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CQFD N°029


SCÈNE DE RUE À MONTREUIL

OEUF AU PLAT SUR VOITURE RÔTIE

Mis à jour le :15 décembre 2005. Auteur : Gilles Lucas.


« C’EST TA VOITURE, là, qui brûle ! » Dans le silence de cette nuit banlieusarde du 4 novembre, le klaxon, sous l’effet de la chaleur, s’est mis tout seul en marche. Dans la rue, deux voisins armés de tuyaux d’arrosage mouillent d’un filet d’eau les voitures garées alentour. Mais la Renault 5 éructe, et les quelques sursauts provoqués par les explosions des pneus, des plastiques et de l’essence provoquent leur retraite désordonnée. Une femme en robe de chambre passe en vociférant d’une manière hystérique. Quelqu’un crie d’une fenêtre : « Rentre chez toi ! »

La propriétaire de la voiture est dans la rue et prend des photos. La voisine parle comme si elle était devant des caméras de télévision : « C’est une catastrophe ! C’est pas possible ! Si on me fait ça à moi, je sors le fusil ! » Une jeune fille : « Trop bien, une voiture qui crame, comme dans les films ! » Les pompiers arrivent, bondissent de leurs engins et prennent d’assaut les flammes. Deux violents coups de lance et, en trente secondes, le feu est éteint. Ils sautent sur la voiture, défoncent les portières, s’acharnent sur le capot. Dans la fumée, on entend bruits sourds, déchirures de tôles et, toujours, le son du klaxon qui ne s’est pas arrêté. Un des spectateurs apprécie : « Écoute ça ! Elle parle encore. C’est normal, c’est français, c’est Renault. » Un des hommes en combinaison ignifugée : « Par ici, ça va, c’est plus tranquille qu’ailleurs ! Ça fait quand même trois mille bagnoles qui crament. » Un ami de la propriétaire : « Et puis ça fait quand même trois mille cannettes qu’il a fallu vider pour y mettre de l’essence. Faut les boire ! »

Les voitures fument encore alors que les soldats du feu disparaissent dans leur camion. « On pourrait essayer d’y cuire quelque chose », lâche un adolescent qui ramène un oeuf et s’essaye aussitôt à l’expérience. Un convoi de voitures s’arrête à la hauteur des sinistrés hilares. Des conseillers municipaux en maraude s’inquiètent de la situation et s’adressent à la propriétaire : « Vous semblez vraiment tranquille. Si vous avez besoin de parler, allez-y. Il faut que vous parliez, que vous ne vous reteniez pas. Nous sommes là pour vous écouter. » Celle-ci continue à prendre ses photos : « Poussez-vous, vous êtes dans le champ ! » Une conseillère se présente : « Je suis adjointe à la culture. » Alors la photographe range son matériel : « Ah bon ! Ça fait des mois que je cherche à vous joindre. Nous avons enfin l’occasion de nous rencontrer. » Et la conseillère interloquée : « Oui ! Pas de problèmes. Je vous débloque le plus rapidement un rendez-vous. » La petite équipe rembarque et s’éloigne dans la nuit. On est loin des 50 millions d’euros promis par Bruxelles pour les quartiers. Mais comme le dit le bon sens populaire : il n’y a pas de feu sans retombées.

Épilogue : deux semaines plus tard, l’assurance demande, afin que l’expert puisse voir les restes de la voiture, que celle-ci sorte de la fourrière où elle a été emmenée. Coût de l’opération, entre le remorquage et le gardiennage : plus de 500 euros…

Article publié dans le supplément « État d’urgence : 8 pages contre » du CQFD n° 29, décembre 2005.






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