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CQFD N°032


FAUX-AMIS

L’ADAPTATION

Mis à jour le :15 mars 2006. Auteur : Le bouledogue rouge.


Par une de ces coïncidences de calendrier qui griffent la marque d’une époque, le film du rappeur américain 50 Cent, Réussir ou mourir, a fait écho en France avec la campagne de marketing en faveur du Contrat première embauche. Même refrain ici et là : réussir ou mourir, s’adapter ou disparaître. « Dans un monde qui change très rapidement, il faut aller vite, être réactif, il faut s’adapter », scandait Villepin le 1er février devant le Salon des entrepreneurs. Du matin au soir, le même « flow » se répand sur les ondes et dans la presse, scratché en boucle par les DJ du hardcore social. « Il faudrait un certain pourcentage de personnel flexible pour pouvoir s’adapter rapidement à la charge », lâche le patron Jean Vaylet dans Le Dauphiné Libéré (07/02). « Le droit du travail doit s’adapter à la vitesse et à l’imprévisibilité de l’économie », renchérit dans L’Express (16/02) le nobliau Geoffroy Roux de Bézieux, président de l’association patronale Croissance Plus. « Il faut travailler pour avoir un emploi, puis bien bosser pour le garder ou en trouver un autre, opine un téléspectateur sur le forum du site Internet de France 2 (27/02). Cela ne s’appelle pas la sélection naturelle, mais l’exclusion compétitive. La Nature nous a appris que seuls ceux qui savent s’adapter réussissent et perdurent. »

Eh oui, il y va de la survie de l’espèce. Au temps des cavernes, il fallait chasser le mammouth pour passer l’hiver. À l’âge de la mondialisation, il faut ramer au jour le jour pour ne pas crever de faim. « Relever le défi », c’est admettre que la voracité économique est un phénomène aussi naturel que la météo des plages. En 2005, les entreprises du CAC 40 ont amassé un bénéfice net de 62 milliards d’euros, dont 24 milliards refilés aux actionnaires, soit 50 % de mieux qu’en 2004 (source : Les Échos). Avec ce magot, on pourrait doubler les revenus de cinq millions de smicards pendant un an, mais ce serait contre nature. La faute à qui si le soleil ne brille que pour les gros et s’il appartient aux pauvres de leur éponger le front ? Au demeurant, l’injonction faite à ceux-ci de s’adapter à ceux-là ne date pas d’hier. Vingt ans déjà que médias et politiques martèlent à l’unisson les vertus du darwinisme social. Réussir ou mourir, être précaire ou ne pas être. Il y a tout juste un an, la sénatrice PS de la Seine-et-Marne, Nicole Bricq, plaidait pour « l’adaptation des travailleurs » aux « mutations de l’économie ». C’était à l’occasion non pas du CPE mais du référendum sur la Constitution européenne. Indémodable, le vieux tube du marche-ou-crève se remixe à chaque saison.

50 Cent l’a bien compris. « Deviens riche ou meurs en essayant », clame le titre original de son film, jugé sans doute un peu trop villepinien par les distributeurs français. Le rappeur milliardaire, l’ex-zonard qui « s’en est sorti » en vendant du crack, n’a fait qu’élever d’un cran l’adaptation prônée par les marchés. Tant qu’à se soumettre à la tyrannie de la réussite, autant y aller à fond, par tous les moyens et en éliminant tout reliquat d’humanité. Récemment, un gang dit « des barbares » a montré jusqu’où pouvait aller l’adaptation à « un monde qui change très rapidement ». Même chose pour ce prof de tennis qui empoisonnait les adversaires de ses poulains. Inquiet, l’OCDE note dans son rapport 2005 que « le défi est de faire en sorte que l’ajustement qu’implique l’adaptation de la main-d’œuvre disponible aux emplois nouveaux s’opère sans heurts ». C’est tout le problème. Car pour éviter les « heurts » de la compétition globale, il n’y a au fond qu’un seul remède : rester foncièrement et obstinément inadaptable.

Publié dans CQFD n°32, mars 2006.






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