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CQFD N°030


CHRONIQUE DE GUERRE

NOUS PAS BOUGER !

Mis à jour le :15 janvier 2006. Auteur : P’ti Ju.


Le gouvernement l’a dit et il le fait : il ne transigera plus avec les sans-papiers. Il a promis 24 000 expulsions et vise à atteindre ce score avec obstination. À se demander même s’il ne va pas faire tilter la machine. Il n’y a qu’à voir les rafles de l’été dernier à Paris : quartiers bloqués, fouilles en règle de restaurants et de centres téléphoniques, arrestations en masse… Direction le centre de rétention. Des gens que nous côtoyons tous les jours vivent avec la peur du contrôle. La peur de perdre tout ce qu’ils ont pu construire ici.

C’est ce qui est arrivé à Nuhi Shala, albanais du Kosovo, alors qu’il faisait la queue à la gare Saint-Charles. La brigade l’a gaulé parce qu’elle a cru le voir loucher sur le code bancaire du voisin ! C’est vrai que c’est louche un Yougo qui achète un ticket. Le soir même, il est transféré au centre de rétention d’Arenc, puis jugé deux jours après (un dimanche !) Un arrêté de reconduite à la frontière lui est notifié. Mais ça ne s’arrête pas là : Nuhi ne bénéficie pas de l’assignation à résidence qui lui permettrait de récupérer ses affaires, et surtout de voir sa femme et ses trois enfants, dont le dernier est né en France. La raison évoquée par le juge ? « Il vit dans un appartement meublé »… Juridiquement, c’est du jamais vu et du pas très légal. Le jugement sera annulé le surlendemain par la cour d’appel d’Aix.

C’est louche un Yougo qui achète un ticket

Quelques jours après, la préfecture expulse le squat de la rue Fiocca, où certaines familles vivaient depuis cinq ans. Les seize familles avec enfants sont hébergées provisoirement dans un centre social des quartiers Nord. Les célibataires se retrouvent à la rue. Onze en centre de rétention. Douze familles - avec souvent un seul des parents en situation irrégulière - sont placées dans des hôtels où on les traite en gêneurs. Il a fallu se battre pour qu’un gérant distribue un petit déjeuner digne de ce nom, pourtant payé. Il ne donnait qu’un verre de lait ! Bien sûr, cette situation ne durera que jusqu’au 31 mars, date à laquelle la trêve hivernale (qui n’est qu’une tolérance de plus en plus désuète et non une loi) prend fin.

Heureusement, ces familles ne sont pas tout à fait seules face à l’administration. Les enfants scolarisés ont tissé des liens d’amitié. Les instits, les parents et de nombreux gamins se sont opposés aux expulsions. Ils ont suspendu des banderoles à l’entrée des écoles, fait signer des pétitions puis se sont invités à la préf’ en exigeant une régularisation immédiate. Le réseau Éducation Sans Frontière est un collectif informel qui vise à coordonner et impulser des groupes de soutien de ce genre. Il appelle les personnels de l’Éducation nationale à s’opposer à toute expulsion d’enfants scolarisés et à exiger leur régularisation. Quelques victoires ont été obtenues et le ministre y a répondu à sa manière par une circulaire : « Nous n’expulserons pas d’enfants scolarisés avant juin. » Et après ? Bonnes vacances !

Site : www.educationsansfrontieres.org
Contact Marseille : resf13[AT]no-log.org

Article publié dans le n° 30 de CQFD, janvier 2006.






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