Accueil
Sommaire du 26.N°026
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD 26.N°026



LES PATRONS SONT FORMIDABLES

Mis à jour le :15 septembre 2005. .


Ils ont l’air d’avoir inventé la pilule du bonheur. Ils sourient tellement qu’on a l’impression que leurs visages vont se craqueler comme de l’argile sèche. Ils ont à la bouche plein de mots humidifiants : « désir », « plaisir », « satisfaction », « travail »… Eux, ce sont les responsables du Medef des Bouches-du-Rhône. Le 9 septembre, ils tenaient leur université d’été à la faculté de Luminy, sur un thème qui ventile l’air du temps : « Le bonheur est-il aussi dans l’entreprise ? » Deux jours plus tôt, les mêmes faisaient bombance dans un club select de Marseille pour présenter le programme de leur raout aux médias locaux, dont un chômeur de CQFD. Ces types ont tellement l’habitude que les journalistes leur mangent dans la main qu’ils laissent entrer n’importe qui. Ce qui frappe, au premier coup d’œil, c’est leur décontraction. La plupart ne portent pas la cravate, il y en a même un qui a les cheveux longs et la chemise déboutonnée, kif un guitariste de hard-rock californien. Ça doit être chouette de bosser pour des mecs aussi cools. Faut dire que le gouvernement venait d’annoncer une réduction de l’impôt sur les hauts revenus en même temps que l’expulsion des squatters et mal-logés, ça vous met forcément à l’aise, même s’il faut « aller plus loin ». Et puis il y a l’effet Parisot. Du temps de Seillière-Kessler, le patronat avait le sourcil ombrageux et le col de chemise raide comme un sabre. Mais depuis que la pimpante Laurence a pris les commandes, le style a changé. Élégance débraillée, attaché-case et kir à la pêche : un vrai kit pour stages de relooking à l’Anpe.

Ici, tout le monde adore Parisot. « Elle fait du bien à l’image des patrons », opine un adepte des rayons UV. Sa déclaration dans Le Figaro du 30 août - « La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? » - suscite en leur cercle des exégèses énamourées. « C’est vrai, s’enthousiasme un des rares cravatés de la bande, la précarité est liée à la nature humaine, normal qu’elle soit aussi dans l’entreprise. Ce qui manque, c’est le courage et l’envie. » Le courage et l’envie, c’est effectivement ce qui a manqué aux 34 667 chômeurs radiés par les Assedic durant le mois de juillet pour rétablir la confiance. Confiance mesurée avec courage et vendue avec envie par l’Ifop, la boîte de Parisot. Mais ce qui impressionne surtout, chez nos décideurs, c’est leur idéalisme. L’avenir leur appartient, et il vaudra cher quand ils le revendront. Le plus romantique, c’est visiblement le président du Medef marseillais lui-même, un certain Stephan Brousse (« Stephan sans “e” et sans accent aigu », précisera l’attachée de presse). « Laurence Parisot a raison, dit-il avec flamme. Dans nos entreprises, c’est vrai qu’on réenchante le monde. Nous avons la foi et la passion pour faire changer le monde. » Changer le monde ? À gauche, ceux qui osent dire ça passent pour des dingues. Mais au banquet des entrepreneurs des Bouches-du-Rhône, les utopies s’énoncent et se reçoivent comme une affaire conclue. Les journalistes qui prennent sagement des notes ne tiquent pas non plus. Après tout, le monde a déjà bien changé grâce aux patrons, chacun comprend qu’ils veuillent finir le boulot. Il y a tant de choses à faire ! Baisser plus encore les impôts des riches et le revenu des pauvres, par exemple, comme le promet Sarkozy. « Le bonheur, s’envole le patron des patrons locaux, est-ce que ce n’est pas le petit peu de bonheur que l’on peut donner aux autres ? » L’assistance hoche la tête, émue. Le contrat nouvelle embauche, c’est deux années de bonheur. Et le bonheur, c’est comme l’amour : indexé sur l’indice de précarité.

