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CQFD N°028


DANS UN SALE ETAT

DES TROUS DANS LA COUCHE POLICIÈRE

Mis à jour le :15 novembre 2005. Auteur : Gilles Lucas.

Affolant ! Quantité de délits non signalés échappent aux chiffres de la délinquance. C’est ce que déplore Alain Bauer, l’as de la tolérance zéro.

UNE « ENQUÊTE DE VICTIMISATION » réalisée début 2005 par l’Observatoire national de la délinquance (OND) révèle que les services de police ne disposent pas des véritables chiffres de la délinquance : une quantité phénoménale de faits « délictueux » leur échappe. Non pas parce que les éventuels coupables leur filent entre les doigts, mais plus simplement parce qu’ils n’en sont pas même informés. Ainsi « neuf injures ou menaces sur dix ne font pas l’objet de plainte », selon l’OND, qui précise que « les raisons évoquées pour expliquer le non-dépôt de plainte sont, pour plus de la moitié, parce que “ce n’était pas grave” ou parce qu’il n’y avait “pas d’utilité” apparente à la démarche… » Pour une fois, cette statistique-là est facilement vérifiable. Effectivement, rares sont par exemple les automobilistes qui se ruent au commissariat pour porter plainte contre un congénère qui vient de lui faire un geste obscène en lui lançant : « T’avances c…. d’enc…é de mes c…..s. » Plus rares encore, dans ce désaveu scandaleux de la moralité citoyenne, sont ceux qui se livrent d’eux-mêmes à la police pour avoir proféré menaces et injures à l’égard de leurs semblables. Certains extrémistes disent que « la police est partout ». L’étude de l’OND révèle le contraire. Et évidemment le déplore. À quand une descente de police autour de la table familiale pour appréhender le pater familias invectivant bruyamment son fils qui n’a pas fini ses devoirs ? Est-il normal que la grande majorité des embrouilles de couple reste en dehors du champ judiciaire ? Pourquoi laisser à l’extérieur du tribunal telle ou telle personne qui a insulté le propriétaire d’un chien après avoir posé le pied gauche dans une déjection canine ? Et pour ceux qui distribuent des coups de klaxons ? Un tel laxisme devrait exiger la mise en place généralisée, dans les moindres interstices de la vie sociale, de systèmes de surveillances et de procédures pénales conséquentes.

Car cet Observatoire national de la délinquance n’est pas une officine d’amateurs. Mis en place par Sarkozy en 2003 dans le but d’affiner les statistiques et stratégies policières, en mettant en synergie « administrations, chercheurs et praticiens », il a à sa tête un certain Alain Bauer. Ce personnage connaît bien son sujet. PDG de la société Alain Bauer Associates ( !), qui distribue conseils et formations en sécurité, il est, avec son complice Xavier Raufer, le maître d’oeuvre de la diffusion en Europe des théories de la « tolérance zéro », élaborées par le Manhattan Institute, cabinet-conseil des ultra-conservateurs américains. Connu pour sa « sensibilité de gauche » (il a été administrateur de la Mnef, élu au bureau du syndicat étudiant UNEF-ID, proche de Chevènement et collaborateur dans le cabinet de Rocard à Matignon), apprécié pour le zèle idéologique et technologique qu’il met à savoir tout sur tout, Alain Bauer préfère cependant passer sous silence quelques épisodes de sa carrière. Notamment sa participation en 1993, à San Diego (Californie), aux activités de la société Science Application International Corporation (SAIC) [1], considérée comme la vitrine des services spéciaux américains, dont elle sous-traite une part importante des besoins industriels. C’est à son retour, après sept mois de stage, qu’il est nommé vice-président de l’antenne Europe de la SAIC [2], avant de créer sa propre boîte de sécurité dans des locaux contigus. Ainsi, cet ex-grand-maître du Grand Orient de France - dont il vient de claquer la porte - est aujourd’hui à la fois le fournisseur et le client d’un marché dont fait partie sa propre entreprise de sécurité. Reste qu’il manque quelque chose à son bilan : l’expérimentation sur sa personne des mesures policières qu’il prône pour les autres. Quelques membres des BAC, ces héroïques guerriers des nuits urbaines, affirment avoir testé sur eux-mêmes les effets du Taser avant de l’utiliser sur des quidams. On peut espérer qu’à son tour Alain Bauer expérimentera sur lui-même la micro-caméra M2A. Issu des recherches en nanotechnologies, ce petit appareil de la taille d’une gélule [3] permet de visionner les intestins de l’intérieur, notamment pour y détecter de la drogue. Voilà qui devrait permettre de voir d’encore plus près, dans le détail et en couleurs, le monde que nous promet ce personnage, ses complices et ses hommes de main.

Article publié dans le n° 28 de CQFD, novembre 2005.


[1] « Quand on consulte l’organigramme de la société, on y découvre des officiers supérieurs de l’US Army, de l’US Navy, de l’US Air Force, du Pentagone, de la CIA et de beaucoup d’autres services gouvernementaux américains » rapporte Marc Filterman.

[2] Aucune inscription (ni radiation) sur cette société ne figure au registre du commerce.

[3] Mise au point par la société israélienne Given Imaging, cette vidéo pilule mesure 2,5 cm de long et 1,1 cm de diamètre.





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