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CQFD N°027


PROCÈS DES 15 FAUCHEURS VOLONTAIRES

AUX MARCHES DU PALAIS, LONLA, LONLA, LONLÈRE…

Mis à jour le :15 octobre 2005. Auteur : Christophe Goby, Gilles Lucas, Sébastien Dubost.


DEDANS

QUINZE FAUCHEURS VOLONTAIRES - dont je fais partie - arrêtés le 26 août sur la commune de Nonette (Puy-de-Dôme) comparaissaient le 16 septembre au Tribunal de Clermont-Ferrand pour la destruction de maïs transgénique appartenant à Meristem Therapeutics. Le procureur nous a admonestés : « Il faut vous arrêter ! » Comme si nous représentions un péril imminent en usant de désobéissance civile. Comme si « habiter ses paroles » pouvait fendiller les murs des prisons et retourner l’avis d’un juge. Devant la cour, chacun de nous, comme il put, avec ses mots, raconta sincèrement ses origines et les lois intérieures qui régissent sa vie et son engagement. La partie civile, en revanche, eut bien des difficultés à faire preuve de crédibilité : Daniel Burtin, directeur scientifique chez Meristem, s’emmêla les pinceaux quant aux estimations du coût de fabrication de la lipase gastrique en milieu confiné [1]. Gilles-Eric Seralini et Christian Vélot démontrèrent que les diplômes ne suffisent pas à donner une légitimité aux scientifiques. Ces deux chercheurs, l’un s’attardant sur la traçabilité impossible des OGM et l’autre sur la transmission des gènes par le sol, ont pourfendu avec brio les faibles arguments du camp adverse. « Les OGM en plein champ, c’est ouvrir la pharmacie sur la nature », jeta Christian Vélot pour conclure sa démonstration.

Max Thomas, maire de Nonette, mit en avant le déni de son pouvoir communal et souhaita que tout finisse vite. « Qu’on fauche tout… Ou qu’on récolte tout ! », a-t-il clamé, aussi excédé par les manoeuvres policières incessantes que ses administrés. La lipase gastrique produite à partir de maïs OGM devrait servir à atténuer les symptômes des malades de la mucoviscidose. Dominique Ponce, qui a donné la vie à un fils atteint de cette maladie, est venue témoigner de son refus de la culture des OGM en plein champ. Elle demanda au tribunal de ne pas criminaliser les faucheurs parce que « la fabrication d’un médicament ne doit pas mettre en danger les populations. » À ce moment-là, on s’est vraiment demandé pourquoi on était accusé !

Nous hésitâmes à nous mettre en colère lorsque la partie civile osa déclarer que sa recherche sur des médicaments orphelins était dépourvue d’intérêts financiers. Meristem communique pourtant sans pudeur sur Internet au sujet de la manne que doivent rapporter ses recherches. Cela ne l’empêche pas de réclamer quelques millions d’euros pour moins d’un hectare fauché. On peut se demander si elle n’essaie pas de se renflouer, vu qu’elle a déjà dépensé trente-huit des quarante-cinq millions levés auprès des banques. Et de se renflouer avec nous, con de Manon ! Rappelons que Meristem n’a aucun produit sur le marché, c’est une tarte-up ! Merci à ceux qui sont venus saisir les barreaux du Palais de Justice, merci à ceux qui ont pensé à nous, merci à ceux qui ont écrit, faxé, mailé, merci à ceux qui luttent tous les jours, merci à ceux qui ont bu plus de « bière des faucheurs » que de raison, merci à nos enfants chez qui nous avons puisé la force d’être contre la loi, merci à nos avocats et merci aux oubliés…

Christophe Goby
affilié à SUD Fauchage

DEHORS

CLERMONT-FERRAND, LE 16 SEPTEMBRE. Rue Antoine Ménat, place de la Liberté, rue des Vieillards, place de l’Étoile… Ça déambule une fois dans un sens, une fois dans l’autre. Devant le Palais de Justice, des photographes de presse se bousculent pour capturer l’image de ce bébé serré contre le corps de sa mère, mater dolorosa télégénique au premier plan des grilles et des Robocops. Elle les envoie paître. Mamère et ses potes encravatés tiennent des conciliabules remarqués. Dans le brouhaha, passe et revient comme une litanie : « Demandez CQFD. Tout sur les dessous de Nonette ! » Les drapeaux « 100% à gauche » jusqu’alors soumis aux caprices de la nature se dressent et claquent quand Krivine arrive. Un homme, la soixantaine, raconte : « En 68, j’étais à Saint-Étienne, dans une grosse boîte. On a fait des tracts où on parlait du travail et de la suppression de la hiérarchie. On y croyait tous. Un super rêve. On était 200 000 dans les rues. Moi, c’est la guerre d’Algérie qui m’a tout appris. Avant j’étais vraiment un jeune con. »

Un groupe raconte à plusieurs voix : « À Nonette, c’est la guerre. Des flics partout. Même des journalistes encartés envoyés par Greenpeace ont été mis dehors. Mais le plus lourd, c’est l’ambiance : les paysans qui bossent pour Limagrain font régner la terreur. Et les gens ont peur, peur d’être vus avec des gens extérieurs, peur des représailles. Si vous y allez, c’est aux gens du village que vous risquez de porter préjudice. » Dans le lointain, comme une rengaine : « CQFD ! Coup de projecteur sur Nonette ! » Devant la table où un gars vend de la bière, du jus de fruit et du vin « pour payer les avocats et aider les faucheurs volontaires », une femme âgée aux cheveux rouges avec une main dans une attelle menace : « Le prochain qui me traite de mamie, je lui fous mon poing dans la gueule ! » Un couple passe : « Si les faucheurs ne se faisaient pas prendre, on n’aurait pas besoin de payer des avocats… »

Suspension de séance. Dans la salle de la Maison du peuple, les quinze de Nonette sont sur la scène. Chacun leur tour, les inculpés expriment leur grande satisfaction d’avoir pu exposer, devant un président apparemment attentif, leurs griefs contre les OGM. Un vieux militant murmure : « Tout le monde il est beau, tout le monde il est sympa. Les flics, les juges… C’est vraiment super ! » Dehors, des cohortes de « souteneurs volontaires » déambulent, de plus en plus nombreuses, en feuilletant CQFD. Un jeune fume le tabac qu’il a lui-même cultivé. À quelques mètres, une discussion s’agite sur la question des éoliennes. De plus en plus de visages disparaissent derrière des CQFD ouverts. Dans la salle : « Je suis complètement opposé à cette idée de mettre de l’huile dans les bagnoles. On court à la monoculture. Ce n’est pas une bonne réponse à la question de l’énergie… » Une petite équipe venue du sud-ouest cherche un collègue qui a disparu avec les clés de la voiture : « C’est pas comme ça qu’on va gagner… » Nouvelle suspension de séance. Verdict le 4 novembre.

Gilles Lucas et Sébastien Dubost

Article publié dans le n° 27 de CQFD, octobre 2005.


[1] Pour tout savoir sur la lipase gastrique et sa production dans des plants de maïs OGM, retrouvez votre numéro 26 de CQFD.





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