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CQFD N°027


MA CABANE PAS AU CANADA

L’EDEN D’EYNESSE

Mis à jour le :15 octobre 2005. Auteur : Grite Lammane.

À l’époque, j’habitais dans un camion. J’avais fait une halte au bord de la Dordogne près de Sainte-Foy-la-Grande, et je m’étais baignée en sautant dans la rivière depuis de grands rochers plats. Au moment où j’allais reprendre la route, une bande de hippies rigolards s’était arrêtée près du camion, m’invitant à me joindre à elle pour le repas.

Je m’étais retrouvée assise à l’ombre d’un eucalyptus avec des manouches qui n’en étaient pas, autour d’une grande table. On avait mangé de la purée servie dans de grandes feuilles de citrouilles, assiettes jetables écologiques qui donnaient à la tablée des airs d’Eden mais dont la texture râpait les doigts quand on attrapait la purée (les doigts, fourchette écologique s’il en est). À ce moment-là, le campement d’Eynesse [1] ressemblait à un grand champ pelé. Sept ans plus tard. Je n’habite plus dans le camion, il a brûlé. Je tente quand même la halte au bord de la Dordogne. Je ne retrouve pas les grands rochers plats. Pour aller à l’eau, il faudrait patauger dans la gadoue. Je reprends la route jusqu’au campement sans m’être baignée, de toute manière, il pèle.

Les lieux ont sacrément changé. Les maisons neuves (dans le plus pur style normand, allez savoir pourquoi) colonisent les abords du campement. La voiture garée au bord du champ, je fais le chemin à pied jusqu’aux habitations. Sur le terrain, un village de maisons en paille, de cabanes, de yourtes et de tipis s’est construit. Un potager luxuriant, immense. Des moutons. C’est l’heure de la sieste, la campagne est immobile. Une jeune femme très belle, dont les seins débordent généreusement du débardeur, s’avance sur le chemin. « Salut. Je suis Euriell. Je viens au-devant à cause des chiens, il y en a plein en ce moment. » Les bestioles paraissent pourtant inoffensives. «  D’habitude, il n’y en a qu’un, mais de nouveaux arrivants sont venus en traîneau à roulettes tiré par eux. »

Les « nouveaux » en question ont tous les cheveux longs et l’air un peu sale des gens qui font la route. L’un d’entre eux a une grande corne (de vache ?) en pendentif qui m’intrigue. Ils m’offrent du café sucré à la rapadura et du tabac, pendant qu’Euriell part réveiller quelqu’un qui va me raconter l’histoire des lieux. Personne n’est surpris de me voir débarquer, ni d’apprendre que je voudrais écrire un article. Ce qui est bien avec les gens des cabanes et des squatts, c’est qu’ils prennent souvent la vie comme elle vient.

Euriell revient, accompagnée d’une autre jeune femme. Toute menue, très brune avec de longs cheveux bouclés qui descendent en cascade sur ses reins. « C’est bien que tu sois là », affirme-t-elle alors que je m’excuse de la tirer de sa sieste. Elle s’appelle Saleda. C’est elle qui a fondé la communauté avec Jacques, son ancien compagnon. Il y a sept ans de ça, au retour d’un voyage aux Amériques où ils étaient partis ensemble se former aux techniques de construction écologiques. Rentrés en catastrophe quand ils ont appris que Saleda était enceinte, ils ont cherché partout un terrain où construire. Mais le prix de la terre leur en défendait l’accès. Finalement, c’est un ami qui leur donnera trois hectares de prés à Eynesse pour y établir « Le Campement ».

(À suivre…)


Tous en cabanes !

En France, plus de deux millions de personnes vivent dans des logements insalubres. Près d’un million sont hébergées par des tiers. 700 000 n’arrivent plus à payer leur loyer. 600 000 sont en situation de surpeuplement critique. 400 000 n’ont qu’un logement temporaire. 86 000 sont sans domicile fixe. Nombre de personnes en réelle difficulté à court terme : 5 670 000… Et seulement 41 000 personnes qui vivent dans des cabanes. M’est avis que ça va changer !
(chiffres : Insee)

Article publié dans le n° 27 de CQFD, octobre 2005.


[1] Pour les joindre : contact[at]lecampement.com





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