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CQFD N°024


MA CABANE PAS AU CANADA

LA YOURTE NATURE

Mis à jour le :15 juin 2005. Auteur : Grite Lammane.

Olivier était maître d’équipage pour Greenpeace : l’Antarctique, Mururoa, les baleines, tout ça, tout ça. Haeli, après une maîtrise en économie politique, travaillait à Toronto pour un organisme de « bioéthique » qui faisait la promotion des OGM. Aujourd’hui, ils vivent en Dordogne, dans un champ qu’Olivier a acheté. Leur yourte multicolore a l’air tombée du ciel.

Dehors, c’est la canicule, mais on dirait que la yourte est climatisée. Torchis à base de crottin de cheval, paille et liasses de journaux : les meilleurs isolants qui soient. « Pour garder le frais, on ouvre la nuit et on ferme le jour. Principe bioclimatique, m’explique Olivier sur le ton de l’évidence. Et l’hiver, quand les voisins nous rendent visite, ils sont étonnés de voir qu’il fait plus chaud ici que chez eux. » On s’installe dans la partie salon pour siroter un communard. La vue sur la campagne est belle, paisible. « Il y a dix mois, il n’y avait rien ici », sourit Haeli. Olivier continue sur sa lancée : « Tout est fait avec de la récup’. » Les perches en châtaigner de la charpente et une partie du plancher viennent d’Angers. Les baies vitrées d’Emmaüs. La cloison de la salle de bains est en croûte de pin « à brûler ». Question énergie, « pour l’instant, on fonctionne avec des batteries de camion qu’on recharge chez Stéphane » [un ami qui produit de la viande bio « sans label par principe »]. Ça suffit pour faire fonctionner l’ordinateur, l’ampoule de clignotant qui éclaire au-dessus de la table, le feu de stop qui sert de lampe de chevet, et les veilleuses de la cuisine. « Plus tard, on aura une éolienne et des panneaux solaires. » Quant à leur camion, il roule grâce à un mélange, moitié diesel, moitié huile de tournesol. L’inconvénient ? Les bouteilles en plastique, impossibles à composter. Parce qu’ici, « tout est recyclé, de l’eau de douche au caca. » De ce dernier, ils font un compost qui sent bon l’humus. « On vit dans une société qui ne veut ni voir ni sentir sa propre merde. Nous, on en fait quelque chose. » Pendant que nous mangeons une omelette à l’oseille, Olivier ne tarit pas. Il parle beaucoup, il s’exclame, il m’interpelle, il rit. Haeli, beauté douce et tranquille enceinte jusqu’aux yeux, sourit et approuve. Depuis une semaine, Olivier dit qu’elle va accoucher demain. Mais le bébé n’est pas pressé. Leur vie est belle. « On ne veut pas vivre en autarcie, les échanges, c’est important. Mais la meilleure économie est celle du don… »

Pendant qu’Haeli se repose, Olivier me fait visiter leur royaume. Ils se lancent dans l’apiculture. « J’avais quatre ruches, sept essaims sont venus ! Je voudrais en avoir une soixantaine. » Les poules habitent dans une cabane de rêve, nourries aux graines germées, soignées à l’homéopathie et courtisées par Georges, le coq jaloux. Ils ont conçu leur potager en spirale, avec des plates-bandes surélevées : « C’est un gros travail, mais tu ne le fais qu’une fois. Après la terre est moins basse ! C’est mieux drainé et protégé des bestioles. » Ils travaillent en biodynamie. « On peut dire ce qu’on veut de Steiner, le fait est que ça marche. » Le jardin n’est lancé que depuis janvier, mais il est prolixe et varié, même si « il n’a pas plu depuis un mois » et que « tout monte en graine ». Olivier en rigole, ça n’a pas l’air de le désespérer : « On récupérera les semences. Parce qu’alors les graines bio, qu’est-ce que c’est cher ! » Dès cet été, ils produiront du miel, des herbes aromatiques et des tisanes. Ensuite viendront les confitures, quand les fruitiers auront poussé. « D’abord pour nous, et puis pour échanger. Ce qu’il reste, on le fera passer à la Coopéquita [coopérative de producteurs installée dans les locaux de la CNT à Bordeaux]. En attendant, on a notre prime d’installation : le RMI. » Olivier ne veut pas que je parte sans un cadeau. Il me remplit un bocal du premier miel de l’année. Acacia et sapin. Je trempe mon doigt dedans, un délice. « Reviens quand tu veux. Ici, il n’y a pas de clé. Si on pouvait, il n’y aurait pas de porte. »

Publié dans CQFD n°24, juin 2005.






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LA YOURTE NATURE
go veg | 5 avril 2006 | La décroissance
Notre consommation détruit notre planète, alors ne tournons pas en ridicule, les hommes et les femmes qui essayent de vivre plus simplement. 20% des habitants de la Terre consomment 80% des ressources de celle-ci. Comme le disait Gandhi, grand maître de la simplicité et de la non-violence, « il faut vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre. » Alors amis lecteurs et lectrices de ce site, sachez qu’il est facile de critiquer et de détruire, mais difficile de vivre sans nuire, il faut donc encourager les bons comportements. Pour lutter contre le toujours plus, pensez décroissance. Car croitre indéfinement dans un espace fini est impossible. GO VEG > LA YOURTE NATURE
chantal Lombet future yourtiste | 8 septembre 2005 |
bonjour, je voudrais connaître la méthode de réalisation de torchis à base de crottin de cheval (j’ai beaucoup de crottin d’âne…), paille et liasse de journaux. Merci Chantal
 

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