Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°023
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°023


CHEZ MOMO (BAR DU TRIOMPHE), LE RETOUR

PAUVRE COMME UN JOB

Mis à jour le :15 mai 2005. Auteur : Nicolas Arraitz.

Les chômeurs ont « une culture d’assistance », râle l’Unedic. « Ce n’est pas en attendant le RMI que l’on remonte ! », renchérit Douste, le ministre de la-santé-c’est-le-travail. « Si j’étais élu pape, je dilapiderais les trésors du Vatican », leur répond Magyd, le pizzaïolo kabyle.

« Salut, Nicolas ! Un Cristal ? » Depuis que j’ai parlé de son troquet dans le journal, Momo est aux petits soins. Faute de salaire, CQFD m’a offert un statut social. Avec le sens du devoir qu’il faut bien accomplir un jour, j’étale mes coupures de presse sur une table, à côté des joueurs de rami. « Les entreprises se disent prêtes à recruter 1,2 million de personnes en 2005, mais plus de 45 % d’entre elles éprouvent des difficultés à trouver des candidats », dixit Le Monde du 19 avril. Fichtre ! « Nous avons encore trop, en France, une culture d’assistance », rumine le directeur de l’Unedic dans La Tribune du 18 avril : « Quand on regarde comment les personnes privées d’emploi vivent les premiers mois de chômage, on constate une forte passivité. » Notre homme n’a pas les yeux dans sa poche. Fin psychologue, il voit vite qui est de la race des gagneurs et qui ne l’est pas. Exemple : l’ex-PDG de Carrefour est déjà à la recherche d’un bon placement pour son indemnité à 38,5 millions, lui ! Alors que Rachid et J.P., eux, n’ont qu’une hâte : que la météo se stabilise pour aller barboter aux Pierres Plates. « Il faut habituer les Français à être beaucoup plus réactifs. Si le chômeur refuse la démarche de recherche et d’accompagnement vers l’emploi alors qu’il est indemnisé, il y a un problème. » Et le patron des chômeurs de décréter qu’« il faut dégripper le marché du travail ». Une chose est sûre : ce gus est trop stressé pour faire un bon partenaire au billard.

Un exemple au hasard : dans le « bassin d’emploi » d’Ile-de-France, 90 000 propositions d’emploi restent non pourvues, alors qu’on recense 600 000 chômeurs. La Chambre de commerce et d’industrie de Paris (CCIP) relève que 21 % des PME et 37 % des grandes entreprises ont des difficultés de recrutement. D’où la nécessité de délocaliser en Roumanie, où les gens turbinent avec le sourire et encaissent leur pourliche en chantant « Merci patron ». « Si j’étais élu pape, suppute Magyd, le pizzaïolo kabyle, je dilapiderais les trésors du Vatican. Une fois pauvre comme un job, je pourrais aller prêcher dans les pays du Sud sans perdre la figure. » Mais il n’y a que le mécréant pour raisonner ainsi. De l’aveu du nouveau pape, « il est temps que le chrétien soit conscient d’appartenir à une minorité et d’être souvent en opposition avec ce qui est évident, logique, naturel pour l’esprit du monde. » Et ça, c’est beau comme du Nietzsche ! En écho, la profession de foi du boss de l’Unedic prêchant dans le désert.

« L’enjeu n’est plus seulement social, il est économique », s’angoisse le directeur général de la CCIP. Quand l’enjeu n’est que social, c’est le problème des pauvres. Mais quand le problème est économique, là… Comment les actionnaires vont-ils payer leurs indemnités de départ aux PDG incompétents, si les pauvres boudent le chagrin ? « L’enquête de l’Assurance-chômage fait en tout cas apparaître des besoins de main-d’œuvre largement plus élevés que ceux recensés par l’ANPE. En prenant en compte les offres d’emploi retirées faute de candidat, l’Agence a estimé à 230 000 le nombre d’emplois non pourvus à la fin 2004. » (Le Figaro, 19 mars 2005) Sans compter les centaines de milliers d’hédonistes qui s’apprêtent à passer le lundi de Pentecôte au soleil ! Un joli coup, au billard, se joue toujours à plusieurs bandes. « Du côté du gouvernement, Jean-Pierre Raffarin et Dominique de Villepin parlent de 500 000 emplois non pourvus. » On sent bien que sur celui-là, ils s’y sont mis à plusieurs. « L’objectif de la politique familiale de ce pays est : zéro famille pauvre d’ici dix ans. On l’aura en donnant à ceux qui sont dans l’assistanat l’envie de travailler, de s’en sortir par le travail », surenchérit le poussif Douste-Blazy. « C’est une révolution culturelle, chevrote-t-il. Ce n’est pas en attendant le RMI, les allocations familiales ou l’allocation de parent isolé que l’on remonte quand tout va mal. On remonte aussi en trouvant une utilité sociale, en travaillant. » Les 30 % de SDF parisiens qui bossent, ont-ils retrouvé la frite grâce à cette utilité sociale qui ne leur permet même pas de payer un loyer ?

Le président d’Emmaüs entre alors en scène. Il remet un rapport au ministre ci-dessus, où il préconise des solutions à l’anglaise. Il admet qu’« un allocataire du RMI a souvent moins de ressources quand il reprend un emploi », et ce faisant, il dévoile ni plus ni moins la recette de l’admirable Tony Blair : obliger les gens à cumuler plusieurs simili jobs pour ne toucher que l’équivalent d’une alloc de fin de droits. Et comment atteindre ce nirvana laborieux ? Fastoche : il suffit de bien serrer la vis côté « référents sociaux ». C’est ce qu’a fait le conseil général des Bouches-du-Rhône en embauchant trente « conseillers en insertion » chargés de faire la chasse aux « profiteurs du RMI ». Le CG estimant à trente mille le nombre de ces viveurs, il va falloir qu’ils en radient mille chacun, et à tour de bras. À raison de douze entretiens à l’heure, tu auras cinq minutes pour démontrer que tu n’es pas un profiteur. Faute de quoi, le mercenaire des socialos aura le plaisir d’appuyer sur la touche « supprimer ». Au suivant ! Cependant, « la peur du gouvernement que le non l’emporte lors du référendum sur le traité constitutionnel a des effets insoupçonnés », selon La Tribune du 21 avril. « Ainsi, l’application des dispositions de la loi de Cohésion sociale relatives au contrôle des demandeurs d’emploi a été renvoyée à l’après-référendum ». On n’a encore rien vu. Mais, bien huilée, la propagande officielle est déjà à l’œuvre. « Parce qu’elle se sent coupable de ne pas offrir du travail à tous, la France a toujours été mal à l’aise pour parler du contrôle. Les suppressions des allocations pour insuffisance de recherche d’emploi ou refus d’une suite de propositions sont du coup quasiment inexistantes : elles concernent 0,06 % des cas.  » (Les Échos du 25 avril). Jouons passionnément, les amis, comme si c’était notre dernière partie. Bientôt, tous comme l’ex-PDG de Carrouf’ : une nation de bourreaux de travail !

ARTICLE PUBLIÉ DANS LE N°23 DE CQFD, MAI 2005.






>Réagir<

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |