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CQFD N°027


À L’ANPE, À LA CAF, DANS LA POLICE, À L’ARMÉE, DANS L’INSERTION…

LE CHÔMAGE CRÉE DE L’EMPLOI

Mis à jour le :15 octobre 2005. Auteur : Olivier Cyran.

Grâce aux chômeurs, le marché de l’emploi ne se porte pas si mal : l’Anpe embauche pour les radier, les conseils généraux pour leur sucrer le RMI, la police pour les tenir à l’oeil, l’armée pour en faire des hommes, les cabinets-conseil pour expliquer aux patrons à quelle sauce les insérer… Et dire qu’il y en a encore qui culpabilisent !

LE CHÔMAGE, ÇA CRÉE DE L’EMPLOI. Pas tant pour les chômeurs que pour ceux qui les découpent. Dans les Caisses d’allocations familiales (CAF), on a besoin de petites mains pour liquider du Rmiste, ce parasite rentier : « Soixante CAF sur cent vingt-trois ont intégré une clause de renforcement des contrôles dans les nouvelles conventions signées avec les départements », explique un dirigeant de la Caisse nationale cité par Le Monde (15/09/05). Les frais occasionnés par cet écrémage intensif seront facturés aux conseils généraux, lesquels embauchent eux aussi pour procéder à leurs propres charcutages. Au CG des Bouches-du-Rhône, trente contrôleurs ont ainsi été recrutés en mai dernier pour « réduire de dix mille le nombre de Rmistes  » dans les douze à dix-huit mois, comme l’annonçait son président, Jean-Noël Guérini (PS). On ne fait pas d’omelette sans casser les oisifs. La réduction de trente à vingt-trois mois de la durée d’indemnisation du chômage, décidée en janvier 2004 par les cul-et-chemise de l’Unedic (Medef et CFDT), a eu pour effet mécanique de gonfler le nombre de « fins de droit » et d’allocataires des minima sociaux, qu’il faut maintenant radier à leur tour. C’est une « politique de rigueur » mais aussi une « politique de gauche », susurre Lisette Narducci, l’adjointe en charge des Rmistes. De gauche, forcément de gauche, puisque ça crée des emplois et que l’emploi, c’est la dignité. Sans compter que c’est une vieille tradition socialiste de combattre les profiteurs… [1]

Mais c’est surtout dans les Anpe que nichent les plans de carrière. Pour suivre les cadences infernales imposées par les garde-chiourmes, le service public du travail jetable recrute dès cet automne 1 355 agents supplémentaires. Et ce n’est qu’un début. Le décret n° 2005-915 du 2 août faisant obligation aux contrôleurs de harceler les chômeurs six fois plus souvent qu’auparavant (tous les mois, au lieu de deux fois par an), tous ces apprentis managers vont devoir sérieusement ramer. À raison de dix minutes tout rond par entretien - pour vérifier si le chômeur accomplit « de manière permanente des actes positifs et répétés de recherche d’emploi », dixit le décret - c’est le surmenage garanti. Hors bureau, certains conseillers le reconnaissent : «  On fait de l’abattage. » Heureusement, l’Anpe n’aura guère de mal à se ravitailler en troupes fraîches : elle n’aura qu’à piocher dans sa propre production de chômeurs radiés-ratiboisés. Le décret du 2 août stipule en effet que tout chômeur pris en flagrant délit de glandouille (absence à une convocation, incapacité à justifier de sa recherche d’emploi, refus d’un boulot…) verra ses allocations fondre comme neige sur le gaz : de 20 % d’abord, de 50 % ensuite, et jusqu’à la suppression totale (voir CIRCULAIRE DES RADIATEURS). Mais la totale peut aussi débouler sans préavis. « Hier, dans ma boîte aux lettres, j’ai reçu un courrier de l’Anpe (sous forme de formulaire) qui m’annonçait ma radiation, témoigne une lectrice de CQFD, au chômage depuis quatre mois. J’avais trouvé par mes propres moyens (pas ceux de l’Anpe !) un poste qui me convenait tout à fait, l’ennui, c’est que la société se situait à 150 km de chez moi. J’ai fait plusieurs fois le trajet avant de réaliser que je ne pourrais pas faire ça quotidiennement et j’ai finalement refusé le poste. Résultat, l’Anpe considère que j’ai refusé un CDI et a décidé de me radier. » Rien que dans la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, vingt-deux mille chômeurs ont connu le même sort depuis le début de l’année. Mais le système est admirablement troussé. Privés de toute ressource, les radiés, pour survivre, pourront toujours devenir contrôleurs à l’Anpe et fliquer leurs anciens camarades de file d’attente. Certes, le radié ne présente pas toujours les compétences requises. Comme l’expliquait il y a deux ans déjà une conseillère syndiquée de l’Anpe d’Arles, Sylvie Combes, « c’est un nouveau type de profil que sélectionne la direction : des agents d’assurance, des techniciens de la vente qui vont faire du commercial sans trop se poser de questions  » (voir CQFD n°7). Depuis, la tendance s’est alourdie. L’Anpe ne veut plus de ces serviteurs idéalistes, pénétrés de la haute valeur morale du travail et des bienfaits de l’insertion professionnelle, elle veut des kapos et des VRP de l’intérim.

