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CQFD 26.N°026


INCENDIE DU BOULEVARD VINCENT-AURIOL

« LES FLICS PASSAIENT FOUTRE DES BAFFES AUX GOSSES »

Mis à jour le :15 septembre 2005. Auteur : François Maliet.


Dimanche 4 septembre, on traîne nos guêtres sur le boulevard Vincent- Auriol dans le XIIIe à Paris, où un immeuble insalubre d’Emmaüs habité par des Africains a brûlé dans la nuit du 25 au 26 août, emportant avec lui dix-neuf personnes, dont quatorze minots. Le bâtiment ne présente pas de trace d’incendie sur sa façade principale et du linge pend encore aux fenêtres, comme une maison fantôme abandonnée pour de mystérieuses raisons… Mais la ribambelle de bouquets de fleurs, de mots de soutien et de colère accrochée aux barrières Vauban, ainsi que les trois CRS rigolards en faction, nous rappellent à la réalité.

Un proche voisin de l’immeuble se confie à CQFD. Avant la construction de la Grande Bibliothèque et d’immeubles de verre et d’acier abritant bureaux et bobos, le coin était plutôt populaire. « En face, il y avait un centre de tri de La Poste, fermé en 1998. Dans le pâté de maisons, il y avait douze bars. Maintenant, il n’y a plus qu’un pub branchouille où je ne mets jamais les pieds », à part le soir de l’incendie, quand il a « amené des couvertures aux rescapés qui s’y étaient réfugiés ». Les locataires, tous en situation régulière, vivaient pour la plupart depuis au moins dix ans dans cet immeuble borgne et hautement inflammable, pour lequel ils payaient à Emmaüs 400 euros de loyer mensuel. C’est cher payé pour mijoter et puis mourir dans les poubelles du marché immobilier. Cher payé aussi pour la politique de pénurie des logements sociaux, aggravée par les destructions de barres HLM effectuées dans le cadre d’un « renouvellement urbain » (sic) qui a surtout renouvelé la galère des mal-logés. Mais pour leur voisin, les blacks du boulevard Vincent-Auriol redonnaient vie à la rue : « Les gamins jouaient dehors, les parents étaient assis sur des bancs, les gens se connaissaient. Rien à voir avec la description publiée dans Libé »,s’énerve-t-il. Dans son édition du 27 août,le quotidien de Rothschild donnait la parole à un toubib du quartier : « Ça craignait, tout le monde dans le quartier savait que dans les caves, ça dealait, ça se prostituait, la nuit c’était un coupe-gorge. » « Des propos ignobles », commente le voisin, qui en effet ne présente aucune trace de coup de surin à la jugulaire. Mais le mode de vie des familles ne satisfaisait pas aux critères républicains puisque « les flics passaient de temps en temps foutre des baffes aux gosses ». Les enfants qui habitaient là, il les connaissait bien. Ils passaient régulièrement chez lui garer leur vélo. « Ils disaient :“On le laisse là, sinon les grands ils nous le prennent”. »

Si l’immeuble craignait,c’est surtout à cause de « l’aménagement de la cage d’escalier, doublée en matériaux inflammables, pour cacher la peinture au plomb ». Mais « ils vivaient ensemble et développaient des liens de solidarité qui ont tendance à disparaître ». Ce voisin se demande à quel prix se fera, s’il se fait, leur relogement : « Imagine une nana black, qui parle mal français, isolée dans un HLM. Pour elle, c’est comme vingt ans ferme ! »

Article publié dans le n°26 de CQFD, septembre 2005.






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