Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°006
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°006


Hmanitaire : les bonnes affaires caritatives

Une croix-rouge sous un képi bleu

Mis à jour le :15 novembre 2003. Auteur : Hartal.

Le plan « grand froid » déclenché pour cet hiver par le gouvernement Raffarin réactive la gestion humanitaire de la déglingue sociale. Parmi les sous-traitants de la charité d’Etat, la Croix-Rouge française pousse de plus en plus loin la logique du partenariat avec les pouvoirs publics. Y compris avec le ministère de l’Intérieur, où caritatif rime avec supplétif.

Comme chaque hiver, les minibus de la Croix-Rouge ont repris leur ronde. Avec le Samu social, l’Ordre de Malte, l’Armée du Salut et même l’armée tout court (qui a « débloqué » des places d’hébergement au Fort de l’Est, à Saint-Denis, histoire que les SDF redécouvrent les charmes de la caserne), l’institution suisse est en première ligne du plan « grand froid » déclenché le 24 octobre par Dominique Versini, la secrétaire d’Etat au numéro vert et au marketing compassionnel (officiellement, « à la Lutte contre la précarité et l’exclusion »). Personne ne reprochera à la Croix Rouge de ramasser sur les trottoirs les sans-abris en voie de congélation. Plus discutable, en revanche, est la collaboration étroite qu’elle entretient avec les pouvoirs publics, qui ne s’intéressent aux SDF que lorsque Noël approche. Fondée par le Suisse Henri Dunant en 1863, la Croix-Rouge est rapidement devenue un trust multinational de ce qu’on n’appelait pas encore « l’humanitaire ». Sa mission était de combler les déficiences des Etats en guerre en soignant les blessés et en secourant les prisonniers. Elle n’avait à l’époque qu’une seule rivale, l’Armée du salut, qui l’est restée jusqu’à ce jour (sur un créneau un peu différent). Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) regroupe une centaine de sections nationales à travers le monde.

Depuis, la CR - et ce constat vaut pour toutes les entreprises qui font dans l’humanitaire - n’a au fond rempli qu’une seule fonction : rendre l’action répressive des Etats moins brutale, et donc plus présentable. L’épisode historique de ses visites dans les camps de concentration, où les nazis avaient réussi à bluffer des délégués peu curieux, reste à cet égard un cas d’école. Plus récemment, la Croix-Rouge française (CRF) s’est signalée par sa gestion du camp de Sangatte, où des milliers de pauvres bougres venaient s’échouer faute de pouvoir aller se faire exploiter en Angleterre. Après la fermeture du centre en 2002 et la chasse aux anciens pensionnaires sommés de déguerpir, le directeur de la CRF, Marc Gentilini, n’a rien trouvé de mieux que d’accuser de « manipulation » les associations qui tentaient d’apporter de l’aide aux pourchassés. « C’est la chienlit », avait élégamment résumé le patron de la CRF au micro de France-Inter. Depuis la fermeture de Sangatte, la CRF a conquis de nouvelles parts de marché dans le secteur de la lutte contre l’immigration. Le 6 octobre dernier, elle a ainsi remporté le contrat de « l’assistance humanitaire des étrangers » dans la sinistre zone d’attente de l’aéroport de Roissy (ZAPI), où même les magistrats du ressort refusent de mettre les pieds. « L’Etat a tout à gagner à la transparence », s’est félicité Sarkozy en commentant l’accord signé avec la Croix-Rouge. Selon le texte, celle-ci s’engage à « rendre compte à l’administration de l’accomplissement » de sa « mission » et à « ne pas s’ingérer dans l’examen de la situation individuelle de l’étranger ». Il ne manquerait plus que ça.

Pas d’aide juridique, et surtout pas de dénonciation des méthodes policières : la mission se bornera à apporter « un soutien psychologique » et « matériel » aux réfugiés en attente de réexpédition, en leur « fournissant les produits de première nécessité ». Par la distribution de sparadraps et de cigarettes, on espère les maintenir suffisamment en forme pour qu’ils supportent dignement leur refoulement, fût-ce menottes aux mains et baillon sur la bouche. Quant au « soutien psychologique » accordé à ceux qui fuient la misère et la mort, et qui s’entendent dire qu’on va les y renvoyer encadrés par la police, on aimerait lire le script des entretiens

