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CQFD N°028


JE VOUS ÉCRIS DE L’USINE

LENDEMAIN DE GRÈVE

Mis à jour le :15 novembre 2005. Auteur : Jean-Pierre Levaray.


LE 5 OCTOBRE 2005, 5h15 du matin. Réfectoire de l’atelier, autour du café. Tout le monde a la tête dans le sac. Les cuillères tournent dans les tasses, lamentablement. Le café nous donnera peut-être un peu de coeur à l’ouvrage. Question ambiance, c’est encore pire que les autres jours où il faut se lever et travailler du matin. C’est comme si on avait la gueule de bois, comme si les flonflons de la fête s’étaient tus. Le quotidien reprend le dessus et c’est bien ça la pire des choses. Je ne sais pas comment ça se fait, parce que, habituellement, les journées d’action, on les fait parce qu’il le faut bien, sans trop d’illusion, parce que ça permet de se payer une journée sans bosser. Une journée à soi, quoi. Cette fois, je ne sais pas ce qui nous a pris, on y a mis tout notre coeur, toute notre hargne, toute notre énergie. Même moi j’y ai presque cru, moi qui n’aime pas ces « journées d’action », ces « temps forts syndicaux » que je fais quand même. Je sais que ce sont plus des soupapes de sécurité que des grandes avancées du mouvement social. Peut-être qu’on s’est dit que c’était toujours ça : une journée plutôt que le rien, que ces combats qu’on n’arrive pas à mener jusqu’au bout. Est-ce qu’on se fera toujours avoir ?

Surtout que dans l’usine, ça a été très fort. Il faut dire qu’avec les plans de restructuration qui se succèdent, le manque de personnel qui fait que le travail s’intensifie et qu’il arrive fréquemment que nos repos sautent pour faire des remplacements, les rapports avec la hiérarchie qui se dégradent encore davantage, l’avenir précaire de la boîte… Les raisons de la colère ne manquent pas. Se sont ajoutés, la SNCM, les hausses de l’essence, le Medef, de Villepin… Que sais-je encore ?

Tout ça mis bout à bout, ça a donné un vrai ras-le-bol et je peux vous dire qu’on a tous mis le paquet sur ce 4 octobre. Ça a discuté très fort dans les ateliers ; on a échangé aussi avec les autres salariés des entreprises sous-traitantes ; il y a eu des revendications de déposées ; il y a eu des tensions avec les chefs qui ne voulaient pas qu’on arrête les machines ; il a fallu discuter avec le DRH parce qu’on voulait arrêter toute la boutique et que « ça ne se fait pas pour une simple journée d’action »… Nous on voulait. Dans un des ateliers, même, tous les gars de toutes les équipes sont venus, à une trentaine, la veille de la grève, pour arrêter l’atelier ensemble. Pour montrer aux chefs qu’ils étaient motivés. Bref, dans la boîte, mais aussi dans d’autres, il y a eu de la tension. Comme si le combat reprenait de la vigueur.

Le 4, lors de la manif (imposante), je n’ai jamais rencontré autant de copains de la boîte. Plus encore que pendant le printemps 2003, pour les retraites. C’est dire. Et puis… Les banderoles ont été rangées, les piles ont été retirées des mégaphones, les tracts sont allés à la poubelle, et tout le monde est docilement rentré chez lui. On nous a dit qu’on n’allait pas en rester là, que d’autres actions se préparaient, mais… Toujours est-il que ce matin, à l’usine, le café est amer, en plus, il va falloir redémarrer les machines et revoir la tronche du chef. Bertrand me dit : « Quand est-ce qu’on remet ça pour de bon, parce que j’en ai vraiment marre ? »

Article publié dans le n° 28 de CQFD, novembre 2005.






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