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CQFD N°008


Lettre ouverte à l’UNEDIC

Chômeurs : noël au tison, pâques sans un rond

Mis à jour le :15 janvier 2004. Auteur : Nicolas Arraitz.

Depuis le 1er janvier, environ huit cent mille chômeurs vont passer par la trappe de l’Unedic. Amputés au tisonnier, « recalculés » à la louche, « basculés » vers le RMI/RMA, les nouveaux sans-rien reçoivent leur condamnation par voie postale, dans des courriers administratifs loufoques où chaque mot veut dire son contraire. A CQFD aussi on en a reçus. Réponse à l’envoyeur.

Aujourd’hui, moins d’une semaine avant Noël, j’ai reçu une lettre anonyme. Collé en évidence sur le haut de la page, un A bien gras bombe le torse et semble éructer son auto-satisfaction au visage du destinataire. Juste en-dessous, il est dit que ceci est une « note d’information ». Bien. Informons-nous. En survolant ce courrier qu’aucun être vivant n’a osé signer, je tombe effectivement sur une information, signalée elle aussi par des caractères gras : www.assedic.fr - rubrique intermittent du spectacle. Plus bas, en pied de page et en aparté, l’air de rien mais en caractère gras, une certaine Unédic chaperonne l’opération (peut-être une mère maquerelle ou une diseuse de bonne aventure d’origine serbo-croate ?). Le texte proprement dit ? Rien de bien méchant, me direz-vous. Beaucoup de salamalecs et autres ronds de jambe administratifs. Comme d’hab’. Mais, anodine et sans caractères gras, une phrase est tapie là, qui menace sournoisement : les Assedic (un pool de détectives privés d’origine bosniaque ?) m’avisent qu’ils « se préparent à [m’] informer de [ma] situation et à réaliser les croisements de fichier et les vérifications nécessaires à la lutte contre les abus. » Ma main s’est soudain mise à trembler. Et cette main de criminel traqué découvre, sous la lettre anonyme et dans un frémissement de papier glacé, une belle plaquette en quadrichromie (ces maître-chanteurs ont décidément les moyens). Avec un luxe de détails et d’exemples didactiques, on m’explique les bénéfices d’une « réforme pour sauvegarder l’assurance-chômage, professionnaliser et mieux indemniser ». Ce qui, en novlangue orwellienne veut dire exactement le contraire : « un rafistolage pour réduire l’assurance chômage, précariser et moins indemniser » (rappelons que dans la langue de bois de Big Brother, « la guerre c’est la paix » et « l’esclavage c’est la liberté »). Cette rodomontade bureaucratique n’est pas adressée à France 3, ni à aucune autre entreprise pratiquant la fraude systématique au statut des intermittents, mais à moi. Qui suis-je, pour attirer pareille sollicitude ? Fraîchement rapatrié, et après un passage obligé par la case RMI, j’ai écrit des textes pour le théâtre, travaillé comme assistant metteur en scène, et même « fait l’acteur » (sans parler des activités non rémunérées, comme faire la sieste, l’amour ou la cuisine). On se débrouille comme on peut. Au bout d’un an de galère et de plaisirs volés à la course imbécile au cachet, je décroche pour la première fois le statut d’intermittent. Rien de faramineux : un peu plus de 4 000 balles par mois après vos savants calculs dégressifs. Et d’ici peu, selon les prévisions de la fameuse voyante Unédic, je goûterai à nouveau aux joies du RMI, ou du RMA (c’était pas le sigle d’un régiment parachutiste, ça ?). Flash-back : il y a un an, j’errais dans un labyrinthe de paperasserie et de rendez-vous inutiles pour mériter mes 2 000 balles d’allocation survie. Pour l’Etat Providence (quel gros mot, ma mère !), il est hors de question qu’un assisté ait le loisir de se la couler douce. Il faut l’occuper, comme un territoire ennemi. Il faut qu’il passe ses journées à hanter les bureaux de l’ANPE, des CCAS, des organismes agréés, des assistantes sociales… Contrat d’insertion, formation bidon, stage martien pour apprendre à chercher du travail, pour apprendre à se vendre, etc. Etre chômeur devient alors un boulot à plein temps : l’idéal serait qu’on n’ait pas même l’occasion de réfléchir à l’absurdité de la vie qui nous est faite. L’idéal quémandeur d’emploi est un fauve dressé, qui lime lui-même ses griffes et ses crocs en faisant croire qu’il croit encore que le travail existe et que s’il n’en trouve pas c’est de sa faute. Pour cela, il lui faut remplir mille dossiers et poireauter cent heures dans dix services différents qui se le renvoient indéfiniment de l’un à l’autre.

