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CQFD N°024


LA GUEULANTE DU BOUQUINISTE

APPRENDRE À SERRER LES FESSES

Mis à jour le :15 juin 2005. Auteur : Jules Hyénasse.


Tandis que nous mettons sous presse, nous apprenons la création d’une nouvelle association éditoriale marseillaise, à l’enseigne de Égrégores Éditions, mot emprunté au surréaliste Pierre Mabille qui écrivit en 1936 : « J’appelle égrégore, mot utilisé jadis par les hermétistes, le groupe humain doté d’une personnalité différente de celle des individus qui le forment. Bien que les études sur ce sujet aient été toujours, ou confuses, ou tenues secrètes, je crois possible de connaître les circonstances nécessaires à leur formation. J’indique aussitôt que la condition indispensable, quoique insuffisante, réside dans un choc émotif puissant. » Cette association vient de publier son premier ouvrage : Jacob Law, Dix-huit ans de bagne, un livre qui « a le mérite d’être succinct, ferme, voire didactique », avertissent les éditeurs. Publié en 1926 aux éditions de l’Insurgé, devenu introuvable et quasiment inconnu même des anarchistes, ce livre relate les longues années passées à Cayenne après que l’auteur eut tiré sur les officiers de la Garde républicaine lors de la manifestation du 1er Mai 1907, place de la République à Paris, et s’être déclaré anarchiste individualiste. Au vrai, ce « nouveau » Jacob, ce Russe au grand cœur qu’on croirait sorti tout armé de sa révolte d’un roman de Dostoïevski, est un homme entier, honnête et modéré, mais ferme dans ses convictions et à qui on ne la fait pas. On le traitera sans ménagement de martyr ou d’illuminé, mais ce n’est pas un désespéré si différent d’Émile Henry ni moins ferme que lui. La suite dans toutes les bonnes librairies au prix de 11 euros ou au détour d’un peu de gymnastique çivaïste…

Au programme à venir d’Égrégores : Oxent Miesseroff, Le Charme discret du maquis de Barrême. Russe chassé de chez lui par les armées blanches et l’intervention alliée pendant la révolution, cet apatride réfugié en France entreprit trente ans après la bataille, sur l’instance de ses camarades de maquis, de rapporter leur histoire. Mal lui en prit : les braves bourgeois qu’ils étaient devenus s’étaient rangés à l’avis de l’hagiographie officielle, pleine de pages héroïques et de faits d’armes qui n’ont existé que dans l’imagination des médaillés. Le vieux papy De Gaulle, quand on lui parlait de « résistance », haussait les épaules et rétorquait que, pendant l’Occupation, les Français jouaient aux cartes ! On sait pourtant qu’en dehors des staliniens des cohortes d’étrangers ont résisté les armes à la main sur le sol français : antifascistes d’Europe centrale et orientale, républicains espagnols et nombre de juifs rescapés, qui n’obéissaient pas tous aux injonctions de Moscou. Un livre de Gilles Perrault a décrit les maquis gaullistes du Nord, délibérément sacrifiés aux intérêts du débarquement allié en Normandie - et on se souvient que le réseau Manouchian et la MOI ont été eux aussi livrés à une mort certaine afin que les résistants de dernière heure pussent apparaître comme de vrais Français et jouir en paix de leur nouvelle fortune, acquise au marché noir. Oxent Miesseroff, lui, ne se gargarise pas de grands mots. Il perfectionne, dit-il, « l’art du bidonus » : « Qu’est-ce qu’un héros sinon celui qui sait serrer les fesses mieux que les autres ? » Est-il nécessaire de préciser qu’aucun éditeur ne se risqua à publier le livre et qu’« Aliocha » dut faire imprimer à compte d’auteur, avec l’aide de quelques amis, sa version dactylographiée en 1978 ? Pour finir, cette phrase de Saïl Mohamed : « Non, n’espérez rien d’Allah, les cieux sont vides, et les dieux n’ont jamais été créés que pour servir l’exploitation et prêcher la résignation. Ne cherchez le salut qu’en vous-mêmes, car votre salut sera votre œuvre ou ne sera pas. » Saïl Mohamed, né en 1884 à Taourit-Béni-Ouglis, fonde dès 1923 le Comité des indigènes algériens. Il s’installe plus tard à Aulnay-sous-Bois où il est en 1929 secrétaire du Comité pour la défense des Algériens contre la provocation du Centenaire. Il rejoint en 1936 la colonne Durruti, puis, blessé, rentre en France où il meurt en 1953. Signalons la somme anthologique que vient d’éditer Les Nuits Rouges, La Gloire des athées, plus de six cents pages qui mêlent œuvres philosophiques et littéraires, poèmes et chansons, pamphlets et proclamations depuis l’antiquité jusqu’à nos jours.

Publié dans CQFD n°24, juin 2005.






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APPRENDRE À SERRER LES FESSES
Hélion | 19 mars 2006 |

Cela fait plaisir de savoir que ce petit ouvrage, écrit avec les tripes de O. Messieroff et qui reste un excellent témoignage de la vie réelle et sublimée de ceux qui se retrouvèrent en lutte contre les nazis.

Il y aurait bien des choses a dire, en mal surement, mais aussi en bien . Je n’oublie pas les figures de Manfred, de JL Vorey et de tous ces gars qui, bidonnus ou pas étaient quand même promis à douze balles dans la peau ; certains l’ont d’ailleurs expérimentés …

Quant aux appareils politiques et à leurs logiques froides : Manouchian et ses hommes sacrifiés par le PC, Guingouin, Fabien et bien d’autres .

Pour les Alliés le secret du débarquement et ses opérations de “deception” leur ont fait faire des choses terribles vis à vis de nos réseaux … faut-il les blamer ? si les Français voulaient être entièrement maitres de leur destin encore eut-il fallu qu’ils ne perdent pas la guerre aussi lamentablement (en 15 jours) en 40.

Et encore celui que vous qualifiez de “papy” a -t-il sauvé l’honneur et les meubles face à des Alliés peu compatissants envers la France … (Cf Roosevelt et Staline … )

Enfin, puisque nous parlons de lui, il est de bon ton de le rabaisser (à défaut de le salir) S’il a voulu idéaliser le meilleur dans la France Libre et dans la Résistance Intérieure c’est qu’il savait sans doute que viendrait le temps du dénigrement, de la soi-disante “faute” du peuple français . Toutes les grandes nations, tous les peuples occidentaux et autres ont eu à un moment ou à un autre de grandes épopées mais aussi des périodes moins glorieuses … Tous ont connu cela, mais la France est le seul à ressasser, à se complaire dans sa médiocrité sans d’ailleurs en sortir adulte et plus fort …

En attendant je souhaite un grand succès à la réédition du “Charme discret du maquis de Barreme”, et une bonne santé à son auteur … Qu’il sache que leurs ombres magnifiques flottent encore la haut du coté de la Mlle et de Trevans : égrégore ! …

 

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