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CQFD N°027


CHRONIQUE DE GUERRE

AUX SANS-PAPIERS LES ÉLUS RECONNAISSANTS

Mis à jour le :15 octobre 2005. Auteur : Olivier Cyran.


À force de pousser toujours plus loin la traque aux pas-Français en situation pas régulière, le ministre de l’Intérieur va finir par causer du souci aux élus locaux, UMP y compris. Il faut se mettre à leur place. Je suis maire d’une commune et je veux faire repeindre ma salle des fêtes. Comme je suis un gestionnaire rigoureux, soucieux de l’argent de mes contribuables, je vais faire appel à l’entreprise la mieux-disante, c’est-à-dire la mieux-offrante en main d’oeuvre à bas prix. Comme je suis très à cheval sur le respect de la loi, je n’ai pas à savoir que mon maître d’oeuvre fera appel à des sous-traitants eux-mêmes recruteurs de travailleurs au noir, parmi lesquels bon nombre de sans-papiers. Publiquement je les condamne, mais en tant que client et patron, je suis bien content que les sans-papiers existent.

Jean-Claude Gaudin fait partie de ces élus. En mai et juin derniers, la mairie de Marseille faisait refaire la salle des délibérations. «  On était huit gars à bosser au black sur ce chantier, témoigne à CQFD un chômeur marseillais. Plusieurs d’entre nous étaient sans-papiers. On a posé du placo pendant trois semaines, au milieu d’autres ouvriers qui étaient déclarés, eux. Parfois des élus venaient regarder les travaux et puis repartaient. À la fin, le gars qui nous avait recrutés n’a pas voulu nous payer. Il a fini par aller retirer des billets au distributeur, mais pour les filer d’abord à ceux qui avaient des papiers en règle. Parmi les autres, certains n’ont jamais touché leur fric. » C’est tout l’intérêt de l’immigré « clandestin » : la peur de se faire cueillir par la police est son plus redoutable contremaître, qui en plus ne coûte rien. Plus on traquera le sans-papiers (objectif de 25 000 reconduites à la frontière en 2005, 50 % de plus qu’en 2004), moins il sera tenté de réclamer son dû. Merci Sarkozy !

Descentes « exemplaires »

L’ennui, aujourd’hui, c’est que le migraineux s’emballe. Faire peur aux uns en en ramassant le plus possible parmi les autres, c’est fort bien. Mais à condition qu’on ne vienne pas nous les choper sur nos chantiers. Or voilà que Sarkozy, en septembre, invite les préfets à « accentuer l’effort » au rayon de la pêche aux sans-pap’. Et ce par tous les moyens, notamment ceux indiqués par le ministre délégué à l’Emploi Gérard Larcher. Dans une circulaire pondue en août (dévoilée le 14 septembre par Libération), le ministre enjoint l’administration de « renforcer la mobilisation des services pour la lutte contre le travail illégal  », en soulignant « les liens évidents entre immigration clandestine et travail illégal ». Et d’annoncer « dans chaque département, d’ici le 31 octobre prochain, au moins une opération exemplaire de contrôle des sites de travail où sont susceptibles d’être occupés illégalement des étrangers sans titre. »

Rafler des gars sur un chantier au motif qu’ils s’y font arnaquer, c’est un peu comme de déférer en cour martiale les victimes d’un bombardement. Des militants se sont émus, des inspecteurs du travail ont protesté, et puis les sans-papiers se sont terrés un peu plus. Gaudin, lui, peut être soulagé : la réfection de la salle de délibérations est terminée depuis des mois. Sur ce coup-là, le maire de Marseille et vice-président de l’UMP n’a donc plus rien à craindre d’une « opération exemplaire ». Mais combien sont-ils, dans les collectivités et administrations, à gérer leur budget « travaux » grâce aux petites économies grattées sur le dos des ouvriers les plus précaires ? Au moins, qu’on les laisse finir le boulot avant de les embarquer !

Article publié dans le n° 27 de CQFD, octobre 2005.






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