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CQFD N°028


DANS UN SALE ETAT

NÉGRONNADE À MONTREUIL-SOUS-BOIS

Mis à jour le :15 novembre 2005. Auteur : Charles Maestracci.

Le 11 octobre, à Montreuil (93), la police expulse huit familles africaines, puis tabasse les gens du quartier venus les soutenir. Parmi les victimes : un aveugle, un vieux, une directrice d’école… Deux semaines après, un « ordre républicain » du même tonneau mettra le feu aux poudres à Clichy. Témoignage.

« Y’A DES KEUFS au passage du Gazomètre ! Ils expulsent des familles… Faut y aller ! », me dit une amie qui vient de déposer son gosse à l’école. Il est 9h30, le mardi 11 octobre 2005 et ça se passe dans le « 9-3 », à Montreuil-sous-Bois. Certains disent Montreuil-sous-Brard, du nom du maire de la commune, apparenté PC, qui a donné son accord à l’expulsion des huit familles du Gazomètre. Et de portable en portable, l’info circule… Quelques personnes du quartier arrivent par les petites rues qui mènent au passage. Puis ça afflue de tous côtés. Des gens du coin, attroupés, scandent : « Non ! Non, aux expulsions ! » Devant eux, une bande de robocops, casque, genouillères, matraque, tonfa et tout le tralala. Des ouvriers d’une entreprise privée sortent des panneaux blindés d’une camionnette. « Des pauvres qui viennent murer une maison de pauvres…Vous n’avez pas honte ?

- On fait notre travail, monsieur !

- Et quel beau travail !
 » rétorque l’homme.

Ils en prennent pour leur grade et les robocops aussi. « Vous n’avez pas honte ! leur crie une femme. Vous allez le dire à vos enfants qu’aujourd’hui vous avez expulsé des familles et des enfants ? » Les robocops restent muets sous les quolibets. Quelques flics en civil observent et repèrent ceux ou celles qui, par mots ou par gestes, par actions ou les trois à la fois, remettent en question leur saloperie de fonction. « Grosse matraque, petite bite ! » « Mieux vaut être chômeur que policier ! » Puis le slogan de base revient : « Non ! Non ! Non, aux expulsions ! »

J’étais venu pour ça, tout simplement. Mais putain, c’est dur. Trash, comme on dit aujourd’hui. De voir tous ces gens jetés à la rue. Leur tristesse et leur colère, et l’incompréhension totale des enfants. Puis le premier incident éclate. Un Africain aveugle, un voisin, tout en muscles et avec une canne blanche pliable, est face à la nouvelle ligne de robocops qui vient de se former pour empêcher que le groupe de soutien du quartier - cette génération spontanée - ne s’oppose aux ouvriers chargés de poser les panneaux blindés. Brusquement, le chef des flics frappe l’aveugle qui, sans hésiter, riposte aux coups dont il ne peut voir la provenance. « Arrêtez ! » Je me jette dans la mêlée pour m’interposer. Le Ray Charles du passage du Gazomètre retire ses lunettes noires, enlève le portable qui pend à son cou, replie sa canne blanche, remet le tout à sa compagne et reste là, en première ligne. Un roc ! Je suis retourné vers les familles, les mômes mangeaient des pains au chocolat et, d’un coup, je me suis mis à chialer. Je me suis écarté du groupe et la colère a vite repris le pas sur les larmes. Et je m’en foutais éperdument de savoir si c’était un squat ou pas, un lieu insalubre ou je ne sais quoi. Ce que j’ai vu,et je ne parle pas des coups, était d’une très grande violence. Parce que tous ces gens voulaient rester là, ensemble. Solidaires ! Car c’est ainsi qu’ils s’en sortent. Pour les plus vieux du quartier, ça leur faisait penser à 1942. Les rafles programmées par les nazis et effectuées par les flics français… Nous étions combien ? Une cinquantaine, dirais-je. Vingt-deux, selon la police. Première étape, ne pas laisser les familles dehors, là, avec leur barda. Nous décidons d’aller occuper la « Maison de quartier Lounès Matoub ». Le convoi s’ébranle, les affaires arrivent avec des voitures et, à peine tout le monde installé dans le gymnase de la maison de quartier que déjà les Renseignements généraux déboulent. Je retourne à l’extérieur en me disant qu’on pourrait créer une BARG, une brigade anti-RG. Le quartier est en effervescence. Le square de la place de la République, en face de la maison de quartier, devient l’Agora. « Il paraît qu’ils vont les déloger vers 19 heures…

- Oui, c’est le directeur du cabinet du maire qui leur a dit !

