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CQFD N°029


DANS LE VISEUR

DE LA BELLE AU CACHOT

Mis à jour le :15 décembre 2005. Auteur : Marius Frehel.


FIN NOVEMBRE se tenait à Paris le procès des trois « pas évadés » de la centrale ultra-sécuritaire de Moulins-Yzeure. En février 2003, Régis Schleicher, Michel Ghellam et Jean-Christophe Pedron, tous condamnés à de longues peines (Schleicher a déjà vingt-deux ans de placard au compteur), avaient tenté de se faire la belle avant d’essuyer les coups de feu des matons. Voilà tous les trois dans le box des accusés, serrés de près par une garde bleue musculeuse, et bien décidés à renvoyer leur politesse aux juges en faisant le procès de l’Administration pénitentiaire, notamment sur le sort qu’elle réserve aux longues peines. « Les prisons sont des mouroirs. Cette évasion, pour nous, c’était une bouffée d’oxygène », lâche Pedron. Avocats, prévenus et président de l’OIP se succèdent pour dénoncer l’enfer des conditions d’incarcération, le « mépris pour la personne humaine et son intégrité physique », les prisons réduites à des « poubelles » - « pas seulement parce que nous nous y côtoyons en tant qu’ordures, mais parce qu’y règne la putréfaction », comme dit Schleicher, qui porte un « Vive la liberté ! » sur son T-shirt. Tous plaident le « devoir de s’évader ».

Quelle autre échappatoire en effet que le suicide, la camisole chimique ou l’évasion pour des emmurés dont chaque demande de conditionnelle est renvoyée dans les cordes « pour des motifs la plupart du temps fallacieux » ? Comment ne pas tenter la belle quand on est condamné au départ à neuf piges de peine criminelle et que, pour avoir osé ouvrir sa gueule, on se prend en prime six piges d’isolement continu et plus d’une centaine de transferts ? À l’arrivée, on végète quinze barreaux en cabane, sans compter les peines requises pour tentative d’évasion. On additionne tout ça et on se retrouve avec un reliquat de dix piges de placard gracieusement offerts par l’AP. Or ces peines intérieures ne bénéficient pas de réduction de temps ni de grâce quelconque. C’est ainsi que certains tentent de s’arracher, même s’ils savent que les chances de succès sont dérisoires. En attendant le délibéré le 12 janvier, les trois, qui furent si proches de nous tout au long du procès, nous ont remerciés longuement de notre « présence humaine » avant de disparaître enchaînés dans les dédales de la souricière, où leurs cris « vive la liberté ! » ne recevront pour toute réponse que l’écho du cachot.

Article publié dans le n° 29 de CQFD, décembre 2005.






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