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CQFD N°031


CE QU’IL NE FAUT PAS DIRE

PAS DE BLASPHEME A L’ANPE

Mis à jour le :15 février 2006. Auteur : Nicolas Arraitz, Olivier Cyran.

Les Voltaire d’opérette ont rudement raison : les temps sont durs pour la liberté d’expression. Le 28 janvier, un conseiller ANPE de Saint-Nazaire était embarqué menottes aux poings pour avoir commenté sans tabous les incendies qui venaient de frapper plusieurs ANPE. Chômeurs et ceux qui les contrôlent : vos gueules !

EMPLOI : LA BELLE ANNÉE 2005, titre Le Figaro du 31 janvier 2006. Pendant ce temps, six ANPE brûlent à travers leur pays des merveilles et une autre demi-douzaine prend un coup de chaud. Sûrement qu’elles crament par autocombustion, à force de voir leur télex crépiter sous l’avalanche d’offres de CPE, CNE, CAE, CIE, RMA et contrats d’avenir qui menacent d’en finir avec les chômeurs - pardon, avec le chômage. On ne dira pas ici que les auteurs de ces incendies étaient peut-être mus par des griefs légitimes. Pour avoir énoncé ce blasphème, un agent ANPE de Saint-Nazaire s’est retrouvé foudroyé par une tornade bleue digne d’un grand criminel. En janvier, Christophe envoie un mail sur le forum d’un site de chômeurs (actuchomage) dans lequel il commente la flambée d’ANPE à travers la France : « J’informe les énervés qui crament les ANPE qu’il en reste encore, donc suivez le guide, ANPE de Saint- Nazaire : 18, bd Paul-Perrin. Qui sème la misère récolte la colère. Les mots ne sont jamais trop forts quand il s’agit de qualifier le traitement actuel des chômeurs. Dans la réalité d’une ANPE, vous assistez aux reprises de fins de stock, les gl2, gl3 (radiations), convocations. C’est comme une usine capitaliste avec des numéros de produits correspondant à des humains.[…] » Et c’est signé : « un conseiller dégoûté, énervé, agité, syndiqué mais souvent impuissant face à la gangrène néolibérale qui ronge notre monde. » Révulsé par ce message qu’il découvre par hasard, un internaute alsacien alerte les flics. Le 28 janvier, Christophe est menotté à son domicile, traîné au poste, collé en garde à vue pour 48 heures et mis en examen pour « provocation publique à la commission de destruction volontaire dangereuse pour le public ». Il doit pointer toutes les semaines chez les flics dans l’attente de son procès.

À CQFD, instruit par cette leçon, on n’incitera à rien. Au chômeur radié, on préconisera plutôt la voie pacifique : jouer à l’Euro-million, par exemple. Solliciter une entrevue avec le directeur de son ANPE. Envoyer une lettre de protestation au journal local, mendier à la sortie du bureau de poste, voter Ségolène Royal, « accomplir des actes positifs et répétés en vue de trouver un emploi ». Ce ne sont pas les recours démocratiques qui manquent, dans ce pays. Quoique… Récemment, le psychiatre australien Bruce Levin expliquait que la rébellion contre l’autorité était un signe de bonne santé psychique et le meilleur remède contre la dépression nerveuse - plus efficace et moins onéreux que les tranquillisants [1]. Alors il faut bien admettre l’hypothèse - pour une fois qu’on a la science avec nous ! - que les erroristes anti-précarité sont sains d’esprit. Et qu’ils font faire des économies à la Sécu. Un chômeur qui riposte, c’est une boîte d’antidépresseurs en moins. Les précaires qui ont occupé une ANPE de Lille le 7 février, ceux qui la veille ont envahi une ANPE de Paris, ou ceux qui ont mis le boxon chez Altedia (filiale d’Adecco spécialisée dans le conseil en plans sociaux et, depuis 2005, dans le placement des chômeurs), tous ceux-là démentent avec vigueur le diagnostic qui frappe les 7 millions de pauvres recensés en France [2]. En 1998, le Haut Comité de la santé publique notait en effet :« Les processus de précarisation s’accompagnent d’une souffrance psychique alliant mauvaise image de soi et sentiment d’inutilité sociale et peuvent conduire à une véritable dégradation de la santé. »

