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CQFD 26.N°026


TERMINATOR

OGM : LE MATRAQUAGE THÉRAPEUTIQUE

Mis à jour le :15 septembre 2005. Auteur : Christophe Goby.

Le bidouillage OGM rend les gens méfiants ? Qu’à cela ne tienne. Après avoir fait croire que c’était pour en finir avec la faim dans le monde, la propagande a trouvé l’argument qui tue : ce sera pour soigner les petits enfants malades ! Les OGM, comme les guerres, sont devenus humanitaires. Mais les méchants anti-OGM n’en démordent pas. Indécrottables obscurantistes, ils arrachent de plus belle les plants des apprentis sorciers multinationaux. Un rédacteur de CQFD a été de la fête. En attendant de passer en procès, il raconte.

POULETS AU MAÏS

En cette belle matinée du samedi 27 août 2005, je m’apprêtais à partir jouer aux boules dans le Tarn quand on m’informa d’une opération de désobéissance civique. Autrement dit, les Faucheurs volontaires organisaient, pour la cinquième fois dans le Puy-de-Dôme, une action de sensibilisation active contre les cultures OGM en plein champ développées par Meristem et Biogemma, filiales du puissant groupe céréalier Limagrain. Venus de toute la France, quatre cents faucheurs serpentaient dans la campagne, leurs véhicules en cortège derrière une mariée. À se demander si les époux n’avaient pas invité des clones ! En fait d’épousailles, il s’agissait de celles de la société civile avec ses responsabilités. Le soleil brillait, les oiseaux chantaient, les poncifs riaient d’eux-mêmes. Quand tout à coup… Après la traditionnelle photo des mariés, les noceurs se pressaient pour le banquet. Mais nos époux furent taquins ! Ils nous conduisirent sans mot dire dans un autre patelin, d’où nous découvrîmes une vallée à faire pâlir d’envie Sitting Bull. D’ailleurs, les cow-boys étaient là. À tombeau ouvert, les tuniques bleues s’étaient rendues sur les parcelles OGM. Devant nous s’étalait une plaine rutilante de maïs… et de gendarmes. « Il y a eu une fuite », supputa l’un des faucheurs. « Du maïs à usage thérapeutique » : ça, les Iroquois de la Confédération, au beau temps où l’Amérique n’était pas découverte, le savaient déjà. Ils se contentaient d’en cultiver et d’en manger. Pas bête, le Huron. Mais voilà, avec toutes les maladies dues au progrès, les chercheurs passent leur temps à réparer ce qu’une autre branche de la science a détruit…

Trois cortèges se déplaçaient sur le terrain. Sur une parcelle, les faucheurs terminaient un travail commencé quelques jours avant. Sur une autre, ils protestaient. Sur la troisième, à Nonette, six hectares de maïs furent entrepris avec vaillance, face au bourdonnement d’un hélicoptère rasant. Apocalypse Now, je m’y voyais déjà ! De mémoire de paysan on n’avait pas vu une telle énergie chez des jeunes. Eux qu’on dit fainéants, fallait les voir ! Et que je te plie un épi ! Et qu’un coup de matraque me tombe sur la tête. Et que je respire le bon air lacrymogène ! Ah, Mère Nature ! L’image que j’en garderai sera celle d’une pagaille terrible, d’autant que des paysans pro-OGM vinrent compléter le tableau, armés de manches de pioche et d’un dogue allemand, prêts à tout, pendant que des gardes mobiles bondissaient comme des cabris et surgissaient de derrière les épis, genre « Géant Vert ! » J’ai songé à ces esclaves noirs dans les plantations, chargés à la chicotte par le contremaître, un béké rendu fou furieux parce que sa récolte était détruite par des hommes qui préféraient mourir que servir ! J’ai songé aux nègres marrons fuyant devant le fouet, le regard allumé de fierté. J’ai songé aux Indiens abattus à Wounded Knee ! J’ai songé à Malville et… j’ai été gazé. Ça m’apprendra le lyrisme. Alors j’ai pensé au marché de Brive-la-Gaillarde, mais trop tard. La plupart des manifestants ont finalement été relâchés. D’une manière tout à fait arbitraire, les gendarmes ont menotté quinze personnes. Pour l’exemple. Mais quinze prévenus, c’était beaucoup pour une caserne comme celle d’Issoire. Après plusieurs transferts épiques, ceux qui restaient furent conduits, à la vitesse du jaguar chassant l’antilope, à la caserne de Clermont-Ferrand. Des brigades de toute la région avaient été appelées en renfort, jusqu’à celle d’Yssingeaux en Haute-Loire. Les enquêteurs se bousculaient dans les couloirs et, bien plus tard, une avocate se frayaun chemin dans cette forêt gendarmesque.

