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CQFD N°031


JUSTICE SHOW

BURGAUD : VRAI COUPABLE, FAUX PROCES

Mis à jour le :15 février 2006. Auteur : Gilles Lucas.

Fascinant spectacle que la comparution du juge Burgaud devant la Commission parlementaire post-Outreau : un magistrat qui incarne la soumission à l’autorité, des députés stupéfaits de voir que les lois qu’ils votent ont des conséquences concrètes, une justice qui feint de découvrir qu’elle n’est pas toujours « humaine ».

IL EST LÀ EN HOMME GRIS, ce juge Burgaud, livide et tremblant. On l’imagine en d’autres temps, ce petit juge passé de l’arrogance omnipotente à la peur, appliquant la loi « sans avoir aucune idée arrêtée » - comme il dit - sur le fonctionnement de la justice, respectant à la lettre les consignes de sa hiérarchie, raflant ici et déportant là. Il ne présente aucune « méchanceté particulière », « ni quelque pathologie ou conviction idéologique  », « peut-être uniquement une extraordinaire superficialité », comme disait Hanna Arendt à propos d’un autre fonctionnaire appliqué, jugé en 1961 à Jérusalem. Évidemment, ce sinistre petit fonctionnaire n’est qu’un paravent. Les médias se sont régalés de racontars sordides. Les policiers ont insulté, maltraité, frappé. La hiérarchie judiciaire a entériné des procédures sans que ne soit clairement défini si elle a incité, modéré ou ignoré les délires du juge d’instruction.

Mais ce reality-show aura révélé autre chose que le dégoût, sentiment déjà largement partagé, sur ce qu’on appelle la justice. Les détentions expéditives, la présomption de culpabilité et l’impunité policière sont le résultat de politiques sécuritaires qui sont le terreau de mille abus de pouvoir à venir. Or ces lois dont ils découvrent les conséquences, ces mêmes députés de la commission parlementaire les ont votées. C’est à croire qu’ils ignoraient la réalité de leur justice. Pour le coup, ils peuvent en voir les larmes, le sang, la boue que d’ordinaire les magistrats remuent et provoquent, dans leur application zélée des instructions de la chancellerie. On n’ose les imaginer faisant amende honorable de leur hystérie sécuritaire, de la tolérance-zéro et de la construction compulsive de prisons…

Car si cette démocratie s’empresse soudain de déballer publiquement les désastres et la souffrance qu’elle engendre, autant ne pas s’arrêter en si bon chemin. À quand, afin « de comprendre les dysfonctionnements des institutions », l’audition du juge lyonnais qui balaie d’un revers de main un rapport de l’IGPN contre la BAC (voir LE JUGE DE TROP et JUSTICE SANS SURPRISE) et qui se réjouit d’avoir distribué des milliers d’années de prison ? Des patrons qui licencient sans vergogne ? Des responsables de l’Unedic qui affament les chômeurs par dizaines de milliers ? Du petit contrôleur local qui radie à tour de bras ? Des flics qui, couverts par les magistrats, insultent et tabassent ? La liste est longue et permettrait de voir autre chose à la télé que reportages et feuilletons célébrant policiers et magistrats. Reste que cette catharsismédiatique cache la forêt d’une justice qui punit toujours plus durement le faible. La publicité donnée au « désastre d’Outreau » serait la preuve de l’intégrité de l’organisation sociale, de ses dirigeants. Dorénavant leur bonne foi pourra difficilement être mise en cause. Il ne devrait plus y avoir d’erreurs judiciaires. Qu’on se le dise !

Article publié dans le n° 31 de CQFD, février 2006.






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