L’année dernière, j’ai perdu comme ça plusieurs semaines à chercher des devis de formation, à les faire jauger et valider par trois ou quatre services plus ineptes les uns que les autres, et tout cela pour que la Commission locale d’insertion, qui ne se réunissait plus depuis des mois, rende un avis (défavorable, autant que je me souvienne) bien après la fin du stage demandé. Si j’avais pris au sérieux leurs simagrées, j’aurais sûrement fini ce parcours du combattant avec une dépression carabinée (carabinée ?, tiens, quel mot étrange…) ou, au minimum, d’une humeur massacrante (humeur massacrante ?, tiens, quelle drôle d’idée…). L’année dernière, pour les 8e, 9e et 10e arrondissements d’une ville comme Marseille, il n’y avait qu’une secrétaire pour traiter la totalité des dossiers RMI. Personne pour l’aider ni la superviser. Tous les membres de la Commission locale d’insertion étaient en congé maladie ou avaient démissionné sans être remplacés. La vérité si je meurs… Imaginez donc ma joie en retrouvant, après des années d’absence, le poulpe au sang très froid de l’administration française… En un an et demi, j’ai accumulé plus de paperasse qu’en dix ans à l’étranger. « La France, c’est la misère », constatait l’autre jour un vieux, dans une file d’attente spécialement désespérante. Et c’est vers l’étagère inférieure de cette misère que veut me refouler madame Unéditch. Mais moi, individu louche et jouisseur insolent, je ne veux ni en rester là, ni aller garnir les « programmes immobiliers » de messieurs Perben, Sarkozy et Duchnok. Alors, en attendant qu’on nous parque dans un terrain vague où notre présence ne dérange pas trop la clinquante routine de votre spectacle, je freine des quatre fers. Avec mes amis et complices (le crime est partout, vous le savez bien), je continuerai à me bagarrer (« à résoudre et à inventer », comme disent les Cubains sous Castro) pour rester maître de mon existence. Malgré vous, malgré cette société en guerre contre les gens, contre les jeunes, et surtout contre les pauvres. Malgré ce système qui démontre chaque jour plus clairement que croissance économique rime avec régression sociale. Veuillez donc croire, madame et messieurs les anonymes esclaves esclavagistes, l’expression publique de ma rage et de mon souverain mépris. Tchao, à la prochaine.

Nicolas Arraitz

Publié dans le n°8 de CQFD, janvier 2004.


Tuerie comptable

Selon les dernières estimations officielles de l’Unedic, la convention signée en décembre 2002 par le Medef et les « syndicats » (CFDT, CFTC et CGC) va entraîner l’exclusion de 613 000 chômeurs sur deux ans. L’apparente précision du chiffre a tout d’un piège à gogos : une estimation plus ancienne, émanant des mêmes services, indiquait que la grande purge ferait 856 700 victimes. Pour ajuster le tir, l’Unedic ferait bien d’embaucher des experts-comptables (ça créerait des emplois). Quelles que soient ses marges d’erreur, la grande purge a déjà commencé. Au 1er janvier, ils étaient 180 000 chômeurs à se réveiller en fin de droits. S’y ajouteront les intermittents frappés par la réforme Unedic/Aillagon : 30 000 allocataires virés du système (selon les associations). Dans le même temps, le laminage de l’allocation spécifique de solidarité (ASS) va permettre de sucrer leur ration de survie (406 euros) à 130 000 « assistés » parmi les plus pauvres. Gain attendu par l’Etat : 150 millions d’euros. Soit sept fois moins que le profit réalisé par François Pinault dans l’affaire Executive Life.






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ghd
| 22 février 2013 |

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> Chômeurs : noël au tison, pâques sans un rond
gb | 25 juillet 2005 |
pauvre france gouverner par une bandes dincapables
 

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