L’énorme Croix-Rouge française (15 000 salariés, 60 000 bénévoles) est la plus ancienne des organisations dites « non gouvernementales », bien qu’elles tirent de l’Etat une bonne part de leurs ressources. Et c’est justice puisqu’elles permettent à celui-ci de se défausser de ses obligations sociales et sanitaires. Il est plus avantageux de sous-traiter que de traiter directement, tous les économistes le savent. Mais les subventions destinées au social sont résolument orientées à la baisse. Alors que stagnent les dotations versées par la Sécu aux hostos et centres de santé, la charité est devenue, elle, un gros business. Pour la seule année 2000, la Croix-Rouge française a brassé plus de quatre milliards de francs. De quoi s’autoriser d’opulentes campagnes de com’, comme cette pub télévisée de novembre 2000 exhibant les charmes d’une Adriana Karembeu en slip et soutien-gorge, accompagnée d’un message bourrin (« Si Adriana n’est pas disponible, demandez Roger ») censé inciter le public à apprendre les gestes du secourisme. Il paraît que c’est plus vendeur qu’une image de SDF mort de froid.

Mais il n’y a pas que dans le marketing que la logique humanitaire se calque sur une logique comptable. L’actuel directeur de la CRF, Marc Gentilini, était arrivé en 1997 avec un « plan stratégique » précis et un objectif d’« efficacité et de retrait des instruments qui font doublon ». Il s’agissait de poursuivre la politique de fermeture de centres de soins de quartier engagée par l’ex-groupie homéopathe de Mitterrand, la « responsable mais pas coupable » Georgina Dufoix, recyclée à la tête de la Croix-Rouge après son passage calamiteux au ministère de la Santé du gouvernement Fabius (1984-86). La gestion désastreuse de Georgina Dufoix avait laissé un trou de 200 millions de francs dans les caisses de la section parisienne, selon un rapport d’audit révélé en octobre 1997 par le Canard enchaîné. Selon l’hebdomadaire, Gentilini serait alors intervenu personnellement pour camoufler cette bavure financière. « Il ne faut pas communiquer l’ensemble du rapport d’audit et éviter les fuites, sachant que jusqu’à présent le comité de direction a su se montrer discret sur le sujet », est-il écrit dans le procès-verbal d’une réunion du comité de direction de la Croix-Rouge. our se renflouer, la CRF a donc mis dans le collimateur une partie de ses 660 établissement sanitaires et sociaux, dont des dispensaires ou centres de santé, implantés dans des quartiers pauvres. Rien qu’en région parisienne, douze centres de santé ont fermé depuis 1986. Avec, parfois, des méthodes de management pas charitables pour un sou (voir ci-contre). En 2001, lors du 135e anniversaire de la Croix-Rouge, Gentilini avait précisé la manoeuvre dans une formule-programme : « Basculer du sanitaire vers le social ». Traduction : la Croix-Rouge veut abandonner le sanitaire, non rentable, pour se recentrer sur le social, pourvoyeur de subventions publiques. Finies, les archaïques consultations dans les dispensaires de banlieues, place aux « points d’écoute sociale », selon une formule du grand humanitaire Gentilini au congrès de la CRF en 2002. « Une table et deux chaises, ça coûte évidemment moins cher que des médecins et des dentistes, et c’est subventionné », note l’Union syndicale des médecins des centres de santé (USMC). Il est vrai que Gentilini a d’autres soucis que de s’occuper des indigents. À en croire certaines mauvaises langues, ce proche de Bernadette Chirac se verrait volontiers en futur ministre de la Santé.

Hartal

[Note de la rédaction : suite à la plainte en diffamation déposée par Marc Gentilini et la Croix-Rouge française en réaction à l’article ci-dessus, la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris a rendu son jugement le 11 janvier 2005. Le tribunal déboute la CRF de toutes ses demandes, mais nous condamne à verser un euro symbolique de dommages et intérêts à Marc Gentilini pour un passage jugé diffamatoire, situé à la fin de l’article. Conformément à la décision du tribunal, ce passage a donc été modifié le 12 janvier.]

A lire : Anthologie de la connivence humanitaire

Publié dans le n°6 de CQFD, novembre 2003.