Bref coup d’œil sur le programme. Parmi les personnalités conviées à leur machin, on note le nom de Gérard Mordillat. Le réalisateur de Vive la sociale est prévu pour participer à l’atelier « Quel type de dialogue pour recréer la confiance ? » À ce propos, le patron hard-rockeur a une révélation à faire : « Gérard Mordillat est un ancien ouvrier. Eh, personne n’est parfait ! » Rires dans la salle.

Publié dans CQFD n°26, septembre 2005.






>Réagir<

Quel patron ?
| 2 janvier 2006 |

Il se cache une certaine haine derriere des masques de révoltés… Mon propre père, tendance libertaire meme, a été un patron… Dans sa boite, ils étaient 4 associés, dont un coco aussi ! Mais si je vous disais qu’ils gagnaient moins que leurs salariés (de 3 à 5 suivant les annees), qu’ils ’appliquaient à un travail qu’ils avaient choisi… A savoir que la boite à coulée… Production de fleur coupée, l’horticulture artisanale… Mais les fleurs importées d’Amerique du Sud ou de la Hollande (productivisme et faible couts du carburant oblige) reviennent moins cher, et sont aussi de moins bonne qualité….

Bref, oui mon pere était un patron… Et si y’en a un(e) qui dit « il empeche l’autodetermination, la propre prise de conscience…patati patata » je le soumet de ne pas choisir sa vie… Ce que personne ne souhaite ici je pense… A savoir que l’idée d’une boite autogérée n’a jamais effleuré l’idée des salariés, sauf un !

> LES PATRONS SONT FORMIDABLES
lottà | 23 décembre 2005 |

« Ensuite, si cela ne vous plait pas d’avoir un patron … » j’ai cru que j’allais lire « … vous pouvez le buter. »

J’ai vite déchanté car c’est vrai que le ton limite hautain du gars bloqué dans son mode de pensée n’aurait pas dû me laisser en espérer tant !!

juste pour dire que les anarchistes, les communistes libertaires et autres syndicalistes révolutionnaires n’ont que faire de devenir « patron ». ils n’ont que faire de rejoindre les rangs des « gouverneurs » et autres exploiteurs de « gouvernés réactionnaires s’opposant aux réformes nécessaires, petits bourgeois frileux xénophobes et adeptes par nature de la pensée-TF1 (sic) » (ce doit être globalement le sens de ce terme de « cocoonesque » dont le choix en lui-même en dit long)

- moi je voudrais avoir une pensée pour les gars et les femmes qui se sont battus contre l’obligation d’avoir un « patron » (un autre ou lui-même) pour survivre, qu’il s’agisse d’un patron privé ou étatique ! Eux ont compris dans leur chair qu’ils n’étaient pas si libres que cela de s’opposer au système « naturel ( ?) » gouvernants/gouvernés, qu’il n’était pas si simple de sortir de ce schéma. (Ce n’était d’ailleurs pas le sens de votre remarque Patrick, mais j’imagine que vous n’imaginez même pas à quoi nous rêvons.)
- je voudrais avoir une pensée pour les gars et les femmes des squats de Grenoble et d’ailleurs, dont les expérimentations d’action directe, d’auto-gestion et de vie communautaire non-mercantiles sont systématiquement interrompues par les « gouvernants » car n’entrant pas dans le cadre de pensée capitaliste.

Et oui Patrick ! la prochaine fois que vous nous proposerez de nous battre pour sortir de notre condition de « gouvernés », ne croyez pas que nous revions d’être comme vous, de faire partie de vos amis. Essayez de comprendre que nous ne cherchons pas à gouverner, à exploiter et à marcher sur la gueule de nos semblables.

