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CQFD N°030


MARAIS ÉLECTORAL

RICOCHETS DANS LA DÉMOCRATIE LOCALE

Mis à jour le :15 janvier 2006. Auteur : Gilles Lucas.


Le 20 avril 2005, lors de la visite de son altesse royale le Prince Soulivong Savang du Laos à Ozoir-la-Ferrière, petite commune de la grande banlieue parisienne, le Maire s’est fendu d’un discours émouvant : « J’ai encore le souvenir d’un Laos où les hommes et les femmes bénéficiaient des libertés essentielles. Mais depuis 1975 et la chute du Royaume,[…] les libertés ont dû laisser place au totalitarisme et à l’oppression du peuple.[…] Aujourd’hui les choses changent dans le monde et les régimes communistes tombent les uns après les autres. Regardez ce qu’il reste de l’ancienne URSS : des pays qui retrouvent petit à petit leur indépendance et leurs libertés. »

Jean-François Oneto, lui, n’a rien d’un autocrate. Dès son arrivée à la mairie, il a viré l’équipe qui éditait le journal local, jusqu’alors subventionné par la mairie socialiste. C’est vrai, quoi ! puisque maintenant c’est lui qui paye, il n’y a pas de raison qu’il supporte une équipe qui ne chante pas la même chanson que lui. Alors, « mon adjointe et moi-même avons fait le choix de la professionnalisation. Nous avons donc retiré la réalisation de ce magazine à l’association qui en avait la charge… » L’association Parole d’Ozoir, évincée, décide de produire son propre journal, Ricochets. Une quarantaine de personnes se met à la tâche, réunit trois cents abonnés et quelques dizaines d’annonceurs locaux pour financer l’opération. Et l’équipe, composée entre autres de journalistes, se lance à l’aventure : une protestation par-ci contre le projet de céder le château-ferme de la commune à une école privée, quelques remarques sur des questions de voiries par-là, des commentaires acides sur des plans urbanistiques ou industriels, des chroniques sportives, des interviews de personnalités locales (dont la représentante du MEDEF), etc. Rien d’un brûlot, juste une parole publique ne dépendant pas du Commandement Général de la Communication mis en place par la mairie. Alors, « parce qu’il n’y a plus de place » et malgré la demande faite en temps et en heure, celle-ci refuse à Ricochets un stand à l’occasion de la fête locale des associations. Les membres de l’association imaginent une contre-offensive. À l’heure dite, le 10 septembre 2005, alors qu’au milieu de la fête monsieur Oneto parade et serre des mains, il se voit encerclé par une cinquantaine de personnes vêtues d’un T-shirt sur lequel est écrit : « Je lis Ricochets ». Et monsieur le maire, furieux, grimaçant un sourire figé, de se frayer un chemin tout en s’évertuant à toujours tourner le dos à cette farandole hilare de T-shirts.

Alors, d’où vient l’arrogance de ce pathétique calife local, démocratiquement élu ? Elle est inscrite dans la Constitution. Comme on dit, c’est la fonction qui crée l’organe, comme on disait en URSS. Et l’organe ça en impose à la plèbe, en démocratie comme sous un régime soviétique. Une fois élu, le maire concentre une somme de pouvoir que rien ne peut remettre en cause. Il faut attendre la prochaine élection, et voir se reproduire cette appropriation privative de l’autorité sanctifiée par « le suffrage populaire ». Le maire commet des erreurs ? Patience ! Il s’arroge quelques pouvoirs fantaisistes ? Patience ! Le conseil municipal entérine les décisions du petit potentat ? Patience encore. Et s’il vient à l’idée des administrés d’assister à un conseil municipal, ils feront figure de potiches silencieuses [1]. Que leur vienne l’envie d’intervenir, il sera fait appel aux forces de l’ordre pour rétablir la loi qui, une fois le bulletin mis dans l’urne, exclut les citoyens de toute critique pratique, de toute contre-proposition. L’élu est assis pour cinq années, les fesses bien calées sur cette victoire de la civilisation qu’est la démocratie vidée de tout débat. Et l’on peut ainsi voir confirmée cette ancestrale sentence industrielle : « Les petits égouts locaux font les grands barrages ».

Article publié dans le n° 30 de CQFD, janvier 2006,


[1] Article L 2121-17 et L 2121-18 du code des collectivités territoriales.





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