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CQFD N°028



NEUILLY BRÛLE-T-IL ?

Mis à jour le :15 novembre 2005. .


Peu de temps avant le soulèvement des banlieues, dans un « quartier sensible » de Nîmes, CQFD croise des jeunes : « Souvent le soir on reste là, dehors, à fumer et à passer le temps en blaguant. Et c’est quasi-systématique que les BAC s’arrêtent à notre hauteur, nous insultent et nous provoquent en nous disant qu’on est la seule cité où ils peuvent entrer sans problème, qu’on n’a vraiment pas de couilles. » « C’est arrivé plusieurs fois qu’ils se postent à une trentaine de mètres et nous balancent des pierres et des canettes. C’est sûr, ils veulent qu’on riposte. On se tient. Un jour, ça sera tant pis pour eux. Et tant pis pour nous, aussi. » Le 7 novembre, le quotidien anglais The Independent titrait : « Liberté ? Égalité ? Fraternité ? Réalité. » Le sens des mots se vide de tout lyrisme. Le 8 novembre, Sarkozy et sa bande organisée décrètent l’état d’urgence. Oui, l’état d’urgence contre des mômes.

Quand la tranquillité revient dans les quartiers, c’est pour qu’on puisse à nouveau les oublier. Et puisque la jeunesse doit être « occupée », elle le sera maintenant en grand, en large et en travers, par des milliers de bleus disposant de pouvoirs exceptionnels. Le soir, couvre-feu. Les jeunes, « assignés à résidence ». Perquisitions menées « en dehors des procédures judiciaires normales, notamment afin de procéder à des recherches d’armes ». La loi permettant l’instauration de l’état d’urgence date de 1955, en pleine guerre d’Algérie. Les vieux démons se réveillent. Comment réagirait ce gouvernement face à une grève générale ? Enverrait-il les chars ? Bombarderait-il les boîtes occupées ? Effarante disproportion des moyens employés par la République française contre ses jeunes. Parfum de fin de règne, d’épuisement du politique aux mains de tout-puissants intérêts privés. Le troupeau des témoins télégéniques a été encore une fois convoqué pour justifier l’injustifiable. Et de se lamenter sur les quelques dizaines de salariés mis au chômage à la suite de l’incendie de l’entreprise qui les emploie, omettant de faire le parallèle avec la catastrophe tellement naturelle qu’est, par exemple, le licenciement de mille deux cent quarante salariés par Hewlett-Packard.

Les gamins des banlieues savent maintenant qu’en faisant monter la pression et en alliant leurs efforts, ils ont le pouvoir de faire tituber le plus arrogant des gouvernements, de lui faire perdre son sang-froid. Ceux qui, de grèves déclarées illégales en votes méprisés, ont le sentiment d’avoir tout essayé pour se faire entendre - sans succès - en tireront les leçons. La mobilisation des papy-boomers contre la réforme des retraites a échoué. Les chômeurs continuent à endurer le régime Unedic. La SNCM sera privatisée contre la volonté des marins. Les faucheurs anti-OGM sont condamnés malgré le rejet des aliments génétiquement modifiés par 80 % de la population. Les intermittents n’ont pas réussi à défendre la culture contre le spectacle. Les profs n’ont rien gagné à défiler en rang d’oignon. Même les lycéens se sont fait bananer. La politique du gouvernement passe de toute façon, en force. Et la colère que nous avons tous tenté de faire passer par la voie légale, ce sont des gosses de quatorze ans qui l’expriment violemment, avec excès, parce qu’aujourd’hui, il faut être soit un enfant soit un fou pour oser dire merde. Les actions traditionnelles ne marchent plus. Les mots ont été désarmés. Là, en quelques jours, les ados émeutiers obtiennent cent millions de subventions pour les associations de quartier (que mille dossiers et rendez-vous avec les politiques n’auraient jamais pu avoir) et captent même l’attention de la « communauté » internationale. Ils forcent un gouvernement sourd à tout dialogue à changer de langage et l’amènent sur le terrain qu’ils connaissent par cœur pour en être les premières victimes : celui de la loi du plus fort.

Publié dans CQFD n°28, novembre 2005.






>Réagir<

> NEUILLY BRÛLE-T-IL ?
anonyme | 14 décembre 2005 |
en effet, je voudrais insister sur ce qui a été ecrit plus haut, la provocation et l’intimidation policière a lieu a tous les niveaux, que vous soyez tranquillement dehors en train de discuter avc vos amis, ou que votre mère soit convoquée dans un commissariat à titre de témoin, puis qu’elle finisse la nuit en garde à vue car elle refuse de dire ce que certains voudraient entendre et qui est surtout faux, tout en subissant des propos tels que « eh ben alors tu parles pas , tu sais pas parler francais ou quoi » voila la réalité. Voila ce qui se passe quand on décide de porter contre un chauffeur de bus douteux qui vous ferme la porte sur la jambe et qui vous nargue ensuite… Et la finalement vous comprenez que c tout un système qui vous nargue… > NEUILLY BRÛLE-T-IL ?
anarcose | 22 novembre 2005 |
Merci pour cette conclusion ; çà fait plaisir. Il paraît que les émeutes ont été quasi inexistante à Marseille, qui comme tatie Arlette l’a dit est la capitale des luttes sociales. Je ne parle pas des émeutes d’ « otages en colère », bien sûr ! Plus aucun autre moyen d’action ?
Kartezi1 dit « rodeur » | 18 novembre 2005 | http://kartezi1.free.fr

J’ai créé mon site à l’époque (Octobre 2004, je crois, pour les premières pages). Je suis entré dans un comité d’animation, au sein d’un centre socio-culturel, près de chez moi. Plein d’espoir, plein d’idées, d’attentes quant à l’« Education populaire ». RIEN. Ce type d’« actions » ne débouche sur rien. La racaille Sarkozyste ne comprend que la violence, et cela parait évident puisque c’est également le seul pivot sur lequel repose sa politique électoraliste… Violence des flics, de la pression sociale, chaque jour. Alors en réponse, violence des gosses. Et je commence à me demander si je ne devrais pas faire comme eux. Parceque rien n’avance sans cette violence, d’un côté comme de l’autre…

Et l’on voudrait me faire croire que nous sommes l’espèce la plus évoluée de la planète ! Au moins, ca me fait bien marrer !

> NEUILLY BRÛLE-T-IL ?
jerome | 17 novembre 2005 |
J’aimerais bien que cette révolte ait effectivement ouvert des yeux, mais pour l’instant on assiste plutôt à une fascisation de la société française, malgré les premières paroles apaisantes. Je suis effaré de voir le suivisme des gens dans les discussions de tous les jours, le réflexe « de toutes façons l’Etat sait ce qu’il a à faire, moi je suis pas compétent », les mesures de plus en plus discriminatoires qui attendent tranquillement leur heure pour sortir des cartons de nos dirigeants. Pour ceux qui ont vu l’exposition « Le marais : du ghetto au piège », on se rappellera que le discours, les mots, la haine à l’égard de l’autre, l’étranger ou ce qui y ressemble, tout cela n’est pas nouveau en France.
 

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