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CQFD N°030


RETOMBÉES DES ESSAIS NUCLÉAIRES EN POLYNÉSIE

MORUROA, 40 ANS APRES

Mis à jour le :15 janvier 2006. Auteur : François Maliet.

Quarante ans après les premiers essais nucléaires de Moruroa, un rapport révèle en détail l’ampleur des contaminations radioactives et le soin mis par la France pour les dissimuler aux populations. Aujourd’hui encore, l’État et l’armée s’opposent à toute tentative de déverrouiller le secret-défense.

DES CHAMPIGNONS NUCLÉAIRES on ne peut plus inoffensifs. Voilà, en substance, comment le gouvernement français présente les quarante et un essais atmosphériques menés entre 1966 et 1974 sur l’atoll de Moruroa, en Polynésie. Une version que le Centre de documentation et de recherche sur la paix et les conflits (CDRPC) de Lyon réfute en détail, documents officiels à l’appui. Il a déniché au printemps 2005 des papelards d’époque classés « secret » ou « confidentiel défense » relatifs aux deux premières campagnes de tirs de 1966 et 1967, analysant les retombées sur l’île habitée de Mangareva, proche de Moruroa. Avant même les premiers tirs,le rapport 2720 du Service mixte de sécurité radiologique, co-piloté par le CEA et l’armée, avançait qu’une « évacuation préventive des populations avant une explosion expérimentale est exclue pour des motifs politiques et psychologiques ». Mais, faisant fi de toute psychologie, les essais n’ont pas lésiné sur les retombées radioactives.

Celui du 2 juillet 1966 fut une belle réussite, qui aurait sa place dans les livres d’Histoire si les informations n’avaient pas été escamotées. Venu admirer le champignon nucléaire, le ministre des Dom Tom de l’époque, le général Pierre Billotte, a dû être évacué de toute urgence pour ne pas rapatrier un trop-plein de becquerels dans l’hémicycle. En revanche, la population locale a pu assister au spectacle sans contre-indication, à part l’interdiction de boulotter les poissons pour cause de ciguatera, maladie due à la poiscaille et à pas de chance. Les documents dévoilés par le CDRPC, notamment un rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) de 1998, apportent quelques précisions sur la contamination subie : dans les heures qui ont suivi le grand boum, la radioactivité au sol était 142 fois plus élevée que celle de la zone interdite de Tchernobyl. Quatre jours plus tard, les salades vendues dans le coin affichaient 185 fois l’activité normale d’un végétal. Mais que l’on se rassure ! L’atome français n’a rien de comparable à l’atome russe, de piètre qualité et allergisant de surcroît. Le docteur Million, du Service mixte de contrôle biologique, qui a effectué ces mesures après l’essai du 2 juillet, écrivait : « Il sera nécessaire de minimiser les chiffres réels de façon à ne pas perdre la confiance de la population qui se rendrait compte que quelque chose lui a été caché dès les premiers tirs. » Il préconisait éventuellement la distribution de tenues de protection, sans discrimination envers les autochtones, précisant que « les déguisements amuseraient sans doute les Mangareviens »… C’est sûr, organiser un carnaval est plus marrant que d’ingérer de l’iode radioactif : de récentes études démontrent que l’incidence du cancer de la thyroïde est quatre fois supérieure chez les Polynésiens que chez les Européens. Et que les Polynésiens français sont beaucoup plus atteints par cette maladie que leurs voisins d’Hawaï ou de la Nouvelle-Zélande. Encore un mauvais coup de la ciguatera…

Suite à la publication de ces documents, une commission d’enquête a vu le jour en Polynésie. Mais la Grande Muette ne semble toujours pas décidée à jacter : « Le ministère de la Défense ne répond pas aux courriers de la Commission d’enquête qui est une commission d’élus ! Le Haut Commissaire, qui représente l’État ici, a même déposé une requête judiciaire pour faire annuler la Commission d’enquête devant le tribunal administratif. Heureusement que la justice est lente, nous aurons fini avant que le tribunal ne se prononce », confie à CQFD Bruno Barrillot, du CDRPC, actuellement en Polynésie. Quant à Gaston Flosse, l’ancien président local et grand ami de Jacques Chirac, il a « refusé par écrit d’être auditionné par la Commission d’enquête, alors qu’il est un témoin très important puisqu’il était déjà présent à Mangareva le 2 juillet 1966, le jour du premier tir nucléaire en Polynésie. Son parti a refusé de siéger à la Commission d’enquête… » Malgré les mauvaises volontés flagrantes, Bruno Barrillot est en capacité d’affirmer que « pratiquement tous les essais aériens ont provoqué des retombées radioactives, non seulement aux alentours des points zéro mais sur l’ensemble de la Polynésie. Les informations publiques sur “la direction des vents” qui poussaient le “champignon” étaient fausses. Le discours officiel était que le nuage se dirigeait sagement dans la direction déterminée à l’avance par les météorologues, en contournant les îles habitées… » Les habitants, dit-il, sont « exaspérés d’apprendre aujourd’hui qu’ils ont reçu des doses radioactives très importantes alors qu’à l’époque les militaires et les ingénieurs du CEA leur disaient qu’il n’y avait pas de problème ». Certains, regroupés au sein de l’association Moruroa e tatou, demandent aujourd’hui réparation. « La Caisse de protection sociale, ajoute Barrillot, nous a assuré que la réponse pour la reconnaissance de maladie professionnelle pour la vingtaine d’anciens travailleurs polynésiens à Moruroa sera faite dans le courant du premier trimestre 2006. » Soit quarante ans après le premier essai. On avance lentement, mais on avance…

Article publié dans le n° 30 de CQFD, janvier 2006.






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MORUROA, 40 ANS APRES
| 8 octobre 2007 |
Bonjour J’y étais aussi et je corrobore tous les dires qui confirment notre état de méconnaissance de la réalité et des conséquences possibles sur nos santés . Il y a juste une petite erreur, le ministre qui s’est baigné dans le lagon, etait un secrétaire d’état qui s’appelait Fanton . je ne me rappelle pas de son prénom .Il avait fait une remarque concernant notre tenue - short, samara et rien sur tete . J’étais dans les transport ( le train ) . salut Gilbert MORUROA, 40 ANS APRES
dumy laurent | 24 février 2007 |
présent mois aussi à mururoa en juillet 1970 à bord de la locuste ( un grand bonjour à alain qui j’espere va me contacter) nous avons tous vécu avec des taux élevés de radiations à bord sans que personne ne nous informe du danger permanent, nous avons servi de cobayes . Quand je pense que pour le faire paraître le ministre de l’époque (debres) s’est baigné dans le lagon de muru quelle honte. MORUROA, 40 ANS APRES
alain | 28 mars 2006 |
etais present a moruroa de juillet 1970 a juillet 1971 a bord de la LOCUSTE la guinbare qui pausait les pontons pour accrocher les cables de suspente de la bombe et les cables de transmision des donnees lors de remontee des cables nous avons releve des taux de radiation tres important sur les treuils, les cables , le pont avant du bateau, et lors d’une revision machine a papeete nous avons releve un taux de radiation sur l’interieur des refrigerant d ’eau moteur
 

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