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CQFD N°028


GRÈVE DES STAGIAIRES

CHERCHE CADRE JETABLE À 300 EUROS

Mis à jour le :15 novembre 2005. Auteur : Grite Lammane.

95 % des jeunes diplômés ont fait au moins un stage, et 50 % en ont effectué trois ou plus. Ça leur fait « de l’expérience pour plus tard », se justifient les entreprises. Oui,mais les stagiaires en ont plein les bottes d’attendre de décrocher un vrai job. Ils se rebiffent.

ON POURRAIT PASSER DES HEURES à ricaner en énumérant des offres de stages comme celle-ci : « Recherche stagiaire commerce/vente du 31 octobre au 13 novembre pour la foire de Dijon pour vendre des produits nouvelle tendance dans le domaine de la beauté. » Ou comme celle-là : « Recherche stagiaire attaché de presse 3 à 6 mois à plein temps. Bac+3 minimum, dynamique, sérieux, motivé et créatif, ayant une expérience des relations presse. Compétences : bonne maîtrise des outils Word, Excel, Outlook, Photoshop. Mission : assistance des consultants au quotidien, mise à jour de fichiers presse, diffusion des communiqués de presse, relance téléphoniques des journalistes, participation à l’organisation d’événements presse. Rémunération : 300 euros par mois. »

Chaque année, 800 000 à un million de « postes » de stagiaires sont pourvus par des jeunes qui se laissent embrigader dans cette forme de sous-emploi. Avec un salaire au pire inexistant, au mieux inférieur à 30 % du Smic et une absence totale de charges, le stagiaire est une aubaine pour les entreprises. Même Le Monde en convient, lui qui propose plusieurs centaines d’offres de stages sur son site Internet. Et de verser une larme attendrie sur cette jeunesse exploitée : « Le ralentissement de l’activité a donné naissance à une nouvelle main-d’oeuvre aussi vulnérable que corvéable. » Larme vite essuyée cependant : « […] le stage n’en demeure pas moins un marchepied vers la vie active, même s’il permet à seulement 10 % des diplômés du supérieur de trouver un premier emploi. » (04/11/05) Ils s’étaient laissé bercer par la douce illusion qu’avec leur bac+4 ils seraient les rois du pétrole. Mais ça fait belle lurette que les diplômes ne protègent plus de la misère. Comme les autres « jeunes » [1], les surdiplômés ont le choix entre le chômage et le sous-salariat, pour le même prix. Est-ce l’illusion de l’« insertion sur le marché du travail » qui leur fait choisir la deuxième solution ?

Comme en écho à la prise de conscience des « intellos précaires » [2], le mouvement Génération précaire [3], lancé en septembre par une poignée de stagiaires exaspérés, a pris comme une traînée de poudre. Ils exigent « que le stagiaire bénéficie d’un véritable statut intégré dans le droit du travail. Ce statut doit comprendre une rémunération minimum obligatoire et progressive, sur laquelle seront prélevées toutes les cotisations sociales en vigueur. Les conflits du travail nés dans le cadre d’un stage doivent également relever de la compétence des prud’hommes. » Ces revendications sont justifiées, mais faudra-t-il attendre que le dernier papy-boomer ait passé l’arme à gauche pour que les « jeunes », intellos précaires, prolos ou chômeurs se sentent autorisés à arrêter de courir après les trente Glorieuses pour inventer autre chose ?

Article publié dans le n° 28 de CQFD, novembre 2005.


[1] Le chômage touche un jeune actif sur quatre.

[2] Lire le bouquin éponyme d’Anne et Marine Rambach, Hachette Pluriel, 2002.

[3] Grève des stagiaires le 24 novembre. Pétition à signer sur www.generation-precaire.org.





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