La Croix-Rouge fait une croix sur le populo « stupide »

En 2002, la Croix-Rouge profitait de l’été, traditionnelle saison des mauvais coups, pour annoncer la fermeture de son centre de santé de Bagnolet (Seine-Saint-Denis), situé dans le quartier populaire de Couture. La population locale pâtit, entre autres pathologies, d’un taux de saturnisme très élevé dans un département qui bat aussi des records en nombre de cancéreux et de tuberculeux… Comme il est peuplé en grande partie de pauvres et d’immigrés (pléonasme), ses hôpitaux sont aussi mal en point que surchargés. Le quartier de Couture n’a qu’un seul médecin pour mille quatre cents habitants, alors que la moyenne nationale est d’un pour mille. Dans ce contexte, le centre de la Croix-Rouge rencontrait un indéniable succès. Au gré des variations saisonnières, il recevait neuf à douze mille personnes par an, assurant le suivi médical de deux à trois mille familles, selon les chiffres du comité de soutien. Il offrait des consultations en médecine générale, en dentisterie, rhumatologie, ophtalmologie, ORL et dermatologie. Les consultations assurées par des médecins quasi militants, qui ne mégotaient pas leur temps pour s’occuper de leurs patients, pouvaient permettre à ces-derniers d’obtenir la Couverture maladie universelle (CMU), un droit qui ne va pas toujours de soi. Au regard des honoraires habituellement perçus par leurs collègues libéraux, les généralistes du centre se contentaient de peu : 8 500 francs par mois, congés payés inclus, pour vingt-cinq heures de consultation hebdomadaire. « On fait de la prévention dans ces quartiers populaires où les gens ne vont pas facilement voir le médecin, expliquait un toubib. Quand il le faut, on les aide à aller faire des examens plus approfondis à l’hôpital : on leur obtient un rendez-vous avec une lettre de recommandation, sinon, c’est six mois d’attente. On s’occupe aussi de leurs problèmes de logement ou d’allocations, en les orientant vers les bonnes personnes ». La décision de fermer le centre, guidée par une pure logique comptable, a poussé de nombreux médecins à protester auprès de Gentilini. Comme Antoine Bourillon, chef du service de pédiatrie générale à l’hôpital Robert-Debré, qui, dans un courrier, a insisté sur l’utilité d’une structure « qui contribue à prendre en charge des enfants et leurs familles atteints de pathologies lourdes ». Non seulement Gentilini n’a pas fléchi, mais il a licencié en juillet 2002 pour faute lourde Bénédicte Picketti, une généraliste employée à Bagnolet et enceinte de six mois au moment de se faire virer. Le patron de la Croix-Rouge l’accusait de « diffamation » à l’égard de son illustre personne et de « l’institution » qu’il dirige. La jeune femme avait eu l’audace de lui envoyer une lettre ouverte, co-écrite avec le comité de soutien, dans laquelle elle le priait de revenir sur sa décision. Dans une réponse au président de l’Union syndicale des centres de santé (USMCS), qui avait pris la défense de sa consoeur, Gentilini décrivait Bénédicte Picketti comme « la figure emblématique […] d’un groupe d’agités irrationnels et manipulateurs », sans craindre de diffamer le comité de soutien qui s’efforçait « irrationnellement » d’empêcher la disparition du centre. Le 30 juillet 2002, ils étaient une cinquantaine, en majorité des Africaines venues en bus de Bagnolet, à manifester devant le siège de la Croix-Rouge pour protester contre le licenciement de leur médecin. Aïcha faisait partie de la délégation reçue par le patron : « Gentilini a été odieux, il ne nous a même pas dit bonjour, s’est énervé contre ce qu’il a appelé notre « tintamarre », a dit que nous étions manipulés par les politiques, que nos tracts étaient « stupides », notre comité « bidon » et les médecins « des menteurs ». Il ne nous a pas laissé parler ». Le Centre de santé de Bagnolet n’existe plus. D’autres sont menacés dans la foulée, à Paris, Nanterre, Lyon…. La CGT, FO et SUD-CRC ont manifesté à leur tour devant le siège de la Croix-Rouge, le 21 novembre 2002. Il y avait là des agents de service, mais aussi des cadres et même des directeurs, venus dénoncer les pressions dont seraient victimes tous ceux qui s’opposent de près ou de loin à la politique de la CRF. Dans un courrier adressé en avril 2002 à Gentilini, Alain Pacaud, de l’Union fédérale CGT de la Santé privée, se plaignait du harcèlement subi par les élus du personnel. Exemple, les « notes de service discriminatoires » et les « sanctions disciplinaires non fondées » qui, selon lui, frappaient le chef du service Social/RMI et délégué syndical CGT à Aulnay-sous-Bois (93). Au Centre d’hébergement d’urgence du Bourget, un responsable d’équipe, délégué du personnel, était « harcelé continuellement » après un licenciement refusé par l’inspection du travail. « Il est devenu plongeur et lave des cuillères en plastique sous l’oeil méprisant du directeur », rapportait le syndicaliste.