Pendant ce temps-là, d’autres manifestants réparaient leurs voitures endommagées par les milices pro-OGM. Deux pneus crevés par véhicule et un capot ou un pare-brise défoncé, tel était le prix du danger. Le gardien des véhicules se retrouvait avec un bras cassé et une personne dite handicapée avait été frappée par un hystérique en tracteur. Mais bien sûr, c’est pour la recherche médicale ! En fin de soirée, nuit argentine ! Un concert de casseroles débuta sous les fenêtres de la caserne. Quarante-huit heures de garde à vue débutaient. Plusieurs d’entre nous, blessés, ne reçurent aucun traitement, et encore moins de faveurs. Dehors, le siège permanent des noceurs continuait. Le lundi à 16 heures, les quinze furent présentées en comparution immédiate - le fait est nouveau et démontre un durcissement judiciaire - pour destruction de maïs transgénique en réunion. Quand le président appelle les prévenus, la surprise se lit sur les visages du public : la biodiversité des origines sociales et professionnelles est remarquable. L’un s’occupe de Roule ma Fleur, une association qui promeut l’huile de tournesol comme carburant, l’autre travaille dans une coop bio, une troisième est déléguée CGT, un autre cartographe… Nombre ont des enfants. Des hybrides,je te dis ! Le procureur demande la détention, mais le président Schram opte pour plus de sérénité en libérant les accusés, soulagés. Après la tension et quelques échauffourées qui avaient montré la détermination du soutien aux faucheurs, ils sont accueillis triomphalement sous le riant soleil des Arvernes. Je ne dirai pas que Vercingétorix ne nous a pas fait un clin d’oeil ce jour-là, du haut de sa statue, place de Jaude, à moins que je ne confonde avec les moustaches de Bové ! Ah, José, une fois président, si tu pouvais me nommer à l’Extérieur !

UNE LIPASE DE CHIEN

Le Puy-de-Dôme était jusqu’à présent le département le plus contaminé par la culture des transgènes. À Nonette, les plants appartenant à Meristem Therapeutics sont destinés à la recherche scientifique sur la lipase gastrique. Cette enzyme digestive permet l’assimilation des lipides. Meristem espère produire une lipase en introduisant des gènes appartenant au chien dans le maïs. Dans le but de nous dresser ? Meuh non, ça, c’est déjà fait ! Selon Meristem, on s’en servira pour lutter contre l’un des effets de la mucoviscidose. Pourtant, il existe déjà un traitement et une recherche non-OGM qui pourraient améliorer les thérapies existantes. On traite actuellement cette maladie avec de la lipase porcine. Gérard Branlard, chercheur en biotechnologies à l’INRA, l’affirme : « La lipase gastrique n’est en rien un traitement curatif de cette maladie : elle est destinée à atténuer la sursécrétion gastrique. » Quant à la production de lipase gastrique, « ces pseudo-essais en plein champ sont inutiles puisqu’elle est déjà réalisée avec succès en milieu confiné, par une culture de cellules dans des bio-réacteurs », précise Franck, faucheur héraultais, poursuivi après la destruction de Nonette. Mais la mucoviscidose est devenue télégénique. Annoncée comme la plus répandue des maladies génétiques dans les pays occidentaux, elle est surtout la plus célèbre depuis le Téléthon. Et cette célébrité permet au semencier Limagrain et à son « bébé » Meristem Therapeutics d’exploiter la détresse et la douleur des malades pour faire passer en force les OGM, malgré le rejet de la majorité de la population. Selon C. Thelen, militante de la Confédération paysanne, « l’argument médical est un stratagème pour ouvrir la France aux OGM. » Un cheval de Troie qu’on a pu voir en marche sur France 2 le 28 août, dans un reportage où étaient confrontés la mère en larmes d’un enfant atteint de mucoviscidose et des faucheurs qui, après coups de ciseaux télévisuels, étaient présentés comme de pauvres clowns incohérents.

Les thuriféraires ogémiques, quant à eux, reconnaissent ouvertement qu’il s’agit essentiellement de « rester dans la course de l’innovation technologique. » Lyriques lorsqu’ils proclament que la recherche scientifique sert les intérêts de la communauté humaine, ils se désintéressent pourtant totalement de la drépanocytose, la maladie génétique la plus répandue dans le monde. C’est qu’elle frappe surtout les pays tropicaux, où la couverture sociale est inexistante… « Cette maladie est l’exemple type de l’inégalité sanitaire et sociale », s’insurge Gil Tchernia, hématologue à Paris. « L’intérêt général » dont les ogémistes se réclament est clairement exprimé sur le site du groupe Meristem : « Le marché était de 262 millions d’euros en 2003. Il est prévu qu’il soit entre 400 et 500 millions d’euros en 2010. » Croissance du chiffre d’affaires et gonflement des « portefeuilles de brevets » (La Confédération paysanne préfère parler de « privatisation de variétés élaborées collectivement ») sont, sans fard, le véritable visage de leur progrès.

