…

Aux 400 Couverts, pas de chef, on réunionne, on débat et on s’auto-organise. On se nourrit en glanant les invendus destinés à la poubelle des grandes surfaces et des marchés. On fait tourner les moteurs des véhicules à l’huile de friture filtrée, on assiste à des spectacles à prix libre en sirotant de la bière bio locale, on développe des logiciels libres. La municipalité, dont la capacité de négociation n’est plus à prouver (les Grenoblois n’oublieront pas de sitôt la violente répression de l’occupation du parc Mistral l’année dernière, ni celle du squat de l’ancien Institut de géographie alpine le 2 mai dernier), entend mettre un couvercle sur l’ébullition de ce chaudron… Et réaliser sur les gravats des 400 Couverts une juteuse opération immobilière. Dès la première annonce de l’expulsion du squat en 2004, une pluie de missives mordantes s’abat sur Michel Destot, le maire PS de la ville. « Voyez-vous, nombre de personnes ont besoin de visualiser l’idée de liberté qui siège en effigie de l’enseigne française », « Expulser les gens de leur logement n’a jamais rien résolu en termes de logement ! », « Nous considérons que les 400 couverts sont mis et qu’il ne faut pas les débarrasser », « Honte à toi ! », « Je vais te manger, Michel Destot ! »

Grâce aux protestations de tous bords et à un miraculeux vice de forme dans la procédure d’expulsion, celle-ci sera remise à plus tard, m’expliquent Lena et Julie, deux habitantes de la traverse. Nous sommes installées sous l’auvent du Chapitonom. Des grêlons gros comme des œufs de caille s’abattent autour de nous, pendant qu’on déguste une salade fraises-framboises et des chocolats récupérés je n’ai pas bien compris où ni comment. « En réaction aux nouvelles menaces d’expulsion, en février, on a organisé un mouvement de protestation national dans vingt villes en France. » Nom de code : « Opération plantes sauvages. » Occupation de mairies, repas de quartier, attaques de locaux du PS à coups de compost… « Ils l’ont mal pris », sourit candidement Lena. Quelques jours plus tard, un huissier pointe son nez. Cette fois, c’est un sérieux pas sur le sentier de l’expulsion. [1] Pour ne pas subir le rythme imposé à la lutte par la municipalité, les squatteurs mettent en chantier une « Manifesta » géante pour le 30 avril. Une réussite : quatre cents personnes (une par couvert) paraderont costumées dans les rues. « On arrive à résister parce qu’à Grenoble, c’est l’âge d’or des squats. Il y a une vraie dynamique et des soutiens mutuels. » Mais malgré les liens tissés tous azimuts, la reconnaissance des activités par le public et l’intégration du squat dans le quartier, la machine judiciaire est en route. Un procès tranchera le 18 mai.

Épilogue. Le soir, je suis encore là, la SNCF m’ayant promis un train qui n’existait pas. Dans la maison d’à côté, au n°6, un furieux concours de lasagnes oppose végétariens et carnivores. Pendant ce temps, au n°10, Cyril prépare un gratin de bettes qui ne me fera pas regretter les aléas de la compagnie des chemins de fer. « On se battra jusqu’au bout. Et même si on est expulsé, on aura gagné les années passées ici, un savoir qui nous servira partout. » Quel pouvoir pourrait empêcher les rêves de renaître de leurs gravats ?

ARTICLE PUBLIÉ DANS LE N°23 DE CQFD, MAI 2005.


[1] À ce moment, notre discussion est interrompue par deux gars. Ils demandent à être conduits à la zone de gratuité : ils passaient par là, l’un d’eux avait froid, ils viennent chercher une veste.





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