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CQFD N°027


CEUTA, MELILLA, LAMPEDUSA… COMME LE MUR DE BERLIN

VOS FRONTIÈRES, ELLES VONT TOMBER

Mis à jour le :15 octobre 2005. .


Un jour, il y a de ça longtemps, Kadhafi se montra au volant d’un bulldozer, démolissant un poste-frontière entre Libye et Tunisie, dans un élan de panarabisme un chouia démagogique. Aujourd’hui, il reçoit un sinistre de l’Intérieur français et lui promet de contribuer au flicage de la plus grande des frontières, celle qui se dresse entre le fric et ceux qui rêvent de le dépenser. L’ancien ennemi public n°1 et ses collègues autocrates du Maghreb sont devenus fréquentables : ils maintiennent leurs peuples prisonniers et l’Europe leur sous-traite la brutalité de ses frontières. Dix morts par balles maroco-espagnoles sur la barrière de Melilla, cinq cents hommes et femmes abandonnés par la police dans le désert marocain. En dépit du danger, des milliers d’Africains se jettent sur les barbelés de Schengen. Ils viennent reprendre un peu de ce qu’on leur a pris. Ils viennent vérifier la réalité du mirage, goûter aux fruits amers du progrès. L’énergie qu’ils y mettent fait saliver et trembler un système économique qui prétend privatiser la planète tout entière. Ils sont le sang neuf qui permet de dévaluer le prix du travail et de renouveler l’enthousiasme qu’exigent de nous les sirènes de la consommation.

Pour obtenir l’attitude soumise qu’on attend d’eux, on les maintient sous la pression de l’illégalité, de l’infra-salaire, de l’infra-logement et de la ségrégation. Beaucoup en prennent vite conscience et cherchent des solutions dans les menus trafics, le petit commerce au long cours, la musique, l’association, la débrouille… Ces pratiques cohabitent bon an mal an avec celles des autochtones en rupture de travail exploité et tout le monde gagnerait à confronter ces expériences. Car ces rencontres ont parfois des conséquences réjouissantes. C’est le cas de cette mobilisation des élèves, profs et parents d’un lycée d’épernay-sur-Seine contre l’expulsion d’un jeune Camerounais sans-papiers qui a obligé le ministère de l’Intérieur à se déballonner « à titre exceptionnel et humanitaire »… Des complicités et des filières se créent sans cesse pour esquiver les murs qu’on construit autour de nous. Elles ne sont pas toutes mafieuses ou communautaristes. Certaines sont en train d’inventer une véritable mondialisation par le bas où la richesse des liens sociaux se mêle à celle des objets et des produits échangés. L’OMC a raison sur un point : les richesses devraient circuler et changer de mains avec plus de fluidité. Et comme notre principale richesse réside dans la fluidité des relations sociales, les êtres humains devraient voyager plus librement que les marchandises et les devises. C’est précisément parce que la production industrielle pèse lourd que nos mouvements seront toujours plus vifs et imprévisibles que les siens. Au nord du Maroc comme en Cisjordanie ou à Tijuana, le mur monte, de plus en plus haut. Mais les eaux montent aussi. Comme disait un Ghanéen en attente sur le no man’s land qui entoure Ceuta : « Ce mur, ce n’est pas Dieu qui l’a mis là. Et si des hommes l’ont construit, des hommes peuvent le franchir. »

Publié dans CQFD n°27, octobre 2005.






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