Mais il arrive qu’aveuglés par l’assurance de leur toute-puissance, certains de ces progressistes se laissent aller à d’inquiétantes confidences. Ainsi, M. Gay de Syngenta, entreprise productrice d’OGM, a reconnu devant les députés le caractère inévitable de la propagation des transgènes. La pollinisation n’est pas l’unique facteur de contamination. Si, dans les champs du Puy-de-Dôme, la plupart des pieds de maïs OGM à but thérapeutique sont castrés pour limiter la dissémination « verticale » par le pollen de fleur, Limagrain et Meristem cachent sciemment les pollutions possibles par le sol, c’est-à-dire la dissémination de transgènes par les racines ou les débris de plantes modifiées. Plusieurs études scientifiques ont en effet démontré que des bactéries du sol étaient capables d’intégrer dans leur propre code génétique le transgène de la plante OGM et de le refiler à d’autres végétaux. C’est ce que les scientifiques appellent la pollution « horizontale [1] ». Dès lors, des mélanges entre OGM thérapeutiques et cultures vouées à l’alimentation sont possibles.

D’ailleurs, l’ingestion d’OGM a probablement déjà tué : en 1989, la firme japonaise Showa Denko commercialise aux États-Unis un supplément alimentaire produit à partir de bactéries génétiquement modifiées. Les pilules feront trente-sept morts et plus de mille handicapés. L’enquête n’a jamais abouti,la firme s’étant empressée de détruire ses cultures. Disparue, la bactérie modifiée ! [2] « À tout prendre, les faucheurs d’OGM ont au moins le mérite de maintenir l’éveil public sur le sujet », déclarent le généticien J. Gellin et le biologiste J. Lefrançois dans leur texte Prendre le temps. Les six cents hectares de plants transgéniques programmés dans le Puy-de-Dôme par Limagrain et Meristem pour 2006 ne vont pas laisser les faucheurs dormir et risquent de provoquer des insomnies aux empoisonneurs. Sans parler des révélations du très progressiste quotidien Le Figaro qui, dans sa livraison du 6 septembre 2005, parle de plus d’un millier d’hectares de plantations OGM cultivés « en secret » dans le Sud-ouest de la France.

Article publié dans le n°26 de CQFD, septembre 2005.


[1] « OGM, sécurité, santé. Ce que la science rvéèle et qu’on ne vous dit pas », Lilian Ceballos et Guy Kastler, Nature & Progrès Éditions,2004.

[2] « La guerre secrète des OGM », Hervé Kempf, Le Seuil, 2003.





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OGM : LE MATRAQUAGE THÉRAPEUTIQUE
snatch | 29 mai 2008 |
Je crois que vous avez pas très bien compris la situation : les militants anti-ogm ne militent pas pour l’eradication de TOUT les ogm, uniquement les ogm utilisés dans le domaine agro-alimentaire !!! Quand je vois des messages comme les votres ca me désole de voir à quel point certaines personnes ne sont pas au courant… il y a une grandde différence avec les ogm utilisés pour la recherche ou pour la médecine, car dans l’agro-alimentaire, ils sont utilisés en tant que produit, en tant qu’organismes a part entières, tandis que pour la recherche ou pour la médecine on les utilise comme OUTILS. Et si vous ne me croyez pas, regardez donc la conférence de Christian Vélot sur les OGMsur dailymotion > OGM : LE MATRAQUAGE THÉRAPEUTIQUE
cedrik pas anti anto ogm ! juste cherche a pas tout diabolisé | 13 décembre 2005 |

meme si cela represente un marché juteux et que comme il es dit dans votre article qu’on se désinterresse de cette maladie genetique la plus répandue dans le monde faut-il detruire ces champs (steriles) ? n’est-il pas preferable de produire la lipase avec des plantes plutot avec des porcs ? des animaux élevés juste pour ça … ça ne vous rappelle pas le principe de la vivisection ? ceux qui preche pour les moyens alternatifs a la vivisection se sentent-ils concernés par ce fauchage ?) et si j’allais detruire des produits pour la chimiotherapie de français parce qu’on se fou des africains sero positif ? cela ne vous rappelle pas un discours (ref a votre article) ?

je suis tellement d’accord avec vous mais tellement scandalisé par ce geste !!! ALLEZ faucher les champ aux USA déstinés au commerce (pour la nourriture et pour vendre des plantes steriles qui produise une fois afin de pouvoir vendre des graines tous les ans au paysans d’amerique latines) !!!

désolé mais je pouvais pas me taire ! j’aime pas qu’on fasses des conneries aussi enormes ! BOVE parfois vaus pas mieux que SARKO !

entre ceux qui reduise les budgets pour la recherche et ceux qui foute des batons dans les roues ont est bien barré !! vivement que le clergé revienne au pouvoir et qu’on mange comme avant !! puisque en effet avant on vivait plus longtemps et q’on ne risquer rien en mangeant du mouton atteind par la tremblante comme dirait mon grand pere !!

sur ce ! eclatez vous tous ! surtout ne vous renseignez pas trop et oreinter tjs bien votre discours ! le principe de précaution ! oui quand c’est bien reflechi ! ya qu’a plus exercer la medecine parce que certains medecin sont mal attentionné aussi !

peut etre je passe pour un con mais j’aimerai pas voir la mucoviscidose

 

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