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CQFD N°029


REPORTAGE À MILIPOL, LE SALON DES PROFESSIONNELS DE LA SÉCURITÉ

FLASH-BALL ET TASER SONT DANS UN BATEAU

Mis à jour le :15 décembre 2005. Auteur : François Maliet.

Fin novembre se tenait au Bourget le salon Milipol, qui est au flicage mondialisé ce que le salon de l’agriculture est aux vaches normandes. Barbelés, vidéosurveillance ou mercenaires, on trouve de tout à la quincaillerie de l’ordre. En vedette : le Flash-ball et le Taser, deux flingues qui se livrent une concurrence effrénée sur le marché de la police française. CQFD a testé pour vous…

LES CARCASSES DE VOITURES et les ruines de Mondial Moquette étaient encore fumantes. Plusieurs « émeutiers » découvraient les joies de la vie carcérale en sus des galères de la zone. Quelques hurluberlus inspirés expliquaient la colère des minots à coup de polygamie, de rap « violent » ou de « révolte à caractère ethnico-religieux. » Et l’état d’urgence venait d’être prolongé de trois mois par l’Assemblée nationale. C’est dans ce climat délétère, propice à de nouvelles conquêtes sur le marché sécuritaire, que s’est ouvert le 22 novembre au Bourget le « salon Milipol de la sécurité intérieure des États ». Venue du monde entier, la fine fleur des professionnels du matériel de flicage était réunie : de la PME aux grands groupes, du flingue Beretta aux dispositifs de surveillance, des véhicules de transport de pandores aux uniformes hightech, du matériel de visée aux menottes en plastique, ainsi que toute l’armada d’armes létales, non létales, voire à létalité atténuée comme le célèbre Flash-ball, dont les canons ont chauffé pendant les dix-sept jours de barbecues improvisés.

Chez ces spécialistes de la gâchette, on pourrait s’attendre à croiser moult mines patibulaires de barbouzes. Comme ce gars de la boîte de sécurité « Special Protect and actoins » qui vous glace le sang d’un regard. Sur leur dépliant de présentation, il est en photo un genou à terre, un fusil d’assaut dans les pognes, l’air d’avoir une méchante envie d’en découdre. Mais à quelques exceptions près, l’ambiance est plutôt bon enfant et les gus derrière les stands ont des bonnes têtes de bonimenteurs. Ils font penser à des marchands de bagnoles vous brossant dans le sens de l’hôtesse d’accueil étalée sur le capot. Ils ont correctement intégré le discours sur la sécurité et la lutte contre les « terroristes » et les « voyous », voire contre les « gens du voyage » quand ils se lâchent un peu, comme chez Pro-Sé-Dé, boîte bordelaise spécialisée dans la clôture barbelée ou électrifiée. Sur son stand, l’ambiance est champêtre : on nous offre un petit coup de Beaujolais, une tranche de magret « que j’ai fait moi-même, il est bon, hein ? » Très bon, comme la suite : « On a plusieurs clôtures électriques, avec un voltage variable, jusqu’à une tension pouvant entraîner la mort. » Mais toujours dans la bonne humeur : « Nous sommes une petite structure, on se fait plaisir », et l’on prend la vie du bon côté de la clôture. Que pense ce spécialiste des gars qui ont décoré de leur corps les barbelés de Melilla ? « L’effet de masse a joué. En mettant des mines, on dissuade, mais là, il n’y avait aucun système actif. » De toute façon « on ne peut rien contre l’intention des gens. S’ils ont vraiment envie de passer, ils tenteront. » En avoir conscience ne l’empêche pas de faire son beurre avec.

S’ils sont rodés aux techniques de ventes, ils ont aussi suivi quelques cours de com’, arguant dès que possible du sacro-saint respect des droits de l’Homme. Le Taser, ce flingue au design futuriste qui vous envoie 50 000 volts (à deux milliampères, mais tout de même), vous rend aussi mou que du jus de chique. « On passe d’un comportement agressif à une grande passivité en cinq secondes », nous confirme Antoine Di Zazzo, directeur général de Taser France. Ce grand humaniste - il se vante d’avoir participé à l’organisation de « Chanteurs sans frontières » en 1985 pour venir en aide à l’Éthiopie affamée - explique qu’il est en relation étroite avec Amnesty International : « Le Taser est équipé d’une boîte noire qui enregistre tous les événements, le nombre de décharges émises. » De quoi rassurer les citoyens bien pensants, tout en matant les révoltes sans épandre un trop plein de raisiné sur la chaussée.

Après avoir disserté longuement sur les avantages de son outil, Di Zazzo s’enquiert de savoir pour quel journal nous travaillons : « CQFD ? Je connais, je vous lis sur Internet ! Vous n’êtes pas tendre avec nous ! » Merci du compliment. Ce gentil acteur de la guerre sociale s’y connaît bien aussi en guerre économique et n’hésite pas à tirer à bout portant dans le dos de la concurrence : « Au lieu de parler du Taser, vous feriez mieux de vous renseigner sur le Flash-ball ! Aux États-Unis, une enquête portant sur 396 cas d’utilisation de ce pistolet a recensé 35 morts et 94 blessures graves. » Mazette ! Flairant le scoop, nous fonçons au stand de Verney-Carron, la société commercialisant le célèbre flingue à balles en caoutchouc. Nous sommes accueillis par un jeune homme très vieille France, portant une cravate « chasse à courre » et arborant au revers de sa veste un beau pin’s doré. Sa carcarsse supporterait mal sans doute l’équivalent du « coup de poing d’un boxeur poids lourd » infligé par le Flash-Ball. À l’origine, cette arme de septième catégorie a été conçue pour le grand public. Elle est actuellement en promotion sur leur site : 391 euros avec les munitions. « Mais nous en vendons moins de deux mille par an aux particuliers », déplore-t-il. La bonne nouvelle, c’est que depuis les années 90 ce flingue équipe les BAC, le GIPN, les fameuses polices de proximité chères aux socialos, la gendarmerie et, bien sûr, la poulaille républicaine de Sarkozy. Belle performance pour « une petite entreprise stéphanoise » spécialisée dans le fusil de chasse.

Répondant aux attaques de son concurrent direct, il affirme « qu’il y a eu des morts avec des armes équivalentes, qui envoient des balles en caoutchouc, mais jamais avec notre Flashball. » Il précise : « C’est un produit propre… Enfin “propre”… C‘est nous qui le faisons. » Di Zazzo nous aurait-il orientés sur une mauvaise piste en dénigrant son petit camarade ? La réalité est que Taser et Flashball se disputent les mêmes lignes budgétaires du ministère de l’Intérieur pour équiper l’ensemble des sbires de l’appareil d’État. Par ailleurs, la meilleure défense est toujours l’attaque, létale ou non : en 2004, Amnesty International avançait que plus de 60 personnes sont décédées aux États-Unis et au Canada depuis 2001 après avoir reçu des décharges électriques de pistolets paralysants Taser. Bien sûr, la version officielle affirme qu’elles avaient des problèmes cardiaques ou étaient sous l’emprise de drogues. Coups de jus mortel, balle en caoutchouc dans la tempe : ce ne sont que les dommages collatéraux dans la guerre que se mènent ces boîtes souhaitant profiter au maximum de la manne promise par les politiques sécuritaires. Et ça marche : en septembre, Nicolas Sarkozy a commandé une première fournée de soixante Taser pour les gendarmes intervenant en « zones périurbaines », en attendant une livraison de trois mille flingues pour 2007. Un peu plus tôt dans la journée, un représentant en flingues tirant des boules au poivre nous a glissé : « J’aimerais ne pas faire ce business, mais le monde est comme il est. » Avec des bienfaiteurs de cette espèce, il est même pire que ça.

Article publié dans le supplément « État d’urgence : 8 pages contre » du CQFD n° 29, décembre 2005.






>Réagir<

RAID H et le TASER
Pierre | 1er juin 2007 |

Alors qu’Amnesty met de l’eau dans son vin concernant le TASER. (voir déclaration de son président " nous ne somme pas contre le TASER et reconnaissons qu’il sauve des vies… site www.taser.fr)

Raid h continue la promotion des armes à feu (soi disant dissuasives) et profite du TASER pour se faire de la pub au détriment de l’intégrité physique des personnes. Ce n’est plus RAID H chantre de la défense des droits de l’homme c’est plutôt RAID HS !!!!

FLASH-BALL ET TASER SONT DANS UN BATEAU
| 26 février 2007 | Droits de l’Homme : http://www.raidh.org

Grâce au Taser qui ne laisse aucune trace les policiers peuvent faire avouer qui ils veulent de ce qu’ils veulent dans un commissariat à l’abris des témoins.

Quand à la petite caméra intégrée, on sait très bien que l’Etat couvre les forces de l’ordre : on ne compte plus les exemples d’assassinats ou d’abus où les policiers s’en sont sortis avec de simples sursis ou des honneurs…

* * *

Le Taser est un pistolet infligeant une décharge électrique de 50.000 volts jusqu’à une distance de 10 mètres. L’individu se voit neutralisé par la paralysie de son système nerveux pendant 5 secondes.

Après un phase de test commencée depuis janvier 2004 sur 130 personnes, 1 000 policiers et 1 000 gendarmes ont été équipé de Taser en 2006.

Le Taser ne laisse aucune trace, crée des souffrances aiguës et est susceptible d’être utilisé par les forces de l’ordre pour intimider, humilier, torturer ou faire parler des suspects, détenus, prisonniers ou simples citoyens. Ainsi, ce pistolet s’apparente à un objet de torture au sens de la Convention des Nations Unies contre la torture de 1984 (la France a signé ce protocole le 16 septembre 2005 et ne l’a toujours pas ratifié).

Cette arme qui a déjà fait plus de 200 morts aux Etats-Unis est interdite en Belgique, en Italie, aux Pays-bas, au Danemark, en Norvège, en Serbie, à Hong Kong, au Japon, en Malaisie, en Nouvelle Zélande et au Pakistan.

Quelle est la prochaine étape ?

FLASH-BALL ET TASER SONT DANS UN BATEAU
Pierre caro | 24 novembre 2006 | TASER N4est pas dans le meme bâteau

TASER n’est pas dans le même Bâteau

François…

le 21 octobre 3 policiers sont attaqués pr 200 individus aux puces de Paris (Le Parisien 22-11-2006) ils se dégagent par l’utilisation du TASER. AUCUN BLESSE.

Le 24-11-2006 Un policier est attaqué aux Parc de Princes par des supporter du PSG : 1 mort 1 blessé grave. S’il avait eu leTASER comme ses collègues aucun mort aucun blessé. Cherchez l’erreur.

Quand arrêterez vous de flinguer cette arme qui est un progrès considérable pour les policiers et aussi pour les interpellés.

Pierre

FLASH-BALL ET TASER JE DIS OUI !!
bosco | 20 novembre 2006 |
lorsqu’un policier est victime d’une agression ou qu’il tombe sous les balles,on dit : « ho le pauvre mais ce sont les risques du métier » Lorsque l’auteur d’un crime ou d’un délit est bléssé ou tué par un policier, on se demande si les droits de l’homme n’ont pas été bafoués. Mais ou va t’on ? La mort d’un homme n’est jamais réjouissante, même pour l’auteur d’un crime ou d’un délit mais pour lui aussi ce sont les risques du métier. Et si des fabricants d’armes mettent tout en oeuvre pour fabriquer des outils non léthales ou dont la léthalité est dimunée, tant mieux !!! FLASH-BALL ET TASER SONT DANS UN BATEAU
danysan | 17 octobre 2006 | USA : Renewed call for suspension as taser-related deaths pass 150 mark
En attendant cette arme est supposée avoir causée plus de 150 morts aux USA selon amnesty international. Peut être est ce justement parce que tout le monde la prétend non violente que son danger est sous estimé… Son apparence de jouet à conduit à de nombreux débordements aux US. (tasages multiples, tasage lors de controles de routines sur des cibles non menaçantes..) Une chose est clairement affirmée par les mèdecins, un tel choc peut entrainer des lésions cérébrales ou des dégats au muscle cardiaque. FLASH-BALL ET TASER SONT DANS UN BATEAU
fgar | 24 juin 2006 |
3 remarques au sujet de votre article :
- Le taser est utilisé pour maîtriser des délinquants dangereux, qui n’ont aucune intention de se laisser prendre sans réagir. En l’espèce, il ne remplace pas la matraque, mais l’arme de service du policier, qui, à l’usage, ferait beaucoup plus de dégâts (blessures, infirmités, voire mort…). Le taser, lui, permet l’interpellation sans que le flic ou le voyou ne soit blessé. Une seule décharge suffit à passer les menottes « en douceur ». Certes, la dite décharge n’est sans doute pas agréable à recevoir, mais il vaut mieux celà que des blessures physiques infligées d’un côté ou de l’autre… Il est en outre moins léthal que le flash-ball, qui, lui, peut provoquer d’importantes blessures, surtout s’il est utilisé à bout portant…
- Tous les procès intentés aux USA ou au Canada contre le taser et ses effets ont été pour l’instant perdus. A moins d’être de mauvaise foi et de considérer que cette société a corrompu tous les juges…
- Un « mouchard » (petite caméra avec enregistrement de tous les tirs) est intégrée dans tous les tasers ; si un flic vicieux voulait s’amuser à utiliser cette arme de manière abusive, celui-ci en serait une preuve éventuelle… Car il faut rappeler qu’un seul coup suffit à arrêter la pire des brutes. En résumé, vive le taser ! P.S : je n’ai aucun rapport de près ou de loin avec cette société !
 

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