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CQFD N°032


LES VIEUX DOSSIERS D’IFFIK

COCHON CONTRE VAUTOUR

Mis à jour le :15 mars 2006. Auteur : Iffik Le Guen.


« Monsieur Vautour », voilà le nom d’oiseau que Georges Cochon, militant anarchiste, objecteur de conscience et rescapé des Bat’d’Af’, a donné aux proprios de son temps. Il faut bien dire qu’un peu avant la Grande Guerre, cette espèce s’engraisse sur le dos des prolétaires arrachés à leurs campagnes par la révolution industrielle. Les logements ouvriers sont plus rares que les concierges délateurs. À Paris, de 1907 à 1911, on en construit 2 500 alors que les prolos arrivent par wagons de 25 000 chaque année. Pire encore, dans la droite ligne des fabuleux comptes d’Haussmann, le nettoyage au karcher du ventre de Paris fait qu’en 1911, il y a 18 500 logements populaires de moins qu’en 1901. Ajouté à cela que le propriétaire peut augmenter les loyers et jeter les gens sur le pavé suivant son bon plaisir, on comprend que le populo ait quelques démangeaisons d’actions radicales.

Deux ans après que la République a octroyé la liberté syndicale en 1884, commençent les déménagements à la cloche de bois (sans paiement du terme) orchestrés tambour battant par la Ligue des Antipropriétaires dont il nous reste cette Chanson des Antiproprios (refrain) : « Un’, deux, trois/ Marquons l’pas/ Les chevaliers d’la cloch’de bois/ Un’, deux, trois/ Marquons l’pas/ C’est la terreur des bourgeois/ Serrons les rangs/ Et portons crânement/ Le gai drapeau/ Des antiproprios !  » En 1889, Pennelier crée le premier syndicat des locataires dont la tâche principale est d’organiser les déménagements clandestins des ouvriers sans le sou. Jean Breton dit Constant, ancien communard et artisan en grève de loyers lui emboîte le pas en 1910 avec l’Union syndicale des locataires ouvriers et employés qui revendiquent l’assainissement des logements insalubres par les proprios et l’insaisissabilité du mobilier tout en amplifiant les déménagements à la cloche de bois. Et enfin Cochon vint. Nommé à la tête de l’Union syndicale des locataires en 1911, il porte sur la place publique la question du logement : « Vous avez créé ces maisons, j’ai inventé les moyens de s’en servir.  » Accompagnés d’une fanfare charivaresque, le Raffut de la Saint-Polycarpe, Cochon exhibant une énorme cloche de bois, les membres du syndicat entassent les meubles et les frusques de la famille menacée d’expulsion dans une charrette à bras et partent gaiement à l’assaut des logements vides. Lui-même, retranché dans son « Fort Cochon », va livrer bataille une journée durant aux forces de police venues l’expulser en 1912. Soutenu par une partie de la presse, Cochon ne recule devant aucun défi aux pouvoirs en place. Deux jours avant sa propre expulsion, il occupe l’allée centrale du Jardin des Tuileries à l’aide de la première maison en kit confectionnée par des compagnons ouvriers. Juste devant le préfabriqué, cette pancarte : « Maison avec jardin offerte par l’Union syndicale des locataires et le syndicat du bâtiment à une famille de dix personnes abandonnée par l’Assistance publique  ». Évidemment quand il voudra rééditer son tour de Cochon dans la cour de l’Hôtel de Ville ou de la préfecture de police, les heurts avec les pandores, les amendes, les peines de prison vont pleuvoir de toutes parts. Mais Cochon, dont les actions rassemblent jusqu’à 15 000 personnes, n’en a cure et réussit toujours à contraindre les autorités à reloger les familles.

Comme un peu partout en Europe, il faudra la boucherie de 14-18 pour décimer le premier mouvement social d’occupation des logements vides. Peu avant de mourir en 1959, George Cochon aurait rencontré le déjà vieil abbé Pierre et lui aurait tenu à peu près ce langage : « Ah ! Mon père, si vous aviez des couilles !  » Mais ceci est sûrement un ragot d’un goût douteux…

Article publié dans le n° 32 de CQFD, mars 2006.






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