- Ils se sont barricadés avec une partie du comité de soutien…
 »

Des gens arrivent de partout. Nous sommes une centaine maintenant, peut-être cent cinquante. La nuit tombe doucement lorsqu’arrivent au pas cadencé plus d’une centaine de robocops. Ceux-là ont des boucliers, des flash-balls. Ils coupent l’électricité de la Maison de quartier et défoncent les portes du gymnase à coups de bélier. À l’extérieur, sifflets et injures fusent. Je ne suis plus en colère, j’ai la haine. Les gens sont expulsés manu militari et, à la sortie, un ami, Jean-Pierre Bastid, âgé de 68 ans, se fait tabasser par deux casqués et un jeune flic en civil à casquette. Soudain, une centaine de jeunes Maliens du foyer tout proche arrivent en courant au son de tamtams. La tension monte. Les robocops chargent. C’est la débandade, qui tourne à la « négronnade » sur la rue de Paris. Un client black sortant du Quick se fait laminer par les flics ! Je me planque dans un couloir et ces gros connards passent sans me voir. Je ressors et retourne au square. Jean-Pierre est parti à l’hosto. Fracture du nez, d’une côte…

Beaucoup ont reçu des coups de matraque, la directrice de l’école primaire où les enfants des familles expulsées étaient scolarisés souffre d’un décollement de la rétine, il y a eu plusieurs blessés. Certains porteront plainte. Mais, juste avant qu’ils chargent la matraque haute, je m’étais placé devant le rang des robocops pour leur dire ce que j’avais pensé d’eux le matin : qu’ils n’étaient que des esclaves ! Et que bientôt ils seront traités comme tels, lorsque les premières lignes viendront avec des fouets ! Ce que je ne leur ai pas dit, c’est que tout de suite derrière il y aura les fourches. Et un seul slogan : mort aux vaches ! Les familles, avec tentes et matelas, se sont installées dans le square.

Article publié dans le n° 28 de CQFD, novembre 2005.






>Réagir<

NÉGRONNADE À MONTREUIL-SOUS-BOIS
Azel7 | 20 février 2007 |

t’es bien gentille solenne ; mais quand le gouvernement envoie ces chiens, on peut plus s’attaquer au gouvernement… et il faut donc jetter des os.

On est bien d’accord que le « cassage de flic » ,comme tu le dis si bien, n’est pas la solution (bonne ou mauvaise) pour une revendication… mais d’une part ce son les représentants de l’état, et donc on s’attaque à eux comme on s’attaquerait a sarko ou sa clique. d’autre part, ce n’est qu’une faible réponse à toutes les aggressions, morales ou physiques, que l’on subit.

Pour finir, parceque c’est dans la rue qu’il faut agir, le net diffuse mais ne fait rien bouger, Mort aux Vaches n’est qu’une insulte répondant à des coups de matraque, cherche la justice la dedans.

Oi ! antifa, antisécuritaire, « mort aux vaches, mort aux condés », « si vous vous emmerdez quand vous patrouiller, changez d’métier ».

NÉGRONNADE À MONTREUIL-SOUS-BOIS
SOLENNE | 21 décembre 2006 | NEGRONNADE A….
jviens de lire ce texte et je suis étonnée de la façon dont on y traite les « flics ». Je suis éducatrice spécialisée, je travaille donc quotidiennement avec des populations en difficultés et ces expulssions, comme celle que vous citez, m’attristent et me scandalisent. Or, dans votre texte on a plus l’impression qu’il faut casser du flic que s’investir autrement auprès de ces familles. OK pour s’opposer aux expulssion, par contre le « mort aux vaches », je ne comprend pas ! plutot que de s’en prendre aux fonctionnaires de l’état, qui, malheureusement font leur boulot, pourquoi ne pas s’en prendre à notre « cher » gouvernement qui est responsable de ce K.O. Casser du flic, ne ménera, au final, qu’à un Lepen président ! alors réfléchissons. Solenne.
 

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