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CQFD N°028



« LES VRAIES VIOLENCES URBAINES SONT SOCIALES »

Mis à jour le :15 novembre 2005. Auteur : Olivier Cyran.


Abdelaziz Gharbi est un « travailleur social » dans ce que l’appellation a de bon : ni moniteur de baby-foot, ni indic de la police, ni ramasse-voix des pouvoirs locaux. Né à Longwy d’un père ouvrier algérien, cet ancien militant du Mouvement de l’immigration et des banlieues (MIB) s’occupe aujourd’hui de la Régie de quartier d’Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, où son boulot chaleureusement acharné lui vaut l’estime des gamins comme des adultes. Si Aubervilliers a été relativement épargnée par les émeutes du « 9-3 » - à part un entrepôt de moquette parti en fumée -, elle n’en est pas moins frappée par la même déglingue. Témoignage.

« Ce que je constate, c’est que les vraies violences urbaines sont d’abord sociales. Chaque année, il y a deux cent mille mômes en France qui sortent prématurément du système scolaire et pour lesquels il n’y a rien, pas d’emploi, pas de structure, pas d’avenir. Et c’est pareil pour les autres. Dans les quartiers, les jeunes ne sont pas tous en échec scolaire, il y en a aussi qui ont des diplômes, des BAC+3 ou plus, mais eux non plus ne trouvent pas de boulot. Ils sont tricards partout, sauf dans l’intérim, et encore. Les missions locales sont toutes saturées. Ici, à la régie d’Aubervilliers, on a les CV d’une centaine de gars et de nanas qui cherchent tous un travail et n’en trouvent pas. Chaque jour, ce sont en moyenne trois ou quatre jeunes qui viennent nous voir pour demander un taf qu’on n’a pas. Quand ils nous racontent comment ça se passe à l’ANPE, ça fout les jetons, c’est le même mépris qu’en préfecture au guichet des étrangers. C’est pas génial, le salariat, mais ça permet de survivre quand t’as rien. Ça devient de plus en plus dur de survivre. Pareil pour le logement : rien qu’à Aubervilliers, il y a quatre mille demandes de HLM en souffrance. Quand les petits deviennent grands, ils n’ont nulle part où aller et restent chez leurs parents dans des logements bondés, et ça crée des tensions. C’est bien beau de les traiter de racailles, mais encore faut-il comprendre ce qu’ils vivent. L’absence d’espoir, c’est ça la principale insécurité. Tout ce que l’État leur propose, c’est une police de plus en plus violente qui les insulte et les harcèle. Et quand ça ne suffit plus, il demande aux religieux de régler le problème à sa place. C’est pitoyable. La répression par les flics et la médiation par les barbus, c’est un double cul-de-sac qui permet d’éluder la question sociale. Ça renvoie à une façon de considérer le citoyen qui me paraît très éloignée des droits de l’homme. Ce qui me sidère, c’est le silence des syndicats enseignants sur l’impasse sécuritaire. La LSQ [loi sur la sécurité quotidienne, adoptée par la gauche en novembre 2001] et la LSI [loi sur la sécurité intérieure, adoptée par la droite en janvier 2003] ne servent qu’à pénaliser la misère, et pourtant elles ne sont pas remises en cause. Ce truc qu’on appelle la politique de la Ville, ça fait vingt ans qu’on nous bassine avec, mais ça fait aussi vingt ans que les conditions de vie dans les quartiers ne cessent de se dégrader. Ce qu’il faut, c’est redéfinir le travail social dans ces quartiers, avec les habitants et non contre eux, et en partageant les richesses au lieu de les piller au profit de quelques-uns. Les gens ont plein de choses à dire, mais on ne les écoute pas. Les jeunes possèdent une histoire qui n’a jamais été reconnue dans l’espace public. C’est l’histoire du monde ouvrier et de l’immigration, et non celle de la délinquance et des mosquées. Il serait temps de donner une place politique à ces jeunes et de reconnaître tout ce que leurs parents ont apporté à ce pays. »

Propos recueillis par Olivier Cyran

Publié dans CQFD n°28, novembre 2005.






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> « LES VRAIES VIOLENCES URBAINES SONT SOCIALES »
Philou | 11 janvier 2006 |
Quand on voit l’assurance des pauvres cons qui déclarent qu’ il y a « jeunes » d’un coté et « racailles » de l’ autre, et pensent haut et fort que << Oui, les jeunes immigrés sont dangereux par nature !!!>>, (comme les lèches culs de l’UNI, qui doivent avoir du Gobineau sur leurs tables de chevet) on se dit que la lepénisation des ésprits ce n’ est pas de la rigolade, c’est une réalité contre laquelle il faut dire une fois pour toute NON ! NO PASARAN et allez vous faire foutre.
 

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