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CQFD N°031


MA CABANE PAS AU CANADA

LA MAISON EN TERRE DE WAYRA

Mis à jour le :15 février 2006. Auteur : Dorama.

Dans les faubourgs de Montevideo, en Uruguay, des femmes organisées en coopérative s’emploient à réhabiliter une alternative aux bidonvilles : l’habitat en terre cuite. Et ça marche.

Les constructions en terre ont mauvaise presse. Leur image de baraque pour pauvres ou de vestige condamné par le progrès s’est ancrée dans les esprits. Pourtant, on y vit mieux que dans un taudis ou un clapier. Alors que la construction « moderne » nécessite des matériaux industrialisés qui coûtent bonbon et polluent l’atmosphère, cet habitat réprouvé - qui représente quand même encore un tiers du logement dans le monde - offre à la fois une alternative écologique aux tôles et au béton et une option pas si bête pour échapper aux loyers exorbitants et aux proprios. Pour se loger en terre, au moins, pas besoin de fiches de paie…

En Uruguay,dans le nord-est de la périphérie de Montevideo, une dizaine de femmes issues de familles défavorisées s’emploient à réhabiliter cette architecture « primitive ». Dans l’idée de se fabriquer leur propre maison et de permettre aux habitants des asentamientos (bidonvilles) d’en faire autant, elles ont monté une coopérative, Wayra, pour enseigner et expérimenter diverses techniques de construction en terre. À deux bornes de l’arrêt de bus Progreso, un chemin conduit au terrain qu’elles occupent illégalement, comme la majorité des parcelles habitées dans ces quartiers. La plus jeune des membres du groupe, Leticia, 24 ans, me raconte comment elle a atterri là : « Pour vivre, je fabrique des bijoux, des jouets avec ce que je récupère et je jongle dans la rue. Mais c’est pas avec ça que je pourrai me payer un loyer. C’est pour ça que ce groupe de femmes m’a intéressée. Je me suis dit que la seule façon de s’en sortir était de construire soi-même sa maison. Et pour qu’elle dure, il faut bien apprendre ! Il y a une dynamique forte dans ce groupe et une très grande solidarité, ça fait du bien. Ça a commencé doucement, mais plus on avance, plus on se sent soudées. »

Leticia et ses copines se retrouvent là trois jours par semaine. Un petit abri en bois de récupération leur permet de stocker le matériel qu’on leur prête et de faire sécher les adobes (briques de terre crue) qu’elles fabriquent. Tout est partagé collectivement : le boulot, les repas, les projets en cours. Une fois par mois elles animent des ateliers ouverts au public où des invités extérieurs présentent leur savoir-faire. Elles font aussi des interventions dans différents quartiers de la capitale, histoire de se faire connaître et de montrer qu’il y a mieux et moins cher que les assemblages de tôles ou les sangsues du parc immobilier. Elles passent rarement inaperçues. En Uruguay, peu de gens sont ravis de l’endroit où ils habitent, d’où une curiosité croissante pour l’expérience de Wayra. Elles ont gagné un sacré pari, d’autant qu’en Amérique Latine, le monde de la construction est masculin à plus de 90 % et que les femmes n’y sont pas franchement les bienvenues. « Notre idée maintenant, conclut Leticia, c’est de proposer un système autoconstructif pour les asentamientos de Montevideo : pour que les gens puissent vivre dignement. »

Article publié dans le n° 31 de CQFD, février 2006.






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