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CQFD N°028


LES VIEUX DOSSIERS D’ANATOLE

CHASSÉ-CROISÉ KABYLES, KANAKS ET COMMUNARDS

Mis à jour le :15 novembre 2005. Auteur : Anatole Istria.


Si 1871 évoque la Commune de Paris, c’est aussi l’année de la première grande insurrection dans l’Algérie coloniale. La dernière campagne militaire de 1854 a achevé de « pacifier » la Kabylie dans un bain de sang, selon la méthode du général Bugeaud de sinistre mémoire (« J’entrerai dans vos montagnes ; je brûlerai vos villages et vos moissons ; je couperai vos arbres fruitiers et alors ne vous en prenez qu’à vous-mêmes »). En 1868, le pouvoir passe de l’administration militaire à l’administration coloniale, le décret Crémieux fait accéder les Juifs algériens à la citoyenneté française. Les Arabes et les Berbères, qui cohabitaient depuis des siècles avec les Israélites, l’ont mauvaise d’être maintenus dans le statut subalterne d’indigènes.

Les pratiques hostiles des Bureaux arabes, les famines successives et l’accaparement des terres exacerbent le mécontentement des fellahs. L’insurrection qui éclate en janvier 1871 va unifier plus de 200 000 combattants menés par les Mokrani, famille de caïds kabyles, qui vont affronter 90 000 soldats français, dont l’artillerie constitue un avantage balaise. Cette guerre s’achève le 17 janvier 1872 par une répression féroce. Les colons s’approprient au passage un demi-million d’hectares de terres. Les rebelles kabyles capturés partagent alors le bannissement des communards parisiens avec qui ils fraternisent dans les bagnes de Toulon ou de l’île de Ré, avant d’être déportés dans des bateaux-cages jusqu’en Nouvelle-Calédonie. Pour la première fois sans doute, les partageux parisiens prennent conscience du sort des colonisés. Sitôt amnistiés et rapatriés en 1881, des communards tels qu’Henri Rochefort, Olivier Pain ou Louise Michel, vont réclamer l’amnistie des insurgés et dénoncent la politique coloniale.

Une centaine « d’Arabes » - comme les appellent les communards peu enclins aux distinctions ethnologiques - débarquent dans les colonies pénitentiaires de l’île de Nou et de l’île des Pins pour « expier leur faute » en oeuvrant à la colonisation de la Nouvelle-Calédonie. Mais alors que les exilés s’installent peu à peu et s’efforcent de survivre, le vent de la révolte revient souffler à leurs oreilles. Cette fois-ci, ils ne sont pas de son côté. En juin 1878, sous la férule du chef Ataï, les Kanaks se révoltent. En butte au racisme des colons, aux méfaits de l’élevage extensif, à la sécheresse et à l’expulsion de leurs terres, les Kanaks commencent un déchouquage impitoyable de tous les blancs. Des communards, une quarantaine d’Algériens ainsi que des tribus kanakes restées dans le giron du gouvernement se rangent du côté de la répression coloniale. À l’inverse, l’exemplaire Louise Michel prend parti pour les insurgés (dont elle a étudié la culture). Une fois l’ordre rétabli, le délicat gouverneur Olry va envoyer les têtes coupées des chefs rebelles Ataï et Naïna à Paris pour l’Exposition universelle, vitrine de la civilisation française à travers le monde. Les vaincus sont vendus comme esclaves à des négriers. Un demi-millier de Kanaks sont ainsi transportés en 1880 sur les côtes du Chiapas pour connaître le servage des peones tzotziles ou tzeltales, mais une épidémie de vérole a raison de leurs dernières forces.

Des montagnes du Djurjura aux barricades de Paname, des îles mélanésiennes aux montagnes du sud-est mexicain, l’esprit de résistance a traversé les mers sans jamais vraiment se reconnaître. N’a-t-il pas aussi traversé le temps ? Ceci est une autre histoire.

Sources : Mehdi LALLAOUI, Kabyles du Pacifique, Au nom de la mémoire, 1994.

Article publié dans le n° 28 de CQFD, novembre 2005.






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CHASSÉ-CROISÉ KABYLES, KANAKS ET COMMUNARDS
| 29 avril 2009 |
L’Enfant du peuple ancien de Anouar Benmalek CHASSÉ-CROISÉ KABYLES, KANAKS ET COMMUNARDS
| 27 novembre 2006 |
le titre du roman est « l’enfant du peuple ancien » d’anouar benmalek. CHASSÉ-CROISÉ KABYLES, KANAKS ET COMMUNARDS
| 3 septembre 2006 |
je cherche deséspérément le titre d’un roman édité chez « actes sud » et traitant de lartencontre d’un déporté kabyle (fils d’abd el kader je crois) et d’une fille déportée de la commune. Qui pourrait me rafraîchir la mémoire ?
 

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