Quand vous aurez compris cela, je ne dis pas que vous rejoindrez nos rangs, mais peut-être, pour le moins, éviterez vous de nous asséner des âneries telles que celles que j’ai pu lire

Salutations libertaires lottà

> LES PATRONS SONT FORMIDABLES
Patrick | 14 décembre 2005 |

Je cite OC :« il y en a même un qui a les cheveux longs et la chemise déboutonnée, kif un guitariste de hard-rock californien. Ça doit être chouette de bosser pour des mecs aussi cools »

D’abord si vous êtes adulte, vous devriez savoir qu’on bosse pour soi et pour personne d’autre.. Ensuite, si cela ne vous plait pas d’avoir un patron, libre à vous de ne plus en avoir, voire de le devenir.. Et là, vous comprendrez (peut-être) que ce n’est pas si simple de mener sa barque.. Avec un tantinet d’ouverture d’esprit, vous devriez voir qu’il y a 2 grandes catégories de gens : les gouvernants et les gouvernés, sachant que la grosse majorité se situe dans la 2e catégorie qui est quand même plus « cocoonesque » (tant au niveau du travail que de la politique au sens propre) que la première tout en en revendiquant les avantages.. Bonne journée quand même… Patrick

> LES PATRONS SONT FORMIDABLES
Karl-Joseph von Zapata | 14 octobre 2005 |

Ben, à quoi ça sert d’avoir de l’artiche si c’est pour vivre comme des misérables ? Tout le monde ne peut pas être un damné de la terre. Enfin si : après avoir confié l’économie aux petits génies de la lutte finale on verra bien si, non content d’importer du sable, il ne faudra pas aussi brancher des lampes à UV. Franchement, vous espériez quoi d’un pince-fesses du MEDEF ? Qu’ils chantent l’internationale à la fin ?

En tout cas les patrons, ils ont au moins l’intelligence de ne pas avoir 36 syndicats qui se bavent sur la gueule, eux. Ce qui montre qu’il y a souvent corrélation entre domination économique et savoir-faire.

Enfin moi, ce que j’en dis, c’est juste histoire de causer… Je ne voudrais pas gâcher l’ambiance. On en était où déjà ? Ah oui, les patrons puent du cul, c’est ça ? Au fait, c’est dans le Capital ou dans le Manifeste, cette brillante analyse ? Ah pardon, c’est du Ravachol dans le texte. Alors c’est bien. Ravachol, faut tenir la distance mais c’est bien. Encore que sans la guillotine, ça manque un peu de panache.

Bon, ben c’est pas tout ça mais je vais vous laisser : j’ai encore les poubelles de l’histoire à sortir. Bonne continuation.

> LES PATRONS SONT FORMIDABLES
Un anonyme | 11 octobre 2005 |

L’odeur infecte qui émane d’une salle pareille, vous savez d’où elle vient ? Non, non, ni les pieds ni les aisselles ni même le cul (encore que)…

C’est le coeur… pourri à souhait et dégoulinant d’hypocrisie, et à cause de ça le cerveau suffoque, toute cette puanteur fait peur… quand comprendra-t-on qu’il faut combattre nos peurs pour un monde meilleur ?

Cela ne sert plus à rien de travailler pour quelqu’un puisque dans quelques années tout sera délocalisé…

On ne peut respecter quelqu’un qui nous lèche le cul très longtemps, mais on peut faire en sorte de ne pas lui péter au nez.

Les patrons pètent sans arrêt, c’est leur droit, c’est écrit dans la loi ! Mais qu’on ne me dise pas que ce n’est pas de leur faute si on se retrouve dans la merde !

« Aux armes citoyens… » - La Marseillaise (qui se bat, elle !)

> Les cons ça ose tout…
Firou | 29 septembre 2005 |

Comme disait Coluche, :<<tu leur donne le désert, un an après, ils importent du sable>>.

S’ils continuent à licencier, qui achètera leurs produits ?

Personnellement, je serai favorable pour déclarer « Indigne National » le patron qui, profitant de l’exploitation humaine pratiquée ailleurs, fermerait ses usines en France pour les installer chez les « moins-disants ».

Une main d’oeuvre corvéable à merci, c’est l’idéal non ?

Enfoirés !

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |