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CQFD N°025


AFFREUX, SALES ET MÉCHANTS

ITALIE : COUP DE JEUNE SUR LES CHEMISES NOIRES

Mis à jour le :15 juillet 2005. Auteur : Fabio Cerquellini.

Début juillet, la presse italienne révélait qu’une officine de barbouzes d’extrême droite avait projeté de kidnapper Cesare Battisti. Une affaire révélatrice du climat brunâtre que connaît l’Italie d’aujourd’hui, où colifichets mussoliniens et agressions fascistes se multiplient au grand jour, sous l’œil placide des forces au pouvoir.

Le 2 juin 2005, vers 2 heures du matin, le concert s’achève au Forte Prenestino, le plus vieux centre social autogéré de Rome, dans le quartier de Centocelle. C’est le moment que choisissent une vingtaine de fascistes pour débarquer. Un jeune du Forte reste à terre, en sang, poignardé à la gorge. L’événement n’a rien d’exceptionnel : depuis quelques années, les agressions fascistes se multiplient dans toute l’Italie, des insultes aux cassages de gueule en passant par le meurtre d’un jeune squatter de Milan en 2003. Mais cette fois-ci, ça se passe à Centocelle, quartier traditionnellement antifasciste depuis la guerre. Les vieux aiment à raconter que, durant l’occupation nazie de Rome, les véhicules allemands furent l’objet d’innombrables attentats et que de nombreux partisans y trouvèrent refuge grâce à la population. Le lendemain de l’agression, une assemblée à l’intérieur du Forte réunit habitants et représentants des forces politiques et sociales du quartier, pour discuter de la stratégie nationale d’infiltration mise au point par les mouvements fascistes dans les quartiers populaires. Le vieux Focella témoigne : « Après avoir combattu avec les partisans dans ce quartier, je n’aurais jamais cru revoir les fascistes à Centocelle. Mon adolescence a été marquée par la haine des fascistes. » Tout comme la génération qui lui a succédé. Quelques jours plus tard, pour l’anniversaire de la libération de Rome le 4 juin, une grande fête antifasciste est organisée sur une place de Centocelle. Avec un sens raffiné du pluralisme, la préfecture autorise alors le groupe d’extrême droite Forza Nuova à manifester au même moment quelques rues plus loin, contre « l’invasion des immigrés » et pour « sauver les produits italiens ». Les autorités se raviseront en interdisant in extremis le défilé brun, mais le message a déjà été reçu. Dans la soirée, un groupe de crânes rasés de FN attaquent un camp tzigane proche du lieu de la fête. En hurlant « Duce, Duce ! », quatre d’entre eux frappent violemment un jeune qui vient de quitter la place. Le 18 juin, Centocelle se réveille en état de siège, envahi par des dizaines de blindés de la police et des carabiniers. Du jamais vu depuis les années 70. Les gens du Forte avaient l’intention de s’opposer à une nouvelle manifestation de Forza Nuova. En fin d’après-midi, les forces de l’ordre, après quelques escarmouches, dispersent une cinquantaine de fafs qui se réfugient dans un camp tzigane, d’où ils se font violemment éjecter. Dans la soirée, la police empêche les cinq cents personnes rassemblées contre la présence fasciste de défiler dans le quartier. Entre temps, le 12 juin à Turin, une équipe de douze fachos avinés attaquent le Barrochio, un ancien couvent occupé. Les assaillants blessent deux squatters. Le premier, touché au bras, a une veine sectionnée. Le second reçoit un coup de couteau qui lui tranche l’arcade sourcilière, un tesson de bouteille lui ouvre l’épaule, une lame lui perfore le diaphragme, effleure l’intestin… La semaine suivante la manifestation rassemblant squatters, militants ou amis de Turin et d’ailleurs est attaquée à son tour, par la police cette fois. Les journaux télévisés du soir annoncent que des affrontements ont opposé manifestants et policiers durant quatre heures… Le maire, en vacances, déplore les débordements nuisibles à l’image de sa ville : les Jeux olympiques d’hiver de 2006 approchent. Attaques, propagande, célébration publique du culte de Mussolini et des chemises noires… Les franges radicales de la droite se sentent légitimées depuis plusieurs années par une partie des institutions, de la police et de la magistrature. Il faut dire que dès son investiture, le gouvernement Berlusconi avait supprimé les interdits portant sur la propagande autour du Duce. Logique, puisque nombre de ceux qui cassaient du gauchiste dans les années 70 étaient maintenant au pouvoir. Dans les quartiers populaires, les antennes fascistes peuvent alors ouvertement proliférer en se nourrissant du vide politique et social créé dans les années 80 par la répression policière et l’invasion orchestrée de l’héroïne. Dans l’espoir de survivre à cette époque remplie de décès par overdoses, d’incarcérations, de suicides, et de règlements de comptes, les rescapés s’étaient vus contraints de se ghettoïser dans les centres sociaux. Mais ces dernières années, les liens noués avec de nombreux immigrés ont relancé occupations de maisons, ouvertures d’espaces sociaux et luttes contre les centres de rétention. Outre la répression policière, ils doivent se frotter dorénavant aux fascistes qui ont pris pied dans les quartiers, et dont les idées se répandent dans les écoles de périphérie aux murs couverts de slogans et symboles mussoliniens. Résultat de la « défaite » du parti communiste, de la gauche extraparlementaire et des groupes subversifs, ce sont les mots d’ordre expéditifs de l’extrême droite qui présentent des réponses à la paupérisation et à la précarité croissantes des gens : salaire « social » pour les nationaux, lutte contre la concurrence étrangère et modèle d’identité forte, au niveau individuel et communautaire. Les tifosi de la Roma, qui autrefois s’appelaient Fedayin, conjuguent désormais foot et militantisme d’extrême droite. Le jeune de Forte poignardé le 2 juin a été opéré en urgence dix jours plus tard, la carotide ayant été touchée. Ceux de Turin, dont l’un a subi une lourde intervention chirurgicale, se rétablissent lentement. Tant qu’il leur reste des jambes …

Article publié dans le n°25 de CQFD, juillet 2005.






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