Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°025
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°025


MA CABANE PAS AU CANADA

SQUAT SEVESO

Mis à jour le :15 juillet 2005. Auteur : François Maliet.

Dans les quartiers Nord de Marseille, des squatters font pousser des tomates sur un site chimique. Entre les détergents et les offensives de la Bac, les habitants de la Bougie expérimentent l’autonomie et l’entraide.

Laëticia [1] n’est pas convaincue. Pourquoi présenter leur squat alors que « nous vivons de la surconsommation du système, mais que le but est de le détruire » ? Pourtant, au regard des problématiques qu’ils abordent, et surtout des débuts de réponses qu’ils esquissent, les habitants de la Bougie valent bien deux colonnes. Il y a un un an, leur petit groupe a investi une vieille maison située à l’orée des quartiers Nord de Marseille, et inoccupée depuis quinze ans. Et pour cause : elle siège dans l’enceinte d’une usine chimique. Le site est toujours en activité mais change régulièrement de propriétaire. À quelques mètres de leur potager, de vieilles cuves rouillées obstruent la vue. « Du détergent ! », rigole Stéph. Il désigne les plans de tomate : « Un jour, on fera analyser la terre. »

Les premiers temps n’ont pas été de tout repos. Les nervis de la Brigade anti-criminalité (BAC) passaient régulièrement, visitant le jardin, la maison… Sans invitations ni brassards, mais avec menaces et insultes : « Appelle ton avocat et dis-lui que je l’encule ! » Les occupants ont tenu bon, géré les bleus, retapé le toit, débroussaillé le jardin. Ils se sont aussi fadé le propriétaire, inquiet de voir des gens s’installer à proximité de son usine potentiellement explosive. « Le danger vient de votre installation, pas de notre présence », lui ont répondu les squatteurs. Au procès, l’entreprise a été incapable de prouver qu’elle était bien propriétaire des lieux : non expulsable pour le moment, la Bougie a donc trouvé son rythme de croisière.

En sirotant un maté, Stéph présente le programme : « Se réapproprier le temps et l’espace, et réapprendre l’autonomie. » Leur temps, ils le gèrent comme ils l’entendent puisqu’aucun ne va au chagrin. Ces « inadaptés » au marché de l’emploi retapent la bâtisse, organisent des expéditions pour récupérer des matériaux et glanent les invendus sur les marchés. « Beaucoup de vieux qui survivent du minimum vieillesse font les bennes avec nous », dit Laëticia. Mais pour les habitants de la Bougie, c’est un choix de vie. Et le plaisir est quotidien, quand pour d’autres « il se limite à l’achat d’une étagère préfabriquée en grande surface le samedi après-midi ». « Pas facile de trouver un appart’ quand on est précaire, les loyers sont chers, il faut des cautions… », souligne Stéph. Le squat apparaît alors comme une forme de lutte contre une spéculation immobilière qui « organise la rareté du logement en laissant pourrir des maisons ». Dans leur quartier, « beaucoup vivent dans des logements insalubres et survivent tout juste en travaillant ou en bricolant… Certains regrettent de ne pas avoir osé récupérer cet espace. »

Si l’on postule que « le système va se casser la gueule, en commençant par le système d’aide sociale », il faut réapprendre rapidement la débrouille ! « Comme vivaient les paysans, il y a quelques générations », précise Stéph. Alors pourquoi ne pas délocaliser le squat dans un hameau ariégeois ? Il rétorque : « J’aurais l’impression de déserter, de laisser la ville à Gaudin ! » Et de compléter : « On ne changera pas la structure de la ville, mais on peut tenter de modifier les relations entre les habitants. » Cette expérimentation, ils la vivent à « un niveau d’organisation sociale plus intéressant que l’individualisme qui marque notre société ». Le jour de la grande crise, quand il faudra s’organiser en comité de quartier comme les collègues argentins (lire LE JOUR Où L’ARGENT SUPPRIMA L’ARGENTINE), la Bougie aura de la bouteille.

Article publié dans le n°25 de CQFD, juillet 2005.


[1] Les prénoms ont été changés sur demande.





>Réagir<

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |