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CQFD N°029


CARTE POSTALE

LE SOVIET DE BARROS BLANCOS

Mis à jour le :15 janvier 2006. Auteur : Christophe Goby.


L’URUGUAY, c’est le nom d’un pays inventé pour faire un point, un seul, au jeu du Bac à la lettre « U », parce que sinon il est tellement petit, presque écrasé sous le cul du Brésil et rejeté à l’eau par les hanches de l’Argentine, qu’on l’oublierait - à moins d’avoir parcouru ce vieil ouvrage poussiéreux sur les Tupamaros d’Alain Labrousse. Comme leurs voisins argentins et chiliens, ses habitants ont eu l’honneur de connaître quelques années de dictature sud-américaine : arrestation, détention, et hop, disparition ! Envolés les suspects, avec des vols petits courriers survolant la mer et larguant leur cargaison aux requins ! Eduardo Galeano, l’un des écrivains majeurs de ce pays, sait raconter les bouts de mains flottant sur l’onde du Rio de la Plata. Plus récemment, en mars 2005, un candidat de gauche (tendance Lula-Strauss-Kahn) l’a emporté pour la première fois. On peut supposer que les contrecoups de la crise argentine ressentis en Uruguay ont influencé les électeurs. L’Amérique du Sud prend un virage libéro-socialiste derrière Chavez et Maradona qui, lui, était avant-centre !

Un des phénomènes les plus remarquables des dix dernières années dans un pays autrefois modèle économique est l’apparition puis l’extension des bidonvilles, les « asentamientos ». À Montevideo, un habitant sur cinq vit sur des terrains illégaux. Après y avoir construit avec les moyens du bord des habitats précaires, beaucoup ont commencé à revendiquer l’accès à l’eau, à l’électricité, aux routes et à la scolarité pour leurs enfants. C’est dans l’un de ces bidonvilles que je me suis rendu : celui de Barros Blancos, où j’ai eu la surprise de rencontrer un conseil municipal informel. Quelques-uns de ses membres appartenaient à la IVe Internationale (comme quoi !) et réalisaient là, aussi simplement que possible, un soviet, je veux dire une assemblée directe où tous les habitants sont conviés à venir se présenter, à discuter et à engager des projets en commun. Mais si un projet voit le jour, c’est à la seule condition que des bras s’y mettent. Hector, un des membres du conseil, m’explique que les choses avancent lentement, mais sur un chantier d’évacuation des eaux, je suis épaté par le travail accompli en une seule journée et sans une seule machine. Le quartier connaît peu de problèmes de délinquance et l’absence de la police ne pose donc pas de souci majeur. Ne dit-on pas de l’autre côté du Rio de la Plata qu’un flic argentin est la pire pourriture découverte à ce jour !

L’investissement n’est pas à la mesure des besoins : dans un autre bidonville, une petite dizaine de personnes s’activent collectivement à la construction d’une polyclinique en terre végétale sous la conduite de l’architecte José Luis Mazzeo. Ce sont essentiellement des femmes qui manient la brouette ce jour-là. Ce qui frappe le visiteur un peu benêt comme moi, c’est de voir à la fois autant de maisons vides dans la capitale et autant de gens contraints de se construire un abri avec de la tôle et des débris de bois. Le comte de Lautréamont, natif de Montevideo, avait déjà protesté dans ses « Mathématiques sévères » : une maison n’égale pas cinq locataires mais un propriétaire ! La raison en est aussi cruellement absurde que l’économie du FMI : force reste à la propriété privée. Même pour louer un petit bien, il faut le garantir d’une attestation de propriété ! Comme quoi l’économie est basée sur la confiance, une valeur à géométrie variable…

Article publié dans le n° 29 de CQFD, décembre 2005.






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