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CQFD N°031


POLLUTION DES EAUX :

CIRCULEZ, Y’A RIEN À BOIRE

Mis à jour le :15 février 2006. Auteur : Jean-Claude Leyraud.


Les viticulteurs de la plaine d’Orange, dans le Vaucluse, ont reçu en janvier un rapport aussi inquiétant qu’ubuesque. Menée par le Service régional de la protection des végétaux (SRPV, lié au ministère de l’Agriculture) et par la Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles (FREDON), l’étude porte sur la « contamination des eaux de la nappe de la plaine d’Orange par les produits de traitements vigne  ». Elle révèle que 70 % des échantillons prélevés sont non potables, voire grassement pollués. Les polluants proviennent essentiellement de désherbants chimiques, dont le glyphosate, matière active du fameux Roundup, dont la multinationale Monsanto vante la « biodégradabilité » à grands coups de pubs. De ce résultat désastreux, on pourrait croire que les scientifiques tireraient leçon pour préconiser des alternatives aux désherbants. Grossière erreur. Nos chercheurs constatent au contraire que « l’usage d’herbicides est déjà limité  », puisqu’ils n’arrosent que 35% des surfaces en vignes. Conclusion ? « La marge de manoeuvre possible pour restaurer la qualité de l’eau par la mise en place de mesures alternatives complémentaires sera limitée.  » Manière de dire qu’on ne fera rien pour inciter les agriculteurs à y aller mollo sur les désherbants : ils en déversent déjà si peu ! Certes, admet le rapport, « on peut supposer que si l’entretien du sol était réalisé par désherbage chimique sur plus des trois-quarts du vignoble, le bilan serait encore plus négatif.  » Mais ce n’est qu’une supposition… Précision en aparté : la plaine d’Orange est entièrement livrée à la monoculture industrielle de la vigne. Les parcelles étant contiguës, c’est bel et bien un tiers de la surface totale de la plaine qui absorbe les polluants chimiques, ce qui est loin d’être « limité ». À croire que ces chercheurs sont trop modestes pour prendre leurs propres chiffres aux sérieux. Ils préfèrent les minorer et les embrouiller, pour ne surtout pas avoir à tirer la sonnette d’alarme. C’est qu’il ne faut pas « culpabiliser les agriculteurs  », comme le confie un technicien de la FREDON. Faut pas non plus nuire aux intérêts des marchands de produits phytosanitaires. Ni remettre en question l’agriculture productiviste.

Et que se passe-t-il si on consomme cette eau imbuvable ? Allons, rien à craindre ! En effet, « dans le cas de la nappe alluviale de la plaine d’Orange, aucun point d’alimentation de la population en eau potable n’existe. Il n’y a donc pas d’obligations en terme de potabilité.  » Ouf ! On se disait aussi qu’une étude de ce type sur la nappe voisine de Bollène aurait fait mauvais effet auprès des clients de la SDEI, filiale de la Lyonnaise des Eaux, qui pompe dans cette réserve. « Néanmoins, ajoute sans rire le rapport, un grand nombre de particuliers utilise l’eau de la nappe pour sa consommation. Il est donc souhaitable que celle-ci reste conforme aux normes de potabilité. » Ne chipotons pas sur le « souhaitable  », ni sur le « conforme aux normes de potabilité », alors que l’étude montre précisément que l’eau ne l’est pas du tout, conforme. Ce qui serait souhaitable, pour le coup, c’est que les gens qui boivent cette flotte pleine de saloperies soient avertis au plus vite des risques qu’ils encourent et qu’ils fassent l’objet d’une étude épidémiologique. Mais qui se risquerait à une telle provocation ? Après tout, les particuliers n’ont qu’à s’abonner à la SDEI au lieu de resquiller et se fier aux jolies analyses qu’on leur fournit. À ce stade, on se demande à quoi sert au juste ce rapport. C’est pourtant simple. Comme ses auteurs l’expliquent dans une lettre aux viticulteurs, « l’objectif de cette étude n’est pas de mettre en avant une pollution ni d’en dénoncer les causes, mais bien de comprendre les multiples phénomènes qui entraînent une dégradation de la qualité des eaux de la nappe. » Comprendre, à la rigueur. Mais pas question de dénoncer ou mettre en avant : ça pourrait heurter la sensibilité des agriculteurs et des industriels.

Article publié dans le n° 31 de CQFD, février 2006.

Lire également les articles SALE ÉPOQUE POUR LES VERS DE TERRE et ANTHOLOGIE DE L’AGRICULTURE IRRAISONNEE parus dans le même numéro.






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