Or cette dégradation ne menace pas que les précaires : elle guette aussi leurs contrôleurs. « La pression est de plus en plus invivable, pour les chômeurs et pour nous, témoigne Sylvie Combes, conseillère ANPE à Arles et responsable syndicale CGT. La circulaire d’août dernier nous place en situation de flics. Les contrôles mensuels ? On ne pourra pas les tenir, même avec des embauches supplémentaires. Et ces embauches, on n’en veut pas : si c’est pour faire du flicage, à quoi bon ? L’ANPE est devenue l’instrument de la casse du Code du travail. Les gens en ont ras-le-bol, ils sont de plus en plus agressifs. Si ça continue on va tous péter les plombs. » Pour lâcher un peu de cette pression, Christophe a préféré envoyer un e-mail plutôt que de recourir à des solutions plus radicales. C’est plutôt bon signe pour son équilibre mental. Mais le magistrat qui l’a mis en examen n’est pas de cet avis. « On s’interroge sur la santé mentale de cette personne qui est conseiller ANPE depuis quinze ans et a des responsabilités syndicales », a déclaré le vice-procureur de Saint-Nazaire, qui ne doit pas être très familiarisé avec les bienfaits psychiques de l’insoumission. « Ce qui arrive à ce collègue est gravissime, réagit Sylvie Combes. On est tous sous le choc. Ils font un exemple pour nous intimider après notre grève du 24 janvier. D’accord, elle n’a été suivie que par 7% du personnel… Mais les liens qui commencent à se nouer entre conseillers ANPE et groupes de chômeurs inquiètent les autorités. Alors ils veulent tous nous intimider. Pour le moment, la direction de son agence attend de voir. Mais c’est sûr que professionnellement, Christophe est grillé. » Le proc l’a soumis à une expertise psychiatrique. Dans ce pays, c’est les gens raisonnables qui passent pour des dingues.


[1] Bruce Levin est l’auteur de Commonsense rebellion : taking back your life from drugs, shrinks, corporations and a world gone crazy (Continuum, 2003), non traduit en français. On peut entendre un résumé de ses thèses dans une interview accordée le 21 janvier dernier à une radio australienne indépendante, consultable sur http://www.radio4all.net

[2] Chiffre donné par l’Insee en 2001 dans son « Enquête sur les conditions de vie », selon laquelle 11 à 12 % de la population française vit avec moins de 650 euros par mois. Et depuis ?





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PAS DE BLASPHEME A L’ANPE
| 4 septembre 2006 |
je suis écoeurée par le comportement des délateurs , dénoncer une personne pour avoir donner son avis cela renvoie à de tristes souvenirs la gestapo. ke dire si l ’expression est interdite aujourd hui quand est il de demain cet homme ne méritait pas ça Soutien Christophe
klod06 | 11 mars 2006 |
Pour soutenir Christophe, on peut aller sur le site même où il s’est exprimé : www.actuchomage.org PAS DE BLASPHEME A L’ANPE
Julien | 7 mars 2006 |

J’ai une question :

A une conseillère de l’ANPE de Blagnac (agglo de Toulouse) à qui j’expliquai que je commencai en avoir assez d’accumuler depuis près de 10 ans des CDD, intérims et autres travaux saisonniers, elle m’a conseillé d’aller m’inscrire au… RMI.

C’est considéré comme un blasphème ????

Julien qui se tate entre l’alcoolisme et l’exil….

PAS DE BLASPHEME A L’ANPE
Virginie Lou | 24 février 2006 | Blasphème à l’ANPE
"provocation publique à la commission de destruction volontaire dangereuse pour le public », ça a un sens en langage de France ? Ou alors c’est du gloubiboulga spécial commissariat ? En ce cas, qui prépare le dico Français/ Commissariais ? Ça urge !!!! PAS DE BLASPHEME A L’ANPE
| 24 février 2006 |

Hey J’avais vaguement suivi cette affaire, et son développement me révulse (cool, je dois être en bonne forme, malgré des mois de chômage…) Existe-t-il un comité de soutien, un blog, quelque chose, qui permette d’apporter son soutien à ce syndicaliste persécuté ? de la chaleur humaine à défaut de justice ?

salut fraternel à toutes et tous

 

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