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CQFD N°030


TOUT DOIT DISPARAÎTRE

GLOIRE À NOS AÏEUX !

Mis à jour le :15 janvier 2006. Auteur : Arthur.


C’EST UNE VIEILLE BLAGUE à la Coluche, mais elle est toujours d’actualité : savez-vous pourquoi Mitterrand a été enterré au cimetière de Jarnac ? Parce qu’il n’y avait plus de place au cimetière de Jencule ! Pourquoi à la mode, ce calembour ? Parce que les éditeurs ont décidé d’exploiter le dixième anniversaire de la mort de celui que l’on baptisait Dieu. On va donc bouffer du Mimi à tous les rateliers, de la télé à la radio en passant par les bouquins aux titres divers : « J’ai bien connu Mitterrand pour avoir marché dedans », « Tonton baisait comme un lapin, cinq minutes douche comprise », « Ma tante était l’amie de la cousine d’une maîtresse de Mitterrand », « Il lisait Chardonne dans le texte et sans dégueuler », « Je l’ai vu découper son jambon avec sa francisque à l’hôtel des Bains de Vichy », etc… Mais tout ça, c’est du réchauffé, de la marchandise à Fnac. Rien ne vaut le souvenir direct, recta in the baba et surtout gratos, sans retombées financières autres qu’une assiette de supions gratuite dans un bouge marseillais ! J’ai personnellement assisté à Longwy (pour un article dans Charlie Hebdo, le vrai, pas l’ersatz actuel, celui de 69-82) à un meeting ouvrier où Mitterrand faisait campagne en 1981. Rappelons le contexte : pour être élu, Mimi a besoin des voix du PC marchandées par Marchais sur les marches du marché (communiste). Ce grand bourgeois cultivé doit donc endosser le costard ouvriériste pour faire pleurer le dernier sidérurgiste. Voilà mon Mimi qui se pointe à la tribune et nous bonnit un discours enflammé, une harangue à faire honte à Jaurès et Lénine réunis : « À nous les damnés de la terre ! Vive l’internationale des opprimés ! Demain le lait prolétarien coulera dans les palais de la République grâce à vos voix éraillées par le rouquin qui coule dans vos veines exploitées ! Je suis là, mes camarades, votez et vous verrez : l’URSS, à côté de la France, sera un pays centriste. »

Les prolos estomaqués n’en croyaient pas leurs esgourdes : le voilà le sauveur tant attendu, le messie des corons. Et que je te chante l’hymne des gueux à pleins poumons siliconés : « C’est la lutte finale… » Le Mimi, debout à la tribune, n’en croyait pas ses oreilles. Je voyais nettement ses neurones danser la carmagnole. « Putain, se disait cet ancien avocat, je tiens une de ces bourres, je les ai eus, ces caves ! » Résultat impec : il était élu en mai suivant par le peuple de France. L’avocat avait fait acquitter la mue du capitalisme. Les cocos n’en sont pas revenus : défilé au Panthéon, gauche caviar en tête, que des fortunes et des bourges amidonnés, pas un seul damné de la terre dans le cortège, ça aurait fait tache. Et le programme de gouvernement, je te dis pas : les banquiers et les boursiers n’ont jamais engrangé tant de fric que sous la gauche de Mitterrand. Quand il est mort, ils pleuraient leurs quatorze ans de bonheur envolés. La gauche avait libéralisé le profit, privatisé à toute berzingue, inventé l’épouvantail Le Pen, creusé la fracture sociale et liquidé la classe ouvrière. Bon, d’accord, nous avons eu quelques joies : les rigolades des congrès socialos où l’on s’étripait à coups de motions empoisonnées, l’arrivée de quelques pointures comiques comme Jospin et Hollande, la révélation de Mazarine, les écoutes élyséennes des confessions de quelques courtisanes (Carole Bouquet, Plenel), les promenades littéraires dans les bouquineries de Saint-Germain, voire le suicide de Bérégovoy. Mais rien de bien consistant. De quoi faire un film rétro, rien de plus ! Finalement, faute de « changer la vie », slogan rimbaldien, Mitterrand aura surtout changé la vis du cercueil des pauvres qui l’avaient élu deux fois. Un malin. Né à droite et élevé par les Jésuites, il aura rejoint sa classe par la bande (à vérifier auprès de Cresson) car son appétit du pouvoir, de l’apparat, de la frime, dépassait de très loin ses convictions politiques. Il a par malheur couvé une pléthore de petits marquis, genre Lang ou Jospin, qui rêvent de lui succéder. Et ne parlons pas de Ségolène : il en aurait fait sa Pompadour. Le Roi est mort. Vivent les singes !

Article publié dans le n° 30 de CQFD, janvier 2006.






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