Que fera le chômeur une fois qu’il n’aura plus rien à croûter ? Peut-être bien qu’il fera délinquant. Et ça aussi c’est bon pour l’emploi. Pour 2006, le budget Villepin prévoit le recrutement de mille trois cents policiers supplémentaires : ce ne sera pas de trop pour faire face à la déferlante des radiés tous crocs dehors. Quant à ceux qui ne basculeraient ni dans les forces de l’ordre ni dans celles de la débrouille, la voiture-balais des armées est prête à les recueillir : trente mille postes de militaires sont à pourvoir en 2006. La « guerre contre le chômage » se mène désormais au pied de la lettre. Du coup, même les vétérans s’y collent. Fin septembre, le ministère des Anciens combattants promettait de créer plusieurs « milliers d’emplois » dans son réseau associatif, clubs d’anciens paras ou amicales de soudards à la retraite. « C’est une mobilisation générale. Les anciens combattants veulent participer à cette guerre contre le chômage », chevrote le pauvre Hamlaoui Mekachera, leur ministre délégué. On a perdu l’Indo et l’Algérie, on ne perdra pas les feignasses. Car le chômage, ça crée non seulement de l’emploi, mais aussi d’exaltantes synergies. Et puis en dernier ressort, dans l’hypothèse où aucune de ces pistes ne tiendrait toutes ses promesses, il y a toujours ce que les amateurs d’antiphrase appellent les « emplois aidés ». Qui aide-t-on au juste ? Les employés ou les employeurs  ? Mauvaise question. Tout le monde y gagne, bien sûr. À commencer par les gouvernants, qui s’aident eux-mêmes en délestant les chiffres d’un chômage jugé improductif dans les urnes. Les chômeurs de longue durée, eux, y gagnent un petit boulot précaire à mi-temps ou deux-tiers temps, donc payé en dessous du Smic mensuel, mais qui, au moins, les soustrait pour quelque temps au cauchemar des convocations Anpe. Quant aux employeurs, ils touchent la timbale : une main d’oeuvre tellement subventionnée qu’elle ne leur coûte quasiment plus rien. Mais le principal avantage des emplois aidés, c’est leur complexité, qui est elle aussi créatrice d’emplois. Depuis vingt ans que ces machins existent, chaque nouveau gouvernement y va de sa trouvaille brevetée innovante, si bien que le supermarché aux emplois bradés devient une jungle inextricable. Surtout avec l’inflation des nouveaux contrats peaufinés ces derniers mois : contrat nouvelle embauche, contrat d’insertion-RMA, contrat d’accompagnement dans l’emploi, contrat d’avenir… Sans compter le contrat jeune en entreprise, le contrat en alternance, le contrat en apprentissage, le contrat initiative emploi, le contrat emploi solidarité (en cours de disparition car trop « aidé »)… Pour s’y retrouver, le patron-consommateur a intérêt à se payer un guide muni de fusées éclairantes. Toute la troupe des boîtes de conseil, formateurs en insertion et consultants d’entreprises piaffe devant ce marché alléchant. Aussi un nouveau métier fait-il son apparition : expert en emplois aidés.

Ce sont des experts de ce genre qui officiaient le 5 octobre à Aubagne, pour une journée de « formation » organisée par le « GIP espace compétences », une officine liée au Conseil régional de PACA. Objectif : initier les responsables des structures d’insertion aux subtilités des nouveaux contrats issus du Plan de cohésion sociale. « Ils ont rien inventé, c’est toujours les mêmes conneries », lâche une militante d’Agir contre le chômage (AC) Marseille. Mais il faut bien avouer que pour une asso fauchée comme AC ou CQFD, ces contrats en peau de vessie constituent souvent l’unique chance de filer un gagne-pain au permanent en fin de droits ou suspendu d’ASS. Pour les pros de l’insertion, c’est différent : il s’agit de jongler avec les subventions et une population de plus en plus abîmée, parfois aussi de distribuer prébendes et poudre aux yeux. C’est donc dans un silence lourd que la salle remplie à ras bord se concentre sur les arguties techniques ânonnées à la tribune. Tiens, ça cause du contrat d’avenir… 26 heures par semaine payées au Smic horaire, contrat qui dure deux ans… Sauf à l’Éducation nationale où ça se limite à un an, tiens donc… Sauf aussi dans les « chantiers d’insertion » où ça descend à six mois… Rachitisme partout, vrai emploi nulle part. Mais les fanas de novlangue et d’antiphrases se régalent. Là-bas, la pédagogue parle sans bégayer de « modalités de construction de parcours vers un emploi durable ». Un gars d’AC explose : « Emploi durable, vous rigolez ? Vos contrats existent justement pour éviter aux employeurs d’en créer, des emplois durables !  » Les pros de l’insertion restent cois. La pédagogue, elle, ne se démonte pas : « J’ai dit qu’il s’agissait d’un parcours… » Et d’enchaîner sur la « formation professionnelle » des chômeurs recrutés en emploi aidé. C’est une obligation qui figure dans la convention, explique l’experte. Et si l’employeur s’en cogne, comme souvent ? Réponse : « Ah, les directeurs d’Anpe seront très vigilants là-dessus.  » À ce moment, même les pros de l’insertion les plus nichés dans l’institution échangent un sourire. Du vent, tout ça, mais faisons comme si…


