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CQFD N°031


CHRONIQUE DE GUERRE

CHOISIR SON JETABLE

Mis à jour le :15 février 2006. Auteur : Olivier Cyran.


Autrefois, les entreprises importaient de la main-d’oeuvre étrangère pour bâtir des super-marchés, des autoroutes et des tours HLM. Le plein de béton ayant été fait, et les pue-la-sueur devenus inutiles rangés avec leurs gosses dans ces mêmes tours qu’il s’agit à présent de détruire, les fédérations patronales veulent de la viande fraîche et hautement diplômée sachant programmer des jeux vidéo, shampouiner des chihuahuas et élaborer des crèmes anti rides. C’est ce que Villepin appelle « passer d’une immigration subie à une immigration choisie  », comme il l’a expliqué le 9 février en présentant un nouveau projet de loi Sarkozy sur l’immigration. La formule a fait un tabac. Immigration choisie ! Ça vous a un petit air de libre-arbitre et de self-service qui colle bien à l’air du temps. Un air pas bien frais au demeurant, sauf à considérer que Bouygues n’a jamais « choisi » les sans-papiers qui ont construit le stade de France. Ou que Peugeot-Talbot a « subi » les ouvriers qu’il recrutait au Maghreb à pleines pelletées. Ainsi tourne la roue de l’économie : les choisis d’hier sont les subis d’aujourd’hui.

« L’immigration peut avoir des effets bénéfiques pour notre économie si elle correspond à ses besoins, a souligné le Premier ministre. Or notre pays a surtout besoin de salariés moyennement ou hautement qualifiés.  » Par ici les scientifiques, les informaticiens, les fournisseurs de services à forte plus-value : une carte de séjour « capacités et talents » leur sera spécifiquement délivrée. Valable seulement le temps de leur contrat, bien sûr, car qui sait si les choisis d’aujourd’hui ne seront pas les subis de demain ? Qu’ils ne s’imaginent donc pas que leurs fameux diplômes les autoriseront à se hausser du col : « L’étranger qui perd son titre de travail perd son droit à rester en France, note Nathalie Ferré, la présidente du Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti). Cette disposition représente une pression considérable sur le salarié en question qui vivra dans une grande précarité. C’est ce que j’appelle de l’immigration jetable ou corvéable. » (interview au Figaro, 09/02/06)

Qui décidera du tri des torchons et des serviettes appelées à jouir de la douce précarité de France ? Le projet ne le précise pas, mais toutes sortes d’idées viennent spontanément à l’esprit : une commission paritaire Medef/CFDT, par exemple. Ou un logiciel interconnecté à l’ordinateur central de l’ANPE et au fichier de la police. Ou encore, façon Orwell, un secrétariat d’État à l’Égalité des Chances, des Compétences et des Talents. Pour Nathalie Ferré, « ce sont sûrement les fédérations patronales qui vont déterminer les secteurs qui nécessitent de la main-d’oeuvre étrangère. » Quant à savoir comment ce dispositif peut s’accorder au Code du travail, la question ne se pose plus guère. Au besoin, on « modernisera » un peu plus. Et les immigrés caducs, les non-rentables, les « subis » ? Ils subiront. Le nouveau projet de loi prévoit de les enfoncer plus loin dans les limbes du non-droit. Abrogée, la délivrance automatique d’un titre de séjour aux étrangers vivant en France depuis dix ans : ça fera des avions de plus à remplir. Durcies, les conditions du regroupement familial : il faudra répondre à des « critères d’intégration à la société ». Sans compter tous les pièges et tours de vaches accumulés par les cinq lois successives de ces dix dernières années. À force de serrer le boulon, on se demande comment le tour de vis tient encore.

Article publié dans le n° 31 de CQFD, février 2006.






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