Hartal

Publié dans le n°6 de CQFD, novembre 2003.






>Réagir<

cheap ghds
| 22 février 2013 |

http://honda-trader.com/forum/viewtopic.php ?f=26&t=112475
http://www.californiakidscloset.com/forum/viewtopic.php ?f=16&t=1072807
http://forum.sciana.by/viewtopic.php ?f=10&t=946773
http://www.doktorjo.at/forum/viewtopic.php ?f=6&t=672272&p=1411814#p1411814
http://www.doktorjo.at/forum/viewtopic.php ?f=7&t=682317

test70988785643
sacs louis vuitton
| 20 février 2013 |

http://www.hin-ngom.com/modules.php ?name=Forums&file=viewtopic&p=314373
http://saveagraywolffoundation.org/forum/viewtopic.php ?f=3&t=928514
http://www.sportsmanmarineva.com/fishing_report/viewtopic.php ?f=4&t=219587
http://www.sportsmanmarineva.com/fishing_report/viewtopic.php ?f=4&t=219201
http://administrativosdelasalud.com/foro/viewtopic.php ?f=2&t=184152
http://legalracing.ro/forum/viewtopic.php ?p=2015837#2015837
http://forum.ksk.si/viewtopic.php ?f=27&t=166914
http://administrativosdelasalud.com/foro/viewtopic.php ?f=2&t=183019
http://jesosymamonjy.net/forum/viewtopic.php ?f=2&t=86755
http://533.com.tw/viewthread.php ?tid=3974506&extra=

test7098854222
> Une croix-rouge sous un képi bleu
| 2 février 2005 |
Cet article me donne froid dans le dos… ainsi l’histoire se répète et rien ne bouge : les trois centres de santé de la Croix Rouge implantés dans le 93 fermeront cette année 2005. La population est démunie, elle n’a pas les moyens de se battre, de faire du bruit… Mais cela n’émeut pas nos supérieurs, dont le tendon d’Achille semble être uniquement la réputation de l’institution… J’ai mal à mes patients !!! > Une croix-rouge sous un képi bleu
CQFC (Ce Qu’il Faut Construire) (constater, corriger, construire) | 21 décembre 2004 |

Raté.

La Croix-Rouge execute des missions de service public. C’est à l’Etat qu’il revient d’executer ces missions, mais comme il ne peut pas tout faire lui-même, il délègue. En cela, la CRF est une auxiliaire de l’Etat.

Ces missions n’empêchent ni l’indépendance, ni l’impartialité. J’ai pu remarquer que CQFD ne sait pas ce que signifient ces termes (bien qu’il lui suffirait d’ouvrir un dictionnaire pour le savoir).

Donc je vous propose de regarder dans le dictionnaire ce que signifie impartialité, puis de re-regarder l’action de la CRF ; et après vous me direz si vous trouvez toujours anormal son comportement. Ou alors, ce que vous lui reprochez, c’est justement d’être impartial.

Dans ce cas, au risque de vous décevoir, vous ne détruirez jamais cela.

CQFC

PS : vous constaterez (peut-être) que, contrairement à vous, je propose une solution (ouvrir le dictionnaire et réfléchir dessus), sans me contenter (comme vous) de râler…

Ce n’est pas en détruisant que l’on améliora le monde, et que l’on avancera…

> Une croix-rouge sous un képi bleu
Jéy4s | 16 novembre 2004 |

Bonjour, Et oui, malheureusement la CRF se lie de plus en plus avec l’Etat (quoi de plus normal pour une ONG !!?).

Je suis à la CRF depuis juin 2003, et j’entend que l’Etat nous verse tant et tant d’euros. je ne critique pas le fait de subvenstionner une ONG ou une association mais il faut que nous restons indépendant vis à vis de l’Etat pour assurer les vrais missions de la CRF.

Sachez que même si je peut comprendre que Marc Gentilini a porté plainte, la somme demandée est SCANDALEUSE !!!!

Recevez mon soutien le plus fort.

Bonne journée

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |