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CQFD N°030


LA POLICE NE FAISAIT QUE SON TRAVAIL

PALME D’OR AU FESTIVAL DES COGNES

Mis à jour le :15 janvier 2006. Auteur : Lou Ana.

Il y a deux ans, au festival de Cannes, la police tabassait avec fracas des chômeurs et intermittents en lutte. Blessé, Tomaso a porté plainte. Mais « les tribunaux sont faits pour juger les gens malhonnêtes », pas les matraqueurs, comme vient de le rappeler le procureur.

DANS LE MONDE, il y fatalement les bons et les méchants. Les premiers se reconnaissent à leur matraque, les seconds à leurs ecchymoses. C’est cette rassurante vision du monde que la justice a confirmé le 16 novembre dernier en relaxant l’officier de police Pierre Bouhelier, poursuivi pour violences volontaires sur Tomaso De Giorgio, un militant marseillais d’Agir contre le chômage (AC !) qui avait osé soutenir le mouvement des intermittents du spectacle. C’était lors du festival de Cannes 2004. Alors que les intermittents occupent le cinéma Star pour dénoncer le ratiboisage de leur assurance-chômage, Tomaso se fait pousser dignement dans le dos par Bouhelier, un policier - « performant, posé et réfléchi » comme dira son avocat. Tomaso tombe par terre - peut-être exprès, allez savoir, ces animaux-là sont si sournois. Pas de bol, au même moment se déroule une « bousculade » tout à côté d’une voiture de police, sur laquelle Tomaso se fracasse le nez et la tête après avoir « malencontreusement glissé », selon le policier. Une version inattaquable. Bouhelier n’est-il pas décrit par ses supérieurs comme un ange de vertu ayant « un parcours remarquable et faisant un travail toujours sérieux et de qualité, en obtenant toutes les félicitations pour ses interpellations dans le domaine du trafic de stupéfiants » ? Un vrai modèle pour tous les adeptes du Karcher républicain. C’est d’ailleurs pour poursuivre ce « travail de qualité » que Bouhelier et cinq de ses collègues, en civil et sans brassard, pénètrent dans le cinéma Star pour taper à grands coups de matraque sur les manifestants, provoquant une panique qui prouve bien que ces gens-là n’avaient pas la conscience tranquille. Est-ce la faute de la police si, dans ce frotti-frotta, se trouvaient aussi quelques journalistes ? Résultat, en plus du nez cassé de Tomaso et de quelques dizaines de crânes intermittents diversement cabossés : un caméraman de France 3 tabassé (huit points de suture), deux correspondants AFP et LCI molestés, trois cinéastes indépendants bousculés… Et même un patron de presse norvégien en état de choc. Ce dernier avait eu la mauvaise idée de prendre en photo le cordon de flics qui barrait les manifestants. Le flash a déclenché l’assaut d’une bonne trentaine de CRS, qui lui ont fondu dessus comme la foudre. « La police française est fasciste ! », se serait exclamé ce calomniateur en se relevant, avant de promettre d’en causer partout en Europe du Nord. Heureusement qu’il habite loin !

Pendant ce temps, tout est calme sur la Croisette. Les bonnes gens et les artistes (les vrais, pas les provocateurs) peuvent continuer tranquilles leur promenette. Eux ne se feront pas attaquer par « des groupuscules qui défendent une idéologie et qui n’ont rien à voir avec la manifestation », comme dira l’avocat de Bouhelier, en parlant non pas de la police mais de ses victimes. Un an et demi plus tard, Bouhelier comparaît seul au tribunal correctionnel de Grasse. Les dizaines d’autres CRS et policiers qui l’ont assisté dans son héroïque intervention ne sont pas même mentionnés. Pourtant ils ont bien fait leur boulot, eux aussi, obéissant comme il se doit aux ordres du commissaire André Trouvé, patron des flics cannois, qui leur avait dit « on a ce qu’il faut » avant de sonner l’assaut. À l’audience, Tomaso se retrouve habillé pour l’hiver : c’est un - « porteur de drapeau noir », un propagateur de chienlit. Certes, son nez cassé et ses huit points de suture lui ont valu un arrêt de huit jours, mais « ça n’a été sérieux que pendant deux jours », relativise le procureur. Au fond, dit-il, tout ça a été beaucoup plus « spectaculaire que grave ». Et pour parer aux mauvaises langues, tentées de voir dans la relaxe de Bouhelier une énième preuve de l’impunité policière, le procureur sort l’argument massue : « Il y a peu de policiers poursuivis par les tribunaux car les tribunaux sont faits pour juger les gens malhonnêtes. » Les méchants sont malhonnêtes et les bons sont policiers, CQFD. Et puisqu’on ne poursuit pas les honnêtes gens, qui s’aviserait de les condamner ? « De toute façon, c’est toujours eux qui gagnent avec ces procès injustes et détournés », lâche Tomaso, qui compte quand même faire appel.

Article publié dans le n° 30 de CQFD, janvier 2006.






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