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CQFD N°028


TOUT DOIT DISPARAÎTRE

PRIVÉ ! DÉFENSE D’ENTRER !

Mis à jour le :15 novembre 2005. Auteur : Arthur.


APRÈS LE TÉLÉPHONE, après les autoroutes, après les trains, on va privatiser l’électricité. Voilà une idée qu’elle est bonne ! Des centrales nucléaires privatisées, ça a de la gueule : n’ayons pas peur des exigences d’une maintenance à peu de frais. Les rems et autres curies (unités de mesure de la radioactivité), séduites par la philosophie libérale du profit, sauront se plier aux nécessités des révisions espacées. Les plombiers polonais, moins chers, remplaceront les ingénieurs syndicalistes d’EDF toujours à faire chier les patrons avec leurs lubies du service public. Et ne dites pas que les clefs à molette polonaises sont moins efficaces que nos ordinateurs pour colmater les brèches des réacteurs mal entretenus. Ce serait du racisme !

Quant aux intérimaires qui vont dans les zones à risques examiner les tuyaux radioactifs, ce seront des spécialistes asiatiques ou africains qui, outre leur fiche de paye minimale, présenteraient un autre intérêt : les résultats rougeâtres des irradiations se distinguent moins bien sur leur peau exotique. En deux mots, le nucléaire français aura le sort du ferroviaire anglais (rappelons que la marche à pied est plus rapide - et surtout plus sûre - que les chemins de fer britons privatisés par la Dame de Fer, maman idéologique de Blair). La seule différence, ce sera le nombre des victimes. Cette idée à la Sarkozy-Madelin de tout privatiser est certes intéressante mais néanmoins limitée. Pourquoi se cantonner aux transports de marchandises, d’hommes et de kilowatts ? Ce gouvernement manque d’imagination. Après avoir déposé un brevet pour en tirer du pognon, je vous livre mon idée géniale : il faut privatiser la France. Regardons les choses en face. À quoi bon posséder des trésors comme les châteaux de la Loire, la tour Eiffel, la pointe du Raz, la dune du Pilat, les kilomètres de littoral marin, le mont Blanc, le marais poitevin, les ossements de nos héros au Panthéon, les universités, les hôpitaux et les garder dans le domaine public, alors qu’introduits en Bourse, ils séduiraient illico presto les fonds de pension américains et les veuves japonaises ? Songez à tout le fric qu’on pourrait en retirer, de quoi boucher d’un seul coup le déficit de la France et le trou de la Sécu !

Et ce n’est qu’un début, poursuivons le vide-grenier. Pourquoi garder par devers nous les millions d’hectares de forêts, les prairies, les immeubles nationaux, les routes et chemins vicinaux ? Tout doit être privatisé. Nous n’aurons plus à les entretenir et les budgets des ministères seront réduits à pas grand-chose. Le voeu de Villepin sera exaucé : l’administration sera modernisée puisqu’il n’y aura plus besoin de fonctionnaires. Les nouveaux proprios de la France devront embaucher. Les Français auront tous du boulot pour nettoyer la France privatisée. Restera un point délicat : pourquoi ne pas privatiser aussi les hommes, les femmes et les bébés de ce pays ? Soixantemillions d’individus qui croient appartenir à une nation, c’est d’un ridicule passéiste à l’heure de la mondialisation heureuse ! Nous devons tous être également vendus aux actionnaires américano-russo-japonais. Il faut d’urgence rétablir les bonnes traditions de la place de Grève à Paris où la main-d’oeuvre trouvait corvée à son gré. Manipulés par les défenseurs des droits de l’homme, les anciens députés ont voté l’abolition de l’esclavage. C’était, on le voit bien aujourd’hui, une erreur colossale.

Cadres sup’, employés, commerçants, artisans, intellos parisiens, culs-terreux, chômeurs, nous sommes tous des esclaves qui s’ignorent et aimeraient - sans le savoir - accéder à la dignité d’esclaves. Songez aux avantages : il nous suffira de tendre la main en fin de mois en disant : « Merci, bwana ! » pour toucher le salaire que nous devra notre propriétaire, émir du Moyen-Orient, retraité à Miami ou mafioso moscovite. Le salariat du Français privatisé, voilà l’avenir du pays ! Merde, je m’aperçois qu’on a eu l’idée avant moi et que les salariés esclaves sont déjà nombreux en France ! Pas grave : avec les retombées de mon brevet, je vais racheter la Belgique !

Article publié dans le n° 28 de CQFD, novembre 2005.






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