L’asociale démocratie

Un groupuscule d’élus socialistes venu s’encanailler à la manif marseillaise du 4 octobre est tombé nez à nez avec une clique de chômeurs et de précaires qui brandissait une banderole « Merci Guérini de sucrer nos RMI ! » Référence à la campagne de radiations inaugurée par le président PS du Conseil général des Bouches-du-Rhône, pour le lancement de laquelle il avait affirmé : « Je serai intransigeant avec les profiteurs. » Sa conseillère en charge de l’insertion, Lisette Narducci, s’était aussitôt lancée dans une frénétique « réorganisation en profondeur pour contenir le nombre de Rmistes. » Bilan des six premiers mois « réorganisés » : sur 9 000 Rmistes contrôlés, 3 000 radiés. Déjà refoulés en queue de manif, les asociaux du PS n’ont pas du tout apprécié la remontrance. Ils ont fait appel aux troupes du syndicat UNSA Police pour faire tampon entre leur idée du monde et la réalité de leurs administrés.

Article publié dans le n° 27 de CQFD, octobre 2005. Lire également LETTRE A BORLOO-LA-BIDOUILLE et CIRCULAIRE DES RADIATEURS parus dans le même numéro.


[1] Pendant que Guérini et La Provence (groupe Lagardère) dénonçaient les « profiteurs du RMI », les entreprises cotées au CAC 40 annonçaient 75 milliards d’euros de profits pour 2005.





>Réagir<

LE CHÔMAGE CRÉE DE L’EMPLOI
dany | 31 juillet 2007 |

eh pendant ce temps les autres pays il font quoi pour lutter contre le chomage style asiatiques ou americains ,ils se font pas aidés pourtant c’est dangereux pour une entreprise de ne plus avancer car pour moi il n’avance plus.

Il se suffise à leur petites clienteles ne créer pas de nouveaux marchés ni nouveau produits ex je suis pâtissier et sur mon cv il est bien inscris que je veut creer une patisserie moins sucrées et un peu nouvelle eh bien personne ne me veut c dingue non mais parce que la ça crains pour le pays de voir des trucs pareils ca n’as plus de sens franchement l’anpe est quoi par rapport à une entreprise et les patrons ils ont pas peur pour leur futur entreprise à force d’avoir que des précaires de n’avoir plus personne parce que avec les technologies les jeunes vont finir par s’autosuffire avec internet une fois que le pays s’ecroulera ils devront payé très cher pour qu’un jeune veuillent bien travailler pour eux ET l’ANPE vont tenir jusqu’à quand comme çà financierement bref c’est patethique et le pire dans tout ça c’est nos enfants car si çà continue il vivront avec 2 euros par jour voire moins

LE CHÔMAGE CRÉE DE L’EMPLOI
léo | 19 janvier 2007 |
Je précise quand même que la prime de 150 euros c’est uniquement pour les CDI et CDD et que Charpy ne considère pas les CAE, CA et autres contrats aidés qui bossent déjà quasiement gratos comme des CDD, donc pas de prime. *Merci Charpy. ANPE, machine à faire baisser le nombre de chomeurs
Patrick | 14 décembre 2005 |

Une remarque intéressante de OC qui dit en substance que l’ANPE fait baisser le nb de chomeurs en reccrutant ses agents.. Bonne surprise en vérité !! Ben oui, l"ANPE ne sert à rien d’autre et le fonctionnaire qui a eu l’idée (elle ne vient certainement pas d’un élu) de créer cette agence a eu une idée de génie !!

Quand on sait que le gouvernement a accordé une prime exceptionnelle de 150€ aux agents ANPE pour le « bon » résultat du chomage, ya de quoi pleurer quand on sait qu’il y a des gens qui crèvent de faim dans ce pays (pas ceux qu’on voit à la télé….)

Pourquoi ne faites vous pas une enquête sérieuse sur l’ANPE ? Histoire de vérifier les statistiques : même si ce n’est pas l’ANPE qui trouve la personne à embaucher, cette personne est tout de même comptée au crédit de cette agence inutile.. Mais bon, ça sort de la pensée unique, du politiquement correct… Have a nice quiet day…

 

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