Pour équiper sa prestigieuse Royal Air Force, la Grande-Bretagne a annoncé en janvier son intention d’acquérir des avions ravitailleurs auprès du géant européen de l’armement EADS, plutôt qu’auprès des habituels fournisseurs américains. Vu du sol, ça revient un peu au même quand les bombes dégringolent. N’empêche, c’est une belle avancée pour l’industrie de guerre du vieux continent. Ces contrats engendreront sûrement paix et prospérité, sans compter le travail qu’il fournira à « nos » ouvriers. A moins qu’avec la chute du billet vert, EADS ne se voie dans l’obligation de « développer [sa] base industrielle dans des zones dollar, aux Etats-Unis et dans les pays alliés de cette devise », comme l’annonçait début janvier dans Le Monde Philippe Camus, le président exécutif d’EADS. Rassurant, il précise qu’il ne s’agit nullement de délocaliser la production mais, nuance, de « localiser différemment les investissements futurs ». Finalement, le capitalisme, c’est pas si dur : on « investit » en Amérique du Sud pour fabriquer des armes que l’on revend à la Grande-Bretagne, qui bombarde l’Irak dans l’intérêt des Etats-Unis. Au moins, ça fait réviser sa géographie.
François Maliet
Publié dans le n°9 de CQFD, février 2004.