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CQFD N°024



UNE AUTRE, MESSIEURS ?

Mis à jour le :15 juin 2005. .


Ils font comme s’ils n’avaient pas compris. Comme si la gifle, c’était leur voisin de strapontin qui l’avait reçue, et pas eux. Ils regardent ailleurs et, en champions de l’inversion, prétendent aggraver leur politique au nom même du déni formulé par les urnes. « Je vous ai compris » : depuis 2002, à chaque élection, ils interprètent à rebrousse-poil les signaux émis par leur pauvre démocratie. Ainsi, la colère contre la précarité, le manque de fric et le chômage justifieraient une flexibilité encore plus radicale sur le marché aux esclaves. Ils se foutent des gens. Des millions ont dit non, y compris de nombreux abstentionnistes endurcis. Non aux gérants de l’Euro-Supermarket et à leur guerre de tous contre tous « libre et non faussée ». Non à l’harmonisation de leurs critères qui rime avec nivellement par le bas. Non à leur petitesse globalisée. Non à l’économie qui croît et se multiplie sur le dos du monde. Non au non-choix du oui obligé (on va revoter jusqu’à bien voter, comme les Danois pour Maastricht et les Irlandais pour Nice ?) La farce était trop épaisse pour ne pas être vomie. Mais pas de liesse populaire marquante le soir du dimanche 29 mai. Pas de cri de victoire. Juste la franche satisfaction de voir leur machine à propagande en déroute. Cette fois, il ne s’agissait pas de choisir entre une tête de con ou une autre, mais juste de dire « basta ! » à une mal-vie qui se généralise sous la loi du fric. Il faut avoir fait de très hautes études pour saucissonner la réalité en tellement de rubriques et autres spécialités académiques qu’elle en devient indéchiffrable. Le commun des mortels, lui, sait que des lois et des directives concoctées au loin peuvent avoir des effets concrets ici, dans la vie de tous les jours. Pour la plèbe, voter oui ne pouvait être qu’un acte de foi et de contrition.

Et les médias monocordes de faire l’autruche. La débâcle des politiques est pourtant aussi la leur. Cette « émeute électorale » (S. July, Libé, 31/05/05), cette « jacquerie référendaire ». (J.-M. Helvig, Libé, 03/06/05.), c’est aussi une claque en travers de leur face surexposée, confite de mépris. Pour eux, le populo qui a dit non ne peut être que populiste, xénophobe, individualiste, replié sur lui-même, ignorant, irrationnel, imperméable au souffle universel du destin européen. Les éditorialistes et leurs patrons sont eux cultivés, ouverts, généreux, clairvoyants, démocrates, progressistes, comme l’est - paraît-il - l’esprit de Schengen, Maastricht, Nice et Giscard. Ils font comme s’ils ne sentaient pas l’averse qui leur tombe dessus, comme s’ils n’entendaient pas la rumeur qui monte. Chirac radoube un gouvernement libéral-vichyste de plus, avec deux flics en chef à sa tête (pour intimider la chiourme). Hollande resserre les rangs des éléphants de l’asocial-démocratie. Tous réoccupent l’espace public, morcelé en autant de fiefs. Tous relancent leurs politiques antipopulaires au nom du peuple (qui a dit non et n’en peut mais), la chasse aux pauvres en fait de lutte contre la pauvreté. Les dangereux radicaux, les utopistes fanatisés, les violents jusqu’au-boutistes, ce sont bien eux, qui imposent leur illusion économique à la société. On a dit non, mais pour eux c’est un non-dit. Ils ont la même rhétorique que le violeur : « Même si elle dit non, ça veut dire oui ! »

Publié dans CQFD n°24, juin 2005.






>Réagir<

> UNE AUTRE, MESSIEURS ?
| 26 juin 2005 |
Quand on voit la réaction de ces gens gonflés de suffisance dans la défaite, qu’ils soient politocards ou journaleux, on n’ose pas imaginer quel aurait été l’étendu de leur mépris dans la victoire… Je me félicite d’avoir voté Non. > UNE AUTRE BAFFE, MESSIEURS ?
Firou | 24 juin 2005 |
On a dit non, c’est non ! C’est pas clair ? Faudra-t-il descendre dans la rue pour vous l’expliquer ? Et ce ne sont pas vos deux flics en chef qui vont arrêter un mouvement que vous êtes en train de générer. On a vu dans d’autres cas, une bonne partie des forces de l’ordre se rallier aux manifestants qui ne réclamaient que l’application de leurs droits. Méfiez-vous qu’un jour votre tour n’arrive. Les gens de la rue ne vous saluent pas.
 

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