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CQFD N°030


LES VIEUX DOSSIERS D’ANATOLE

LES RUSSKOFS DE 17

Mis à jour le :15 janvier 2006. Auteur : Anatole Istria.


Les moins de cent cinq ans ont peu de chance de se souvenir de l’effroyable abattoir humain qu’a été la guerre 14-18. À l’époque, les soldats eux-mêmes ont dû s’interroger sur les causes réelles de cet enfer, alors que les entrailles de leur voisin de tranchées leur éclaboussaient le visage. Des intellectuels socialistes, des anarchistes même, se sont convertis au patriotisme guerrier et ont appelé de leurs voeux à une victoire de la France des Lumières contre l’obscurantisme des autocraties d’Europe centrale.

Probablement pour d’autres raisons, la Russie tsariste est alliée avec la France et envoie un corps expéditionnaire russe de plus de 40 000 hommes sur le front français. Ces soldats sont choisis parmi les fortes têtes, les ex-grévistes, les moujiks aux dents du bonheur… Maltraités, méprisés par les officiers, mal nourris, les coups de schlague pleuvent sur leurs braves dos slaves. Fin 1916, les offensives redoublent de violence. Le commandement du général Nivelle envoie les gars au casse-pipe (de 40 à 80 % de pertes). Mi-avril 1917, les mutineries touchent l’armée française. Pétain fait fusiller pour l’exemple. En Russie, la donne a changé. Le Tsar a abdiqué. Des soviets se créent partout, y compris chez les soldats russes en France pour qui la chute de Nicolas II signifie aussi la fin de la guerre. Mais le gouvernement provisoire de Kerenski joue la guerre contre la révolution. Durant l’été 1917, 10 000 soldats russes sont parqués au camp de la Courtine sur le plateau de Millevaches, pour éviter que leur antimilitarisme ne « gangrène les esprits ». Les soldats abandonnent la discipline et « leur devoir militaire » et réclament leur rapatriement en Russie. Affamés et encerclés par les troupes françaises, les mutins sont pilonnés par l’artillerie durant trois jours. Au 19 septembre, la répression a fait une centaine de morts. De nos jours, le camp de la Courtine se visite mais inutile d’y chercher une plaque commémorative de cet événement.

Alors que la révolution d’octobre éclate en Russie, le corps expéditionnaire russe va servir d’otage pour le gouvernement français. On impose le choix entre les compagnies de travailleurs « volontaires » en France, l’incorporation à la Légion ou la déportation en Algérie. 5 000 optent pour la première solution et se voient contraints à un travail agricole ou en usine payé au lance-pierre, plus de quatorze heures par jour. Pour les 4 500 réfractaires, la déportation en Algérie n’a rien d’une sinécure. Le gouvernement français craint par-dessus tout la propagation de l’esprit révolutionnaire parmi les indigènes. Enfermés dans des camps dans des régions «  peu peuplées », soumis à un régime disciplinaire « sévère », ils servent ensuite de maind’oeuvre coloniale dans des conditions de quasi-esclavage.

De fait, les soldats russes retirent de leur séjour en France et en Algérie une impression mitigée de la République. Certains témoignent : « le peuple [d’Algérie] vit plus mal que nous vivions sous Nicolas II » ; « la liberté française est une liberté bourgeoise, car on ne voit que des gendarmes », etc. Encore du mauvais esprit contre « le rôle positif de la France dans les colonies » et « la mission difficile des forces de l’ordre », me direz-vous. Les soldats russes vont attendre dans l’indifférence générale (socialistes compris) jusqu’à fin 1919, début 1920 pour être enfin rapatriés. On ignore quelles désillusions ont pu connaître ces soldats russes de retour dans leur pays rongé par la guerre civile et en proie à une bureaucratie sans partage. Mais ceci est une autre histoire.

Sources : Rémi Adam, Histoire des soldats russes en France, 1915-1920, « Chemins de la mémoire », L’Harmattan, 1996

Article publié dans le n° 30 de CQFD, janvier 2006.






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LES RUSSKOFS DE 17
combaud suzanne née popoff | 20 mars 2007 |
mon père, sous-officier du corps expéditionnaire russe, a survécu à la guerre 14-18. Son régiment a été cantonné sur la côte d’ azur et il a quitté celui-ci pour suivre un ami à Nantes. il a fait sa vie en France et a obtenu la nationalité française en 1945, en reconnaissance de la France pour sa participation au maquis de la Vienne en 39-45. Il est né le 22 /11/1897 à Tambov ( Russie) et est mort à Nantes le 26/07/1986. Il laisse derrière lui une descendance de 67 personnes. merci de me donner des informations s’il reste en France des Russes qui ont connu un destin similiaire. email : popoff1@tiscali.fr
 

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