Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°029
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°029


MA CABANE PAS AU CANADA

PAVILLON PIRATE

Mis à jour le :15 janvier 2006. Auteur : Sébastien Dubost.

Le drapeau noir à tête de mort flottait depuis deux mois sur le Vieux-Port de Marseille. Black Cloud, fier cotre de sept mètres amarré sauvagement sur le quai des Belges, attirait le regard et les questions des passants. Son équipage, Corto et Anouk, vivait à bord depuis des lunes. Un panneau annonçait le but de la course : livrer deux groupes électrogènes auto-financés à un village de Casamance.

« Notre seul sponsor est votre générosité », disait en substance la pancarte au-dessus de la caisse. Rendez-vous fut pris avec le maître à bord. Marin libertaire, autodidacte sauvé par la mer après quelques passages en cabane (pas celle de cette chronique, l’autre…), Corto, ex-braqueur et ancien toxicomane à la quarantaine agile, a passé dix ans de navigation avec ex-femme et petite fille chérie Axelle avant une rupture douloureuse. « J’ai travaillé de 13 à 23 ans, pour des salaires et dans des conditions de misère. J’ai attaqué des magasins, j’ai connu la prison. Pas question que je revienne dans ce système de merde. Il me reste mon bateau et ma liberté. » Anouk l’a rejoint à bord et dans sa vie : « J’ai commencé punk, maintenant je suis pirate. »

Un copain leur avait parlé des conditions de vie en Casamance, d’un village de neuf cents âmes, Siendiem, à 70 kilomètres de Ziguinchor, capitale de cette région méridionale du Sénégal. Absence d’électricité, peu d’accès aux soins… Ils décident de filer un coup de main, ne cherchant d’autres subventions que celles des passants touchés par leur démarche. Anouk : « J’ai pris le nom de tous les gens qui se sont arrêtés pour discuter, qui ont donné une pièce, pour montrer qu’on n’est pas que deux : on est nombreux, on est plein. » Ces deux mois de manche sur le port leur ont permis de manger sans toucher à leur RMI. Des amis ont donné qui le moteur, réparé par Corto, qui la grand-voile, recousue à la main. « On vit simplement, on refuse de payer pour des choses qui ne collent pas avec notre vie. Alors on fait énormément les poubelles. »

Tandis que nous discutons, un technicien de théâtre en tournée à Marseille s’arrête et propose des drisses et deux lampes frontales. Une jeune fille offre une bouteille de pastis ainsi que le butin d’une collecte de médicaments. Un chauffeur de bus a donné son vieux matériel de plongée, une association, des antirétroviraux. « L’humanitaire, c’est filer un coup de main à des gens, en toute liberté de donner et de recevoir. Ici, on nous aide, là-bas, on va en aider d’autres. Mais si le mec à qui je file mes groupes électro les veut pas, qu’il aille se faire foutre ! » Ainsi, grâce aux dons et récupérations de matériels divers, aux astuces et bricolages de l’équipage, Black Cloud a belle figure. Il a son régulateur d’allure « fabriqué maison », son bout-dehors « qui l’a fait passer de sloop à cotre », un compas électronique. Taquets, bloqueurs, winches sont en place. Deux étais ont été rajoutés à l’avant « pour le près serré ». Il a été repeint, aménagé. Le confort est sommaire mais suffisant pour affronter la route qui doit le mener de Marseille à l’embouchure du fleuve Sénégal, via Madère, les Canaries, le Cap-Vert et Dakar.

« Y a rien à pirater à part la connerie du monde, dit Corto, les gens du port nous ont coupé l’eau et voulaient qu’on dégage ou qu’on paye. Mais pour un marin, un port sera toujours un abri, gratuit. » Et ces deux groupes électrogènes de 2000 et 650 Watts ? « Justement, on les a payés avec notre RMI. Quand l’assistante sociale l’a appris, elle m’a dit : “Je vais le signaler, le RMI ne sert pas à cela !” Alors, prendre des tabassées en bateau, je veux bien, mais pas par des connards… On part dans trois jours. »

Pour suivre les aventures de Black Cloud : http://blackcloud.blog.expedia.fr/


Fortune de mer

Black Cloud et son vaillant équipage vont repartir de Barcelone après une violente tempête qui a failli les perdre corps et biens. Réparations de fortune de Captain Corto et esprit d’équipiers ont retapé le navire et soigné les bleus à l’âme et au corps. Bon vent !

Article publié dans le n° 29 de CQFD, décembre 2005.






>Réagir<

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |