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CQFD N°028


PERPIGNAN

DANS L’ÉPROUVETTE DU SARKOZYSME

Mis à jour le :15 novembre 2005. Auteur : Sébastien Navarro.

Deux semaines avant sa beuglante sur la « acaille », Sarkozy Imperator remettait les pieds à Perpignan pour décorer une quarantaine d’argousins qui se seraient «  illustrés par leur courage et leur sang-froid » durant les violences que la ville a connues en mai. Et d’annoncer un panel de mesures pour tordre le cou aux violences urbaines… Bien vu.

POUR SA VISITE ÉCLAIR à Perpignan le 13 octobre, le missionnaire de l’Intérieur avait rempli sa vareuse de bibelots et de verroteries. Premier cadeau à la Ville : cinquante-trois caméras de vidéosurveillance. À ceux qui restent campés sur leur crainte orwellienne, le zébulon de la place Beauvau assure que l’outil n’est pas liberticide. Ouf. Histoire d’en rire, il convient de rappeler que le second meurtre qui a mis le feu aux poudres à Perpignan le 29 mai dernier s’est déroulé sous l’oeil implacable d’une caméra de vidéosurveillance (voir CQFD n°24). Pendant une semaine, la presse locale a tenu ses lecteurs en haleine, laissant croire que l’exploitation des images permettrait une identification rapide de l’assassin, jusqu’au coup de théâtre : la bécane était hors service !

Deuxième geste en faveur de l’indigénat local : la construction d’un « internat de la réussite éducative », censé offrir à des jeunes en difficulté un cursus scolaire « de qualité » hors de leur environnement. Détail amusant : l’internat, envisagé au départ au bon air de la Cerdagne montagneuse, sera finalement bâti à Saint-Cyprien, cité balnéaire bétonnée dont le maire n’est autre que le très sarkozien Jacques Bouille, accessoirement secrétaire départemental de l’UMP. Chez les hommes de l’ordre, la délinquance est un linge sale qui se lave en famille. Enfin, le ministre a signé avec l’hôpital psy une convention visant à favoriser l’accès aux soins pédo-psychiatriques des populations les plus précarisées. Il assure qu’une centaine de familles sont prêtes à s’inscrire dans le dispositif. Car tout le monde sait que la folie s’attaque d’abord aux pauvres et qu’une gestion carcérale de la misère ne saurait sévir efficacement sans son pendant psychiatrique. Si la surenchère du roi du Karcher en matière de vidéosurveillance ne surprend personne, ses incartades dans le domaine de l’éducation et de la santé sont pour le moins flippantes. Comment un ministre de l’Intérieur, même battant campagne, peut-il en effet déborder à ce point de son champ de compétence sans créer le moindre remous politico-médiatique ? Surtout quand on sait que « l’internat de la réussite » et les postes de pédopsychiatres sont de vieux projets locaux, qui n’avaient pu voir le jour faute de financement ou de réelle volonté. Sarko, malin et démago, n’a fait que récupérer les bébés et aligner les biffetons de l’État, histoire de semer le trouble chez ses détracteurs qui l’accusent d’être un cogneur ultra-libéral. Prison, école, asile… Le triptyque dénoncé par Foucault dans Surveiller et punir est toujours à la mode.

Pendant que monsieur Propre plastronnait devant les caméras et déballait ses colis, des manifestants s’étaient rassemblés pour protester contre la récente expulsion d’Elarbi Boussaada, élève de 19 ans scolarisé dans un LEP du coin. Aux cris de « Sarkozy, Vichy c’est fini », ils entendaient dénoncer les pratiques des flics qui n’hésitent plus à aller cueillir le sans-papiers sur les bancs de l’école. Elarbi, frappé depuis août dernier d’un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière, allait tous les jours montrer patte blanche aux sbires de la Police aux frontières (PAF). Jusqu’au moment où il a eu la mauvaise idée de se rendre à la préfecture, pour s’enquérir des démarches à faire en vue de sa régularisation. Résultat : une semaine après, il était au bled. Malgré une forte mobilisation des lycéens, du personnel enseignant et des militants, le préfet s’est montré inflexible comme l’acier : « La loi a été respectée. Il est entré en France après 13 ans, nous l’avons reconduit à la frontière. » Et tant pis si Elarbi habitait chez son père installé en France depuis 1969 et devait passer son CAP de peinture en juin prochain… Pas de pitié ! Sarkozy a enfoncé le clou : « Le fait que [les adolescents en situation irrégulière] soient scolarisés ne conditionne pas l’accession au droit de résider en France. »

C’est qu’une politique d’immigration qui se respecte est d’abord une affaire comptable. D’un côté, on se prépare à fixer les quotas d’une immigration « choisie », profitable pour nos entreprises, de l’autre on calcule un objectif chiffré de reconduites à la frontière : 23 000 pour l’année 2005 (un tiers de plus qu’en 2004). Pour les Pyrénées-Orientales, la performance à atteindre serait de 1 036 reconduites cette année. Mais à la mi-octobre, ces fainéants de flics n’en étaient qu’à 763. Encore 273 expulsions à se farcir avant de pouvoir bouffer la dinde et toucher la prime de résultat ! Il faut donc mettre les bouchées doubles, ce qui expliquerait pourquoi les autorités catalanes ont subitement dégainé leur COLTI (Comité opérationnel de lutte contre le travail illégal) sur le marché aux puces, territoire des chineurs. Le dimanche 16 octobre à 9 h 30, une soixantaine d’agents de la PAF, des URSSAF, des services fiscaux et de la répression des fraudes investissent donc les lieux pour encaisser du gibier. Cibles officielles : travail illégal et recel d’objets volés. Cibles officieuses : les sans-papiers. Le coup de filet s’avérera mitigé : sur les vingt-trois personnes emmenées dans les locaux de la PAF pour vérification d’identité, quatre seulement seront emmenées au centre de rétention de Rivesaltes en vue d’une reconduite menottes aux poings. Il va falloir trouver mieux… Pendant ce temps, Djamila et Mohamedont disparu. Scolarisés en France depuis quatre ans mais reconductibles à la frontière, le frangin et la frangine ont préféré la fugue à un retour au pays. Seule consolation pour le père qui n’a plus de nouvelles de ses enfants : il peut être assuré que les policiers feront tout pour les retrouver. Histoire de prouver « leur courage et leur sang-froid », comme dirait Sarkozy.

Article publié dans le n° 28 de CQFD, novembre 2005.






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DANS L’ÉPROUVETTE DU SARKOZYSME
| 7 décembre 2006 | Les loups , le Sarkozysme expliqué aux enfants
Un conte savoureux et acéré sur le loup alpha (sarko), à paraitre aux editions le bord de l’eau : « Les loups, le Sarkozysme expliqué aux enfants » le blog du livre ici : http://les-loups.hautetfort.com/
 

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