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CQFD N°025


DISCONTINUITÉ DU DOMAINE DE LA LUTTE

INTÉRIMAIRES DE LA CULTURE

Mis à jour le :15 juillet 2005. Auteur : Grite Lammane.

« Un jour les poètes reviendront » [1] pouvait-on prophétiser avec les grévistes au lendemain d’Avignon 2003. Mais les poètes vont devoir attendre. Deux ans après le début du conflit qui oppose les professionnels du spectacle à l’Unedic, le sort des intermittents est toujours dans les choux.

La partie visible de la lutte qui oppose les intermittents du spectacle à l’Unedic se polarise sur la question d’une certaine « exception culturelle française ». Faut-il subventionner ou enterrer la culture ? feignent de se demander Renaud Donnedieu de Vabres (on l’appellera RDV, tant pis pour lui, il n’avait qu’à laisser tomber la particule), le Medef et la CFDT. La question serait presque légitime, tant la floraison de festivals estivaux travestit chaque année la « culture » à coups de paillettes et de plumes bien placées. Surtout quand Sarkozy embauche des comédiens pour remplir les meetings de la prévention routière, ou que la police leur trouve une place de figurant pour les reconstitutions de crimes [2]. Quoi qu’il en soit, le ministre s’empresse de rassurer les saltimbanques : si, si, il en faut, de la culture. Et son compère Denis Gautier-Sauvagnac, représentant du Medef et président de l’Unedic, de poser ses conditions : « La politique de l’emploi culturel ne doit pas être financée uniquement par les employés du secteur privé », assenait-il au sortir d’une réunion chez RDV le 9 juin dernier. C’est pourtant bien là l’enjeu : la discontinuité de l’emploi est-elle réellement spécifique au monde du spectacle, ou ne concerne-t-elle pas tout le « secteur privé » ? À deux mois de la renégociation de la convention Unedic qui engagera les quatre années à venir, les « partenaires sociaux » ne se posent pas la question. Faisant la sourde oreille, ils préfèrent laisser moisir le problème. « Il n’y a pas de calendrier précis de négociation », mais « la poursuite d’un dialogue », se félicitait le président de l’Unedic juste avant de partir en vacances. RDV, quant à lui, clame haut et fort que « les artistes et les techniciens ont droit à un système spécifique [d’indemnisation] ». Aussi demande-t-il que tout le monde y réfléchisse dans son coin, entre deux bains de soleil. On bricolera un truc vite-fait-bien-fait en septembre, avec entrée en vigueur en janvier. Un peu court, jeune homme, quand les hostilités sont ouvertes depuis deux ans et que les interluttants, loin d’avoir rendu les armes, ont contourné le jeu des appareils syndicaux pour s’organiser en Coordination des intermittents et précaires (CIP). Voilà deux ans que la CIP se creuse les méninges. Elle a proposé un protocole d’accord alternatif qui prend en compte les spécificités de l’emploi discontinu, améliorant l’indemnisation des bas salaires tout en plafonnant celle des plus nantis [3]. Mais ce modèle n’a jamais pu être testé, l’Unedic n’ayant pas voulu communiquer sa base de données. Qu’à cela ne tienne, la CIP s’est lancée dans une très sérieuse expertise « d’initiative citoyenne » en collaboration avec le CNRS pour obtenir ses propres statistiques. Après un an de recherches, l’enquête montre notamment que « le développement récent de l’intérim dans ce secteur d’activité fait qu’une même personne peut se retrouver entre plusieurs régimes d’indemnisation chômage », ce qui justifierait « une annexe unique pour les salariés à l’emploi discontinu ». Or c’est bien là que le bât blesse le patronat. La CIP, en s’interrogeant sur le petit monde du spectacle, a fait monter à la surface la partie immergée de l’iceberg : la mutation du salariat. L’emploi discontinu touche maintenant tous les secteurs. Si l’intermittence coûte cher, ce n’est pas parce qu’elle concerne la culture mais parce que la précarité gangrène tous les emplois. Dès lors, il est logique de revendiquer pour tous une même couverture sociale continue, spectacle ou pas. Vu sous cet angle, le discours Medef/CFDT visant à faire glisser le problème sur des questions de politique culturelle ne tient plus. Si l’assurance-chômage assume les coûts qui incombaient naguère aux entreprises, à savoir le paiement des employés en période de baisse d’activité, cela signifie que l’Unedic a pour fonction de financer la flexibilité. Son déficit est donc structurel. Dès lors, comme l’observe Yann Moulier-Boutang [4] , « ne faut-il pas sortir de la logique du déficit en considérant que le financement public d’une garantie de revenu entre les emplois est un investissement ? » Investir dans la justice sociale… Et pourquoi pas rejoindre AC ! dans la revendication d’un revenu social garanti financé par la taxation des transactions financières, tant qu’on y est ?

Article publié dans le n°25 de CQFD, juillet 2005.


[1] Olivier Py et Christian Salmon, Libération du 22/07/03, à lire sur www.cip-idf.org

[2] « On n’est pas des comiques », se justifie le représentant du syndicat policier Alliance (Libération, 30/06/05). Un comique étant comme chacun sait le plus compétent pour mimer un crime.

[3] Contrairement au modèle de 2003 en application à l’heure actuelle.

[4] « L’intermittence, la richesse et l’impôt », Revue Multitude, juin 2004.





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