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CQFD N°028


CAME EN CABANE

DOUBLE VEINE POUR LES TOX

Mis à jour le :15 novembre 2005. Auteur : Marius Frehel.

Le Sida a été déclaré « grande cause nationale 2005 ». Il faut croire que les prisonniers ne font pas partie de la nation, car en taule, la came circule tellement bien que les risques de choper le virus sont démultipliés.

COMME À L’EXTÉRIEUR, si t’as des thunes, tu trouves de tout en zonzon. La taule est un vrai gruyère quand il s’agit d’y faire entrer des drogues. Les paradis artificiels passent par le parloir, au-dessus des murs d’enceinte et parfois par l’intermédiaire des matons. Certains détenus qui n’y ont jamais goûté dehors ressortent totalement accros aux drogues dures. D’autres cachetonnent sévère et s’installent dans cette camisole chimique avec l’approbation de l’administration pénitentiaire. En taule, on se shoote, on sniffe, on gobe des pilules. Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. Défoncé, le temps passe plus vite, l’horreur ambiante de la zonzon s’atténue le temps du « voyage ». Au début on prend de la came pour aller bien, après, on continue pour ne pas être mal.

Ces faits sont connus, mais les services pénitentiaires font l’autruche, la prévention des risques de contamination par le VIH ou l’hépatite C se limitant à la distribution d’eau de Javel pour désinfecter les shooteuses. Pour tant, dans de nombreux pays, les programmes d’échange de seringues ont fait leurs preuves : ils n’entraînent pas de hausse de la consommation de défonce mais luttent en revanche efficacement contre la propagation des virus.

Par ailleurs, ceux qui suivaient un programme de substitution au Subutex ou à la Méthadone avant d’entrer en cabane galèrent pour obtenir une continuité de leurs soins. Certains médecins refusent de continuer le traitement appliqué a l’extérieur ou diminuent arbitrairement les doses. Un détenu d’une maison d’arrêt témoigne : « C’est aberrant. Alors que je commençais à m’en sortir, je me retrouve comme avant, à me préoccuper de savoir si je vais trouver ma dose. Dehors, grâce au traitement, j’arrivais à penser à autre chose. Mais comment faire ici ? Je suis tributaire des autres. » [1] Les autres, ce sont les dealers, ce qui implique racket, voire tabassage si on a des dettes. Dans ces conditions la prévention des risques et la réinsertion des tox a l’aspect d’une vieille seringue rouillée.

Article publié dans le n° 28 de CQFD, novembre 2005.


[1] Rapport OIP 2005.





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