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CQFD N°032


DEVOIR DE MÉMOIRE EN LANGUEDOC-ROUSSILLON

LE MUSEE DES « SOUS-HOMMES »

Mis à jour le :15 mars 2006. Auteur : Yannick Seam.

Depuis quelques mois, Georges Frêche s’emploie à réactiver son vieux projet de musée à la gloire de l’Algérie française, des pieds-noirs et des harkis, ces mêmes harkis qu’il vient de traiter de « sous- hommes ». Oups !

GEORGES FRÊCHE dispose d’un atout en or pour se faire pardonner sa regrettable sortie sur les « sous-hommes » : un musée dédié à l’Algérie française. Promis depuis quinze ans, ce projet est un peu le grand oeuvre du Néron de la Septimanie (que certains persistent à appeler président du conseil régional du Languedoc-Roussillon). Un projet exaltant mais semé d’embûches. Au départ, le machin devait s’appeler « musée de l’Action civilisatrice de la France en Algérie ». La franchise étant mal récompensée, il a fallu le rebaptiser « musée de la Présence française en Algérie », puis « musée de l’Histoire de la France en Algérie ». Cette petite hypocrisie terminologique n’a pas suffi : l’automne dernier, la successeuse de Frêche à la mairie de Montpellier, Hélène Mandroux, pourtant « socialiste » comme lui, décidait de geler le projet, devenu embarrassant au moment où la gauche se mobilisait contre l’article de loi bénissant le rôle « positif » de la colonisation. Mais Frêche ne s’en laisse pas compter : « On va rendre hommage à ce que les Français ont fait là-bas », jurait-il le 15 novembre. Et les massacres dus à la colonisation, les centaines de milliers de morts ? Il laisse ça aux indigènes : « On ne va pas faire un musée de l’Histoire de l’Algérie, car c’est à Alger de le faire. »

Exit la mairie, Néron reprend le dossier en main. Pas question de perdre des voix chez les pieds-noirs et les harkis, seules communautés représentées au sein du comité de pilotage. « Ce sera un musée franco-français », claironne le président de la Maison des rapatriés, Roland Dessy. C’en est trop pour les historiens associés au projet, qui finiront tous par jeter l’éponge. Jacques Frémeaux, spécialiste de la colonisation à Paris IV, proteste : « Il s’agit, si possible,de bâtir une mémoire commune fondée sur un savoir scientifique et non de se complaire dans la nostalgie ou la remémoration d’une image fausse de l’Algérie. » À quoi Frêche rétorque, grand comme l’antique : « Rien à foutre des commentaires d’universitaires trous-du-cul. On les sifflera quand on les sollicitera. » Un mois plus tard, Frêche entonne en plein conseil régional l’hymne colonial de l’armée française d’Afrique, chaleureusement suivi par les élus FN. Le 11 février, il remet ça au Mas Drevon, un quartier pied-noir de Montpellier, en compagnie d’un Jack Lang imperturbable. Il s’agit de doubler la droite, qui le même jour organisait un rassemblement à Palavas-les-Flots pour consoler les nostalgiques de l’Algérie française, dépités par l’abrogation de « leur » loi. Dans ce charmant coin de France, c’est à qui cajolera le mieux l’esprit des colonies.

Patatras ! Frêche se prend les pieds dans son propre piège. C’est que, parmi les quatre-vingts harkis présents, certains sont fumasses : leur quartier, la cité de la Grappe, doit bientôt être rasé pour libérer de la place à la nouvelle mairie. À la tête des mécontents, Abdelkader Chebaiki, président d’une association de harkis emmaillotée dans le système clientéliste de Frêche. Apprenant que l’ingrat s’est rendu le matin même au raout UMP de Palavas au lieu de lui manger dans la main, le maître des lieux explose, rugit, s’étrangle : « Vous faites partie de ces harkis qui ont vocation à être cocus jusqu’à la fin des temps ! […] Je vous ai donné votre boulot de pompier, gardez-le, fermez votre gueule ! Gardez-le et fermez votre gueule ! Hein ! Je vous ai trouvé un emploi, et je suis bien remercié. […] Mais vous avez rien du tout, vous êtes des sous-hommes ! » On connaît la suite : un Jack Lang amnésique, un PS qui toussote, des indignations, des excuses, des poursuites. Mais à toute chose malheur est bon : en quelques secondes, Frêche aura fait plus pour la mémoire des colonies que tous les musées du monde.

Article publié dans le n° 32 de CQFD, mars 2006.






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