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CQFD N°031


PETIT OUTREAU À LA COUR D’APPEL DE LYON

LE JUGE DE TROP

Mis à jour le :15 février 2006. Auteur : François Maliet.

Surprise au tribunal de Lyon : Virginie, 19 ans, accusée de rébellion lors de son passage à tabac par la BAC, est relaxée en première instance, tandis que les flics se font tancer par le tribunal. Une inversion des rôles insupportable pour la cour d’appel du juge Finidori, qui vole aux secours des nervis de Sarkozy.

ENGONCÉE DANS SA VESTE KAKI, les cheveux remontés sur la tête, une boucle tarabiscotée à l’oreille et clope au bec, Virginie semble un peu flippée. Quelques amis sont venus la soutenir, arborant l’un piercing, l’autre dreadlocks. « Si mes enfants revenaient comme ça à la maison… », ricane une avocate emmaillotée dans sa très officielle robe noire. Du soutien, Virginie en a bien besoin : ce 19 janvier 2006, elle passe devant la quatrième chambre de la cour d’appel de Lyon, présidée par le juge Grégoire Finidori, plus connu sous le sobriquet de Fini-de-rire. Sa réputation de juge tape-dur est si établie dans la capitale des Gaules que beaucoup renoncent à faire appel. Prison avec sursis en première instance ? Finidori optera pour du ferme. Un séjour à l’ombre d’ores et déjà réservé ? Il le revoit à la hausse, multipliant volontiers par trois ou quatre la peine initiale. Il peut aussi se montrer coulant, à condition que le justiciable porte uniforme et arme de service : en 1990, Finidori relaxait le policier impliqué dans la mort d’un jeune à Vaulx-en-Velin. À l’heure où le fiasco d’Outreau met en lumière l’incurie de la magistrature, Fini-de-rire continue de brandir l’épée plutôt que la balance. Sans complexe, il affirmait en novembre 2005 dans La Tribune de Lyon : « Je fais mon devoir et je ne cherche pas à me corriger. » Il préfère corriger ses semblables à coups d’années de taule.

Quelle abomination a donc pu commettre Virginie pour comparaître devant ce père fouettard ? Le 30 avril 2005, en marge d’une manif’« contre toutes les frontières », des erroristes jettent des pierres sur un poste de police. La BAC reçoit leur signalement, notamment celui d’une jeune fille vêtue d’un sweet noir à capuche. Dans un défilé « d’anarchistes libertaires », comme le qualifie l’assesseur de Finidori, on doit trouver autant de sweets noirs à capuche que de petits pois dans une conserve Daucy. Peu importe, les flics jurent avoir identifié Virginie. Pour neutraliser la jeune fille de 19 ans, ils s’y mettent à trois ou quatre en usant de coups de pieds et de Taser, le fameux flingue à décharge électrique. S’ensuivent 48 heures de garde à vue, une comparution immédiate repoussée et vingt-deux jours de détention provisoire… Accusée de « rébellion, tentative de vol de l’arme de service et incitation à la rébellion », elle passe en procès début juillet. « En première instance, le tribunal a posé deux questions à Virginie et puis s’est occupé de la BAC », explique à CQFD Stéphanie Zahnd-Cartier, une des deux avocates de la jeune fille. S’appuyant sur le rapport de l’IGPN, la police des polices, ainsi que sur des photos et vidéos prises par des témoins de la scène, le président du tribunal s’énerve contre les forces de l’ordre : « Vous vous rendez compte que vous avez fait deux faux procès-verbaux ?  » Pour une fois, la version policière est taillée en pièces. Virginie est relaxée avec les « sincères regrets » du président. Révulsés par ce camouflet, les flics et le parquet font appel.

Voilà Virginie devant le grand inquisiteur Finidori. Sans se démonter, elle donne sa version des faits, corroborée par les pièces présentées en première instance. « J’ai vu un gars au sol se prendre des coups de bâton. Je me suis interposée pour éviter que ça se batte », explique-t-elle. Les bastonneurs l’ont alors appréhendée et « traînée sur le sol ». C’est seulement une fois menottée qu’elle a pris connaissance de la qualité de ses agresseurs. Benoît Perrin, témoin du pugilat, confirme à CQFD : « Les gars ne portaient pas de brassard. J’étais à quelques mètres et je n’ai compris qu’au bout de plusieurs minutes qu’il s’agissait de policiers. » Virginie nie avoir crié « Cassez la gueule aux flics ! » et récuse l’extravagante accusation selon laquelle elle aurait tenté de voler son arme de service à l’un des trois ou quatre nervis qui la brutalisaient. Elle dit en revanche avoir eu « tellement peur ». De son côté, Gabriel Versini, l’avocat des cognes, n’a peur de rien : « Il y a des failles dans ce dossier et le travail effectué par l’IGPN est squelettique », déclame-t-il, péremptoire. Pour convaincre les juges, il n’hésite pas à mettre son immense honneur en jeu :« Je défends la police nationale depuis dix ans, et je ne défendrai jamais des policiers ayant commis des violences illégitimes ou des faux en écriture. Ils n’ont pu commettre une telle bévue !  » Inconcevable, en effet…

L’intervention du procureur est du même acabit. Il ne souhaite pas « donner plus d’importance aux photos qu’à autre chose ». « Autre chose » étant la parole assermentée des BAC, puisque « les procès-verbaux sont des preuves jusqu’à preuve du contraire. » Ignorant les pièces fournies par la défense, il en conclut que « le délit de rébellion est parfaitement établi », conjecturant à propos de la victime que « ce n’est pas parce qu’elle est calme devant la Cour qu’elle était comme ça à l’époque. » Et de requérir une peine de prison assortie de sursis. Après la remarquable plaidoirie des avocates de Virginie, réfutant point par point l’accusation, Finidori conclut : « Le rendu sera le 23 février. » Sans sourire, mais en laissant deviner qu’il se frotte déjà les mains.

Article publié dans le n° 31 de CQFD, février 2006.






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LE JUGE DE TROP - bravo François !!!
Jul de Grenoble | 21 février 2006 | Un pas de côté : La Pompe Afrique

Salut François.

Dans ton article « Le juge de trop », d’ailleurs assez affligeant, merci la justice française… je pense que Lyon est la capitale des Gônes et non des Gaulles, non ???

Sinon je suis allé voir « La Pompe Afrique », pièce au sujet de l’affaire Elf jouée par Nicolas Lambert la semaine dernière à Grenoble : c’est trop bien : un très bon acteur qui arrive à vraiment expliquer comment ces chers dirigeants d’entreprises et nos chers élus nationaux arrivaient à manipuler des millions de francs sans soucis !! Je ne sais pas ou plus si vous avez déjà fait la promo de cette pièce dans CQFD mais il faut le faire je pense. D’une part parce que c’est tout à fait dans l’optique du journal de pousser des gens à aller voir ce genre de pièces, et d’autre part c’est sympa pour la troupe qui ne communique que par le bouche à oreille et par son site internet : www.unpasdecote.org/

A+

Jul

 

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