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CQFD N°025


DESTINATION COUP DE COEUR

CHIAPAS : LES 400 COUPS DU SOLEIL

Mis à jour le :15 juillet 2005. Auteur : Nicolas Arraitz.

L’alerte rouge récemment décrétée par l’EZLN s’entend comme un cri d’exaspération des communautés rebelles, confrontées à la pression jumelée des militaires et des paramilitaires et à l’oubli dans lequel les tient une campagne électorale qui bat son trop-plein de démagogie. Ici, on n’en cause plus trop : le Chiapas n’est plus une destination touristique pour les Guevara mondains, qui se sont tournés vers des lieux de villégiature mieux exposés, avec plan vigipirate post-olympique et fanions réglementant la baignade. En attendant, la forêt lacandone échappe encore aux appétits des multinationales. Joie canaille !

« Et nous voulons dire aux frères et aux sœurs de l’Europe sociale, autrement dit l’Europe digne et rebelle, qu’ils ne sont pas seuls. […] Que nous cherchons un moyen de soutenir leurs luttes et que nous n’allons pas leur envoyer des euros, pour qu’après ils soient dévalués à cause de l’effondrement de l’Union européenne, mais que nous allons peut-être leur envoyer de l’artisanat et du café, pour qu’ils les commercialisent et en tirent quelque chose pour les aider dans leurs luttes. Et que peut-être que nous leur enverrons du pozole [bouillie de maïs, aliment des très pauvres], ça donne des forces pour résister, mais qu’après tout il est possible que nous ne le leur envoyions pas, parce que le pozole c’est quelque chose bien de chez nous et qu’il ne manquerait plus qu’ils attrapent mal au ventre et qu’après leurs luttes s’en ressentent et qu’ils soient vaincus par les néo-libéralistes. » (Extrait de la Sixième déclaration de la forêt lacandone, juin 2005). L’alerte rouge a impliqué l’abandon des Caracoles (phalanstères de la démocratie directe zapatiste) par les Juntas de Buen Gobierno et les observateurs étrangers. Elle a aussi permis la consultation des communautés et la rédaction de la Sixième déclaration de la forêt lacandone. Dans ce long texte à tiroirs, il est rappelé de quoi ont été faites les onze dernières années de résistance des villages indiens contre le système économique qui rêve de les rayer de la carte.

Puis, en conclusion, les compañeros annoncent qu’une délégation zapatiste parcourra bientôt le Mexique dans le cadre d’une « campagne non-électorale », car « tous les candidats à la Présidence sont néo-libéraux ». Visiblement, la pauvre prestation de Lula au Brésil a échaudé pas mal de monde en Amérique latine. « Nous n’avons aucune envie de subir la même guerre de basse intensité, menée cette fois-ci au nom du peuple par un gouvernement de gauche. » (Paroles de défiance visant directement López Obrador, maire de la capitale fédérale et candidat du PRD, donné gagnant par tous les sondages dans la course électorale de 2006.) Les zapatistes lancent aussi l’idée d’une nouvelle Rencontre intergalactique, « mais qui ne soit pas faite de tribunes et de longs discours, mais plutôt de débats et d’échanges horizontaux, en évitant quand même la cacophonie, qui nuit au bon entendement. » L’expérience zapatiste continue donc de se construire loin des projecteurs de « l’actualité ». Un pari en faveur d’une autonomie ouverte, faite de rotation des tâches et des postes de responsabilité, de construction d’écoles et de cliniques, d’hospitalité conçue comme pierre angulaire de l’édifice social. Le grand mérite de l’EZLN, c’est d’avoir accepté la prééminence des communautés dans les choix politiques de cette armée de pauvres, tout en ne négligeant jamais l’élaboration d’une stratégie globale et la communication avec l’extérieur. Jusqu’à présent, aucune dissidence au monde n’a réussi à concocter un cocktail aussi vitaminé. Ni la fronde des aarouch en Kabylie, ni le mouvement des Sans-Terre au Brésil, ni même le récent soulèvement populaire en Bolivie. Sans parler des éphémères flambées sociales en France… « Ils sont dépossédés de tout ? Les villages indiens et certains paysans métis assimilés à eux possèdent quelque chose que la bonne âme qui s’apitoie sur leur sort a généralement perdu et ne peut donc estimer ni reconnaître : l’appartenance à un espace commun, une authentique communauté, la dignité d’une autonomie construite collectivement, la capacité de définir ses propres nécessités et de subordonner l’économie à la culture. » (Gustavo Esteva, Crónica del fin de una era, Ed. Posada, 1994)

Article publié dans le n°25 de CQFD